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Chacun sa vérité

texte Luigi Pirandello
traduction Benjamin Crémieux
mise en scène Benoît Dagenais
avec Marie-Ève Bertrand, Frédéric Blanchette, Maxim Denommée, Mathieu Gaudreault, Karine Lavergne, Julie Perreault, Catherine Proulx-Lemay, Sébastien Rajotte et Patrice Robitaille
une production réalisée en collaboration avec le Conservatoire d'art dramatique de Montréal et présentée à la salle Fred-Barry

Pirandellisme : notion théâtrale fondée sur l'incompatibilité profonde entre la mouvance de la vie et la fixité des formes artistiques. De son vivant, le maître italien Pirandello a vu son nom propre déconstruit en nom commun aux fins de la critique. L'individu singulier éclate, il devient multiple.

Le propos et la mise en scène de Chacun sa vérité joue aussi sur ce rapport flou entre la vérité et la fiction. D'entrée de jeu, le personnage de Lambert Laudisi (Frédéric Blanchette), un beau-frère espiègle, se situe en dehors de l'action. Il parle aux spectateurs, s'assoit avec eux et se fera le détracteur impertinent des attentes des autres personnages. Ses éclats de rire les exacerbent et font tomber la tension dramatique.

Si l'histoire est assez simple, un couple et une belle-mère s'installent dans un village et suscitent l'attention curieuse des autres habitants ; en revanche, la mise en scène crée de ce petit événement une véritable épopée. La société bien-pensante se retrouve dans un gazebo et jacasse sur les nouveaux venus. Plus les ragots se multiplient, plus le gazebo se transforme en une sorte de poulailler. Le coq principal (Mathieu Gaudreault) impose sa marche à suivre et les poules entérinent joyeusement ses plans.

Qui sont Mme Frola et M. Ponza ? Est-elle folle, ou est-ce lui, le fou ? Qui est possessif, qui fait preuve d'abnégation ? Qui croire entre les deux, l'histoire de la belle-mère ou du mari ? Qui dit la vérité ? La femme de M. Ponza, cachée dans son appartement, existe-t-elle, est-elle enfermée à clef ou joue-t-elle un jeu ? Le poulailler est en pleine effervescence. On échafaude un plan pour connaître la vraie vérité. Et le beau-frère espiègle rit et mêle les cartes.

Le texte est écrit tout en finesse et le jeu des jeunes comédiens du Conservatoire d'art dramatique, tout en fraîcheur. Si l'on n'apprend pas la vérité, le propos de Chacun sa vérité réside justement dans la démonstration que la vérité est une conception personnelle de l'appréhension du réel. Et tout comme le personnage de Lambert Laudisi, nous rions.

Dominique Choquette
pour Club-Culture