

Un tramway nommé Désir :
Traduction et mise en scène de René Richard Cyr.
Distribution : Frédéric
Bélanger, Normand Helms, Caroline Lavoie, Pierre Lebeau, Marie-France Marcotte,
Jean-Pierre Matte, François Papineau, Marcela Pizarro, Christiane Proulx, Sébastien
Rajotte et Isabel Richer. Au Théâtre du Nouveau Monde, du 5 mars au 4 avril
2002.
Presque tout le monde connaît cette histoire par le biais du film du même nom, dont voici un court résumé.
Blanche Du Bois, une beauté du Sud des Etats-Unis plutôt sur le déclin, a tout perdu de l’ancienne richesse familiale. C’est donc désemparée financièrement et émotivement qu’elle décide de venir se reposer auprès de sa jeune sœur Stella qui habite en Nouvelle-Orléans avec son mari que Blanche ne connaît pas encore. Celui-ci, Stanley Kowalsky, lui apparaît comme un rustre violent, qui n’a aucune éducation, pauvre, qui boit, bref qui a une attitude bestiale et est tout à l’opposé de la tradition très bourgeoise de la famille. Venue pour se reposer et chercher un peu de réconfort auprès de sa sœur qui est un exemple d’équilibre et de force de vie, Blanche se met en tête de vouloir la sortir de ce milieu très modeste où elle vit. Mais Stella, enceinte et très amoureuse de son mari même si elle sait qu’il n’est nullement raffiné, refuse de quitter cette vie qui est maintenant la sienne. Une guerre sourde naîtra entre Blanche et Stanley que tout semble opposer et dont le mépris face à l’autre est aussi teinté d’une même sexualité trouble qui les attire bien malgré eux, et d’un besoin immense d’être sous la protection de Stella. Le tout dans une Nouvelle-Orléans des années quarante qui est bien délurée par rapport au reste du sud des Etats-Unis, et où la chaleur torride de cet été ajoute aux pulsions que chacun éprouve.
S’il est un classique de la dramaturgie américaine, c’est bien Un tramway nommé Désir. Tout autant d’ailleurs que ses protagonistes Blanche et Stanley, rôles qui ont créés à l’écran par les inoubliables prestations de Vivien Leigh et Marlon Brando. Il est donc doublement difficile d’imaginer une mise en scène qui permettra de sortir de ces images fortes qui font partie de la mémoire collective. René Richard Cyr réussit assez bien à nous faire croire aux personnages qu’il dirige. Manquent par contre quelques nuances dans le jeu de certains. Par exemple, le rôle de Stanley est bien défendu par François Papineau en tant que brute qui s’amusera à faire réagir la précieuse Blanche et à la démasquer, prenant même plaisir à dévoiler son alcoolisme et sa tendance à la nymphomanie. Mais, au-delà de la violence du personnage, on ne sent pas suffisamment le charisme et tout le côté charnel qui envoûtent pourtant Stella et lui font même tolérer ses crises. Marie-France Marcotte, dans le rôle très complexe de Blanche, nous montre bien la fragilité du personnage qui oscille constamment entre euphorie et folie, volonté de séduire et pruderie surannée, et vulnérabilité et mensonge. Par contre, le tout est parfois un peu trop accentué, surtout en début de spectacle, alors qu’elle réussit par contre à nous entraîner peu à peu dans sa déchéance dès que le deuxième acte commence. Elle nous fait alors assister à l’écroulement de tout son univers de pacotille et à la mise à nu de cet être d’une sensibilité extrême.
Isabel Richer est solide en Stella, jeune femme à la fois rationnelle et passionnée, la plus équilibrée de tous. Encore une fois, par contre, on peut déplorer le manque de nuances dans son jeu. Celui qui joue avec le plus de subtilité est sûrement Pierre Lebeau qui interprète Mitch, le meilleur ami de Stanley, qui croit voir en Blanche l’incarnation de la compagne qui pourra partager sa vie sans sa mère avec qui il habite et qui se meurt. En vieux garçon aux allures de gentleman timide et un peu maladroit dont le rêve sera amèrement déçu, il est touchant de vérité et de retenue. Un très beau rôle pour ce colosse à qui on offre plus souvent les personnages d’hommes forts que ceux d’amoureux déchirés. Dans l’ensemble, on retrouve l’atmosphère malsaine qui existe lorsque Blanche et Stanley sont en contact, et l’instabilité de cet univers dominé par cet homme aux pulsions démesurées, mais on aurait peut-être dû souligner davantage la chaleur écrasante qui expose les personnages à être encore plus enclins aux excès, et la proximité si étouffante dans laquelle vivent les personnages, si palpable au cinéma, mais pas très visible dans ce contexte. Un incontournable qu’il fait bon revoir à la « sauce québécoise » et qui continuera peut-être de s’améliorer au fil des représentations.
Pascale Canicchio
Club Culture