Le Petit Prince : D’après l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry

 

Le Petit Prince : D’après l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry. Musiques : Richard Cocciante, Paroles : Elisabeth Anaïs, Mise en scène : Jean-Louis Martinoty. Distribution : Michel Rivard, dans le rôle de l’aviateur : Nicolas Bellefleur Bondu, Jérémie Boucher, Jérémy Delorme ou Olivier Faubert, Julie Choquette, Dominic Clément, Serge Fortin, Hugo, René Lajoie, Matt Laurent, Patrick Olafson, Jonathan Painchaud, Jean Ravel, Lynda Thalie (en alternance avec Myriam Brousseau),

 

Présenté du 6  au 11 mai 2003 et en représentations supplémentaires du 13 au 18 mai au Théâtre St-Denis et au Grand Théâtre de Québec du 27 juin au 6 juillet.

 

 

 

« Dessine-moi un mouton », « On ne voit bien qu’avec le cœur,  l’essentiel est invisible pour les yeux ». Voilà des répliques célèbres! Toutes aussi célèbres que l’œuvre dont elles sont extraites, Le Petit Prince , l’inqualifiable chef-d’œuvre de l’écrivain-pilote Antoine de Saint-Exupéry. L’auteur s’exilant à New-York en 1940 pour fuir la guerre qui sévit chez-lui en France, c’est donc dans cette ville que l’ouvrage fut d’abord publié en anglais en avril 1943. Le public français devra attendre la fin de 1945 pour connaître cette œuvre, après la disparition de son auteur au cours d’un vol de reconnaissance au-dessus de la Méditerranée en pleine guerre le 31 juillet 1944, alors qu’il combattait à nouveau pour la France.  Le livre connaît immédiatement un succès incroyable, succès qui ne s’est jamais démenti depuis.

 

Avec un tel passé et tout le mythe entourant cette histoire tellement connue, le défi à relever pour porter sur scène des paroles et des images d’une si grande beauté était immense. C’est un défi qu’ont relevé avec un indicible succès et énormément de grâce les concepteurs de ce petit bijou. La pureté et l’impression aérienne qui se dégageaient des dessins et du texte de Saint-Exupéry sont transposés scéniquement avec fidélité mais aussi avec style, alors qu’il se dégage une impression d’infini et une luminosité incroyable des différents tableaux qu’on nous propose grâce à des décors impressionnants mais relativement minimalistes, des projections et des effets de lumière d’une incroyable efficacité. Le tout conjugué avec des costumes de Michel Robidas, à la hauteur de sa fantaisie et de son professionnalisme.

 

Les musiques de Richard Cocciante nous confirment une fois de plus son intarissable talent de mélodiste, puisqu’il nous offre ici des airs tout en nuances, à l’image des teintes pastels utilisées par l’auteur dans les illustrations de son livre. Mais, aussi nuancées soient-elles, ses mélodies demeurent extrêmement accessibles et restent imprégnées en nous, se dégageant d’elles toute la pureté et la fraîcheur de l’enfance mais aussi toute la gravité sous-jacente au propos. Une grande œuvre musicale qui touche aussi bien le cœur que l’esprit. Des qualificatifs qui conviennent aussi pour nommer le travail plein de délicatesse et de précision qu’a fait Elisabeth Anaïs. Elle a réussi à tirer l’essentiel du texte du livre et à le mettre en paroles afin que chaque air interprété résume bien son personnage et le message qu’il a à livrer, approche nécessaire puisque les différents tableaux se résument souvent à très peu de texte parlé et à un air chanté.

 

La mise en scène est vivante et elle aussi stylisée, donnant un rythme et une teinte particulière à chaque tableau. On sent cette mise en scène en symbiose avec ses interprètes qui sont tous très bons vocalement, mais aussi très imprégnés de leur personnage, tâche difficile puisqu’ils n’ont presque tous qu’une courte scène pour le faire valoir. Sauf Michel Rivard évidemment, car dans le rôle de l’aviateur il est celui qui donnera la réplique au Petit Prince une bonne partie du spectacle et fera des liens entre les scènes. Il interprète très intensément ce rôle, alternant avec aisance entre les scènes dramatiques et les scènes plus légères. Vocalement, il offre aussi une très belle prestation, malgré quelques petits écarts, car les airs que lui a offerts Cocciante sont parfois de grandes envolées probablement parfois difficiles à rendre. Mais, le personnage que l’on voit presque toute la durée du spectacle, c’est évidemment celui du Petit Prince, tenu ce soir-là par Nicolas Bellefleur Bondu. Un enfant de 10 ans d’une solidité impressionnante autant côté vocal que dans son interprétation dramatique du personnage. Il est toujours d’une justesse et d’une candeur qui font qu’il « est » le Petit Prince. Quel talent, pour un si petit bonhomme! Bravo à ceux qui l’ont dirigé dans son travail d’apprentissage de ce rôle portant son lot d’attentes, qu’il remplit avec brio.

 

 

Ce spectacle est un ravissement, une invitation au voyage intérieur et à retrouver l’essence même de la vie, message initial du livre livré avec féérie dans une production de haut niveau où tout  n’est que magie! Si cette fable fut écrite à l’origine pour les enfants, elle sait toujours se tailler une place dans le cœur des grands et leur rappeler, ô quelle belle idée, qu’ils ont tous un jour été petits et qu’ils auraient avantage à s’en souvenir plus souvent!

 

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Pascale Canicchio

Club Culture