Retour à la liste

Le Beau Parleur du vaste monde


version française de The Playboy of the Western World
une pièce de John Millington Synge
adaptation française de Michel Garneau
mise en scène de Pierre Rousseau
avec Stéphane F. Jacques, Julie McClemens, Gilles Pelletier,
Micheline Bernard, Michel Daigle, Marcel Levasseur,
Catherine Archambault, Yves Dagenais, Pierre Drolet,
Caroline Roberge

du 11 au 28 mars 1998 (matinées scolaires du 10 mars au 3 avril)
Théâtre Denise-Pelletier

«L’histoire d’un jeune homme qui n’a cru en lui-même que le jour où les autres ont cru ses mensonges»

L’argument

Au début du siècle, près d’un petit village de la vallée de la Matapédia, surgit un jeune homme, Christophe Gagnon (Stéphane F. Jacques), qui dit avoir tué son père (Gilles Pelletier). Dans cette contrée de rebelles, on l’accueille, on l’admire et la belle Marguerite (Julie McClemens) n’a plus envie de Charles-Achille (Marcel Levasseur), son gros fianvé. Christophe gagne tout : jeux d’adresse, concours de gigue et sait parler d’amour comme personne dans toute la Gaspésie. C’est alors qu’arrive un vieillard enragé qui cherche un minable vaurien : son fils...

Un peu d’histoire

Malgré sa courte carrière, il est mort à 38 ans, John Millington Synge (1871-1909) a donné un essor à la dramaturgie irlandaise. Il connaît la gloire en 1907 avec The Playboy of the Western World, qui s’est immédiatement inscrit dans le grand répertoire international, demeurant encore aujourd’hui une des pièces fondatrices de la dramaturgie du vingtième siècle. Mais lors de sa création à l’Abbey Theatre de Dublin, ce fut l’émeute. Pour la première fois en Irlande, le peuple se retrouvait sur scène : la vérité fruste du langage et du comportement des personnages a choqué l’élite irlandaise. En fait , le scandale et le triomphe de la pièce de Synge sont analogues à la controverse suscitée par Les Belles-Soeurs de Michel tremblay, ici en 1968.

L’adaptation

Traduire cette pièce sans lui donner une langue terrienne, c’est la trahir. Michel Garneau, grâce à sa connaissance approfondie des richesses de la langue populaire et son talent pour créer un langage dont la poésie se déploie pleinement sur scène, était la personne toute désignée pour traduire et adapter la pièce. Il l’a transposée en Gaspésie au début du siècle.

Le résultat

Quelque peu décevant que ce Beau parleur du vaste monde. D’abord, la présence de la Matapédia et de la Gaspésie est loin d’être évidente dans l’adaptation. Il y a des longueurs dans le déroulement de l’action, particulièrement dans le début de la deuxième partie de la pièce et puis l’interprétation des rôle de Marguerite et de Charles-Achille m’a semblé plutôt faible. Par contre, Gilles Pelletier, Stéphane F. Jacques et Michel Daigle sont excellents.

Et, ce qui n’est vraiment pas évident, c’est l’alternance constante entre la comédie, la tragédie, la poésie et les élans oratoires amoureux. J’ai trouvé agaçant et déroutant ces changements de registre. Par ailleurs, la langue de Michel Garneau est très belle et colorée.

Donc, un spectacle inégal, mais qui ne manque pas nécessairement d’intérêt.

Michel Paul Beaudry
pour Club Culture