L’Echange

L’Échange

De Paul Claudel

Mise en scène Martin Faucher

Comédiens : Markita Boies, Maxim Gaudette, Pierre Collin, Macha Limonchik

TNM

 

 

Sur scène, une plage du bout du monde, située sur la côte est des Etats-unis face à l’Atlantique!... Un atoll perdu au fin fond de l’immensité.

 

Le jeune Louis Laine a quitté la France en compagnie de Marthe, son épouse, pour s'installer aux États-Unis. Il travaille comme gardien du domaine de Thomas Pollock Nageoire, un millionnaire américain marié à la désinvolte Lechy Elbernon. Thomas Pollock Nageoire n'est pas riche par hasard ; il sait qu'on peut tout acheter. Il a vite fait de repérer le prix inestimable de l'amour et de l'innocence de Marthe ; il décide donc de se l'approprier par le truchement d'un marché cruel. Pour y arriver, il n'aura qu'à exploiter la légèreté qui fait de Louis une proie facile, autant face à la cupidité de Thomas que confronté au désir de Lechy. Le gâchis qui suivra ne pourra être réparé qu'à travers une purification par le feu.

 

En acceptant l’échange de son épouse contre un magot que lui remettra Thomas Pollock, cet élégant financier brassant les affaires du nouveau monde!... Pendant que Lechy Elbernon, en égérie diabolique, se complaira à manipuler les sentiments contrariés de ses trois compagnons balnéaires!...

 

Jeunesse évanescente, éprise de liberté, Louis Laine est tiraillé entre l’histoire et ce qui est à créer, oscillant entre vérité et tromperie. Le spectateur assiste à la naissance au monde du jeune homme, à la victoire de l’avoir sur l’être.

 

A propos du théâtre, on retiendra la tirade de Lechy :

 

(…)Et ne sachant de rien comment cela commence ou finit, c'est pour cela qu'il va au théâtre.
Et il se regarde lui-même, les mains posées sur les genoux.
Et il pleure et il rit, et il n'a point envie de s'en aller(…)



A ce grand jeu, Markita Boies personnifie à ravir la condescendance distinguée et perverse!... Maxim Gaudette emprunte les traits du jeune amant de rechange!... Pierre Collin arbore les bonnes manières d’un gentleman à mauvaise conscience!.... Quant à Macha Limonchik, elle endosse à elle seule tout le poids de la faute originelle, avec la force du désespoir amoureux !...

 

Diplomate, poète et dramaturge, Paul Claudel (1868-1955) écrit l’Échange en 1893-1894. Pour lui, « Ce n’est pas l’esprit qui est dans le corps, c’est l’esprit qui contient le corps, et qui l’enveloppe tout entier ».

 

Le metteur en scène, Martin Faucher qualifie l’univers de Claudel en ces mots :

« on trouve chez Claudel une langue qui repose sur des besoins fondamentaux : aimer, rêver, ne pas vouloir mourir, vouloir posséder. Entrer dans l’univers claudélien, c’est pénétrer dans un nouvel espace-temps : la pièce entière est traversée par un tel désir d’éternité, un désir de plénitude procuré par l’intensité de la vie intérieure, la vie charnelle et la vie intellectuelle. Le texte nous parle de nos exigences par rapport à l’existence, à la valeur intrinsèque que nous accordons à la vie ».

 

 

Anne_Caroline Crespel

Club Culture