

De Paul
Claudel
Sur scène, une plage du bout du monde, située sur la côte
est des Etats-unis face à l’Atlantique!... Un atoll perdu au fin
fond de l’immensité.
Le jeune Louis Laine a quitté la France en compagnie de
Marthe, son épouse, pour s'installer aux États-Unis. Il travaille comme gardien
du domaine de Thomas Pollock Nageoire, un millionnaire américain marié à la
désinvolte Lechy Elbernon. Thomas Pollock Nageoire n'est pas riche par hasard ;
il sait qu'on peut tout acheter. Il a vite fait de repérer le prix inestimable
de l'amour et de l'innocence de Marthe ; il décide donc de se l'approprier par
le truchement d'un marché cruel. Pour y arriver, il n'aura qu'à exploiter la
légèreté qui fait de Louis une proie facile, autant face à la cupidité de
Thomas que confronté au désir de Lechy. Le gâchis qui suivra ne pourra être
réparé qu'à travers une purification par le feu.
En acceptant l’échange de son épouse contre un magot que lui
remettra Thomas Pollock, cet élégant financier brassant les affaires du nouveau
monde!... Pendant que Lechy Elbernon, en égérie diabolique, se complaira à
manipuler les sentiments contrariés de ses trois compagnons balnéaires!...
Jeunesse évanescente, éprise de liberté, Louis Laine est
tiraillé entre l’histoire et ce qui est à créer, oscillant entre vérité et
tromperie. Le spectateur assiste à la naissance au monde du jeune homme, à la
victoire de l’avoir sur l’être.
A propos du théâtre, on retiendra la tirade de Lechy :
(…)Et ne sachant de rien comment
cela commence ou finit, c'est pour cela qu'il va au théâtre.
Et il se regarde lui-même, les mains posées sur les genoux.
Et il pleure et il rit, et il n'a point envie de s'en aller(…)
A ce grand jeu,
Markita Boies personnifie à ravir la condescendance distinguée et perverse!...
Maxim Gaudette emprunte les traits du jeune amant de rechange!... Pierre Collin
arbore les bonnes manières d’un gentleman à mauvaise conscience!.... Quant à
Macha Limonchik, elle endosse à elle seule tout le poids de la faute
originelle, avec la force du désespoir amoureux !...
Diplomate, poète et dramaturge, Paul Claudel (1868-1955) écrit l’Échange en 1893-1894. Pour lui, « Ce n’est pas l’esprit qui est dans le corps, c’est l’esprit qui contient le corps, et qui l’enveloppe tout entier ».
Le metteur en scène, Martin Faucher
qualifie l’univers de Claudel en ces mots :
« on
trouve chez Claudel une langue qui repose sur des besoins fondamentaux :
aimer, rêver, ne pas vouloir mourir, vouloir posséder. Entrer dans l’univers
claudélien, c’est pénétrer dans un nouvel espace-temps : la pièce entière
est traversée par un tel désir d’éternité, un désir de plénitude procuré par l’intensité
de la vie intérieure, la vie charnelle et la vie intellectuelle. Le texte nous
parle de nos exigences par rapport à l’existence, à la valeur intrinsèque que
nous accordons à la vie ».
Anne_Caroline Crespel
Club Culture