Montréal , le 1 mars 2001

 

Les femmes de bonne humeur:

De Carlo Goldoni, adaptation de Marco Micone. Mise en scène de Serge Denoncourt. Présentation du Théâtre de la Banquette Arrière. Avec Amélie Bonenfant, Sophie Cadieux, Sébastien Dodge,  Rose-Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle-Bourdon, Lise Martin, Éric Paulhus, Marie-Ève Pelletier et Simon Rousseau.

 

Lors du carnaval de Venise, deux femmes riches jouent un tour à un jeune homme connu la veille lors d’un bal. Elles lui écrivent une lettre pour l’inviter à un rendez-vous avec une de ses admiratrices qui, pour se faire reconnaître de lui, portera un ruban rouge à son corsage. Mais, de fil en aiguille, ces auteures du quiproquo qui devaient toutes deux jouer ce rôle, offrent aussi des rubans à trois autres femmes, et ainsi sèment le trouble dans l’esprit de ce bel étranger qui se retrouve aux prises avec ces cinq femmes masquées qui veulent toutes son attention, et qu’il aurait bien pu avoir déjà courtisé, étant un charmeur invétéré. On est donc en plein Goldoni, au centre d’un défilé de personnages tous plus colorés les uns que les autres, des gens qui vivent souvent des situations extrêmes et des moments de folie collective.

 

L’adaptation plutôt irrévérencieuse qu’a faite Marco Micone de ce texte écrit au XVIIIeme siècle est tout à fait pertinente. Sa relecture nous montre à quel point ce portrait d’une société en déchéance parce que trop axée sur la consommation, les apparences et les plaisirs faciles, trouve des échos étonnamment actuels dans notre société à nous. Il faut dire que la mise en scène est tout aussi irrévérencieuse, et souligne encore davantage l’humour déjà présent dans l’écriture de Goldoni et l’adaptation qu’on en a faite.

 

Ici, tout est réglé au quart de tour et on voit que les comédiens, des finissants de 2001 du Conservatoire, ont eu le temps qu’il faut pour retravailler ce spectacle qu’ils avaient déjà joué lors de leur dernière année d’études. L’ensemble est extrêmement précis et efficace, et les excellents interprètes donnent une couleur unique à chacun de leurs personnages fantaisistes. On s’amuse beaucoup, en même temps qu’on réfléchit devant la démonstration de toute cette décadence qui finit par laisser un goût amer. Un spectacle alliant humour, folie et critique sociale est chose rare, et il est intéressant qu’on puisse atteindre cet objectif à travers un texte datant de plus de 200 ans!

 

Pascale Canicchio

Club Culture