À QUELLE HEURE ON MEURT

À QUELLE HEURE ON MEURT

(Variation sur le collage de Martin Faucher)

d'après l'oeuvre de Réjean Ducharme

Adaptation théâtrale et mise en scène de Guy Alloucherie

Photo deLouise Leblanc

 

Avec: Éva Daigle, Annie La Rochelle, Éric Leblanc, Jean-Sébastien Ouellette, Maude Robillard et Marie-Claude Tremblay, Paul-Patrick Charbonneau.

 

Mille Milles et Chateaugué sont deux jeunes qui refusent de vieillir: il a seize ans mais agit comme un enfant de six ans, alors qu'elle en a quatorze et se sent comme une enfant de six ans. Ils habitent une chambre qu'ils louent dans le Vieux Montréal à l'abri tant bien que mal de cette adultère qui les guette avec son lot de tiédeur, de compromis et de mensonges qui leur font horreur. Plutôt que d'en venir à être engloutis un jour par ce semblant de vie, ils préfèrent se suicider au lieu d'être vieux, laids et malades.

 

Mais, alors que l'éventualité de leur geste irréversible approche, Mille Milles a de moins en moins envie de respecter le pacte qu'il avait conclu avec Chateaugué et sent qu'il devra se tourner vers la vie adulte et la sexualité qui lui faisaient si peur, alors que Chateaugué refusera de capituler.

 

À l'origine cette production se trouve une idée de Marie-Thérèse Fortin, directrice artistique du Théâtre du Trident qui est allée au Festival de Théâtre d'Avignon afin de dénicher un metteur en scène français qui monterait ici un spectacle avec un regard neuf, alors qu'il découvrirait un texte d'un auteur québécois.

 

En voyant le travail de Guy Alloucherie, elle lui propose quelques textes, parce qu'elle apprécie la singularité de son univers théâtrale. Celui-ci tombe aussi sous le charme de l'univers de Ducharme, tel qu'il le découvre dans le collage "À quelle heure on meurt" qui ressemble à une fiction continue. Il décidera, par contre, d'en choisir au gré du travail d'exploration avec les comédiens, les extraits qui deviendront les noeuds de la trame dramatique, la plupart de ces extraits étant répétés trois fois chacun.

 

Cette formule a un effet coup de poing, alors que le tout reste brut et percutant, soutenu par une interprétation forte et variée de la part des trois Mille Milles et des quatre Chateaugué qui se partagent les différentes scènes. On a vraiment l'impression de plonger dans l'univers de Ducharme avec cette version, sans grand soucis esthétique et qui semble un peu inachevée! Les interprètes s'y investissent totalement et le fait que les mêmes paroles soient dites par différentes voix et aient plusieurs visages n'est pas inintéressant. Au contraire, on est encore peut-être davantage touchés par la force des répétitions qui acquièrent chaque fois un souffle nouveau.

 

Par contre, un rendez-vous avec Réjean Ducharme, c'est toujours une rencontre avec l'inacuité et une certaine difficulté d'approche. Mais dès que cette approche est faite et que nous avons accédé à l'imaginaire ducharmien, on cède au pouvoir d'évocation de ses textes ou on les trouve hermétiques et on décroche aussitôt. De toute manière, une seule façon de le savoir: Il faut y aller! Dîtes vous que ce n'est pas tous les jours qu'une compagnie de théâtre a le courage de s'attaquer à l'oeuvre de notre plus énigmatique dramaturge, alors pourquoi ne pas en profiter, afin de saluer cette belle audace du TRIDENT.

 

Paascale Canicchio

Club Culture