

L’État des lieux
toute dernière création théâtrale de Michel Tremblay
mise en scène d`André Brassard.
Avec: Kathleen Fortin, Rita Lafontaine, Denys Paris,
Marthe Turgeon, Laurent Duceppe-Deschênes, Louis-Olivier Mauffette
L’histoire n’a rien d’originale en soi mais toujours d’actualité. Une cantatrice Québécoise devenue diva en Europe au cours des vingt dernières années commence à connaître les foudres des critiques européennes suite à une faute vocale (un « couac » comme elle le dit) survenu lors d’une des représentations de Salomé. Revenue à Montréal pour fuir sa peine et sa vulnérabilité, on assiste tout au long de la pièce à une confrontation de divergences d’opinions, d’authencités et de valeurs face à trois générations d’artistes, la grand-mère, la mère, ainsi que la fille.
Patricia Pasquetti (Paquette) ne prêche que par l’Europe, à « Mâréal » (Montréal) c’est des « nobody » dira-t-elle. Marthe Turgeon qui incarne cette diva, la rend plus que vrai. On la dévore des yeux mais surtout des oreilles, on aime être charrier par la grande dame. Avec ses allures de snob, de force, de prétention, assoifée par l’adulation, ce personnage ira jusqu’à renier mère et patrie pour son besoin d’international. Bref, excellente performance de Marthe Turgeon, bravo.
La mère de Patricia, Estelle, comédienne, jouer par une Rita Lafontaine qui nous surprend joyeusement et ne cesse de nous faire aimer le théâtre, est tout aussi entêtée que sa fille mais pour des raisons opposées, pour elle « c’est chez nous qu’on est ben! ». Quant à la fille de Patricia, Michelle (Kathleen Fortin), comédienne comme sa grand-mère et défendant les même points que cette dernière, son jeu m`a laissé froid. Ses crises de larmes ou colères semblaient surjoué, non-sentie, sous-alimenté. Peut-être était-ce un mauvais soir pour Kathleen Fortin. Denys Paris interprètant le pianiste « caniche » de la diva, livre un personnage attachant. Il est à l’occasion par des interventions en aparté, le déclencheur de certaines scènes et à d’autres moments il en clos certaines autres.
Michel Tremblay écrit toujour aussi bien, il amorce et désamorce les situations de main de maître de par ses mots et son rythme. Quant à la mise en scène d’André Brassard il a su créer et soutenir de la première à la dernière note cette orchestration de vocabulaire, de personnage, d’émotion, de vérité, de surprise, de détail qui, rend les acteurs sur scène si distinct les uns des autres qui même sans entracte, on en voudrait encore.
Michel Monette
Club-Culture