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Les mains d'Edwige au moment de la naissance

texte Wadji Mouawad
mise en scène André Brassard
assistance à la mise en scène et régie Annick Nantel
avec Violette Chauveau, Jean-Pierre Chartrand, Stéphane Brulotte, Marthe Turgeon, Steve Laplante et Maude Guérin
une production présentée au Théâtre d'Aujourd'hui

Edwige reste osbtinément dans la cave sombre et crasseuse de la maison familiale. Elle refuse de monter au salon et d'être le centre d'un commerce de miracles. Sa famille a organisé les funérailles d'Esther (Maude Guérin), sa soeur qui a fugué dix ans plus tôt, que tout le monde croit morte. Mais Edwige (Violette Chauveau) n'est pas dupe de ces funérailles factices. Elle sait que les foules ont accouru à la maison pour recevoir un peu de cette eau qui coule de ses mains en prière. Sorte d'Antigone moderne, elle s'insurge contre la volonté de ses parents. Elle reste dans la cave. Et clame que sa soeur Esther n'est pas morte.

La mise en scène d'André Brassard traduit la petitesse et la claustration de l'univers d'Edwige et des siens. Ils vivent dans un lieu indéfini, loin du monde et de la vie même, semble-t-il. Edwige est au centre de la scène et les autres personnages montent et descendent la voir dans la cave. Ce statisme est éloquent des mentalités, mais l'interprétation des comédiens ne rend pas cette ambiance fermée. Leurs longs monologues semblent récités comme une leçon bien apprise.

Les mains d'Edwige au moment de la naissance est en quelque sorte une tragédie grecque puisque les dieux dévoilent le destin des personnages à l'extrême limite de leur endurance. Tous, ils invoquent Dieu en tentant de s'amasser un pécule pour fuir la vie de misère sur la terre. Et ce pécule peut être réalisé seulement si Edwige monte au salon et si les foules payent pour voir ses mains miraculeuses. Malheureusement, cette pièce fait un fondu de la tragédie grecque et chrétienne sur un air déjà entendu dans le terroir québécois. Le dramaturge Wadji Mouawad nous avait habitués à des pièces saisissantes et intelligentes, mais ce texte ne renouvelle ni Antigone ni sa révolte légendaire.

Dominique Choquette
pour Club-Culture