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ART

De Yasmina Reza,
mise en scène Claude Poissant, avec Marc Labrèche, Jacques Girard et Robert Lalonde.

Cette année, au lieu de faire relâche pour la saison estivale comme le font presque tous les théâtres montréalais, le Rideau Vert nous présente une pièce hautement acclamée par le public ainsi que par le milieu théâtral français, qui lui a d'ailleurs décerné un Molière: Art, c'est l'histoire d'une amitié, celle qui unit trois hommes au début de la quarantaine: Marc, (Robert Lalonde), cadre chez Pratt et Whitney, un homme conventionnel et impulsif, qui a des idées bien arrêtées, adepte d'homéopathie, Yvan, (Jacques Girard), au contraire influençable et nonchalant, futur époux de la nièce de la papeterie en gros où on l'a récemment engagé, et Serge, (Marc Labrèche), dermatologue assez aisé financièrement, qui a récemment dé cidé d'investir dans l'art. D'ailleurs, c'est sa plus récente acquisition qui se trouve au centre de l'intrigue de cette pièce: une toile d'un peintre en hausse de popularité, qui s'avère être un tableau complètement blanc acheté au coût de 57000$! Chacun y allant de ses impressions au sujet de l'oeuvre, selon son tempérament, celle-ci deviendra alors un prétexte permettant de faire éclater au grand jour des conflits et des jugements qui ont une source beaucoup plus profonde que la simple divergence d'opinion artistique du départ. C'est ainsi que l'on assiste à une complète remise en question de cette amitié qui unissait ces trois hommes depuis quinze ans.

Bien qu'à première vue le sujet puisse sembler un peu dramatique, le traitement que l'on en fait ici ne l'est pas. En effet, l'écriture de Yasmine Reza est d'un humour brillant teinté de sarcasme, et on assiste à une guerre verbale où chaque mot a son importance. Les quelques modifications faites au texte dans le but de l'adapter au contexte québécois y ajoutent d'ailleurs une touche encore plus colorée.

Les trois interprètes savent très bien lui faire honneur. Effectivement, on assiste à une solide prestation de la part des comédiens. Robert Lalonde et Marc Labrèche ont un jeu à la fois stylisé et juste, Labrèche campant une fois de plus un personnage tellement sûr de lui et arrogant que son impertinence justifie parfaitement la tension et la frustration, souvent risible, ressentie par le personnage que joue Lalonde. Mais c'est Jacques Girard qui nous réserve le plus de surprises. Ce comédien plutôt méconnu du grand public interprète de façon remarquable un homme pacifique, "bafoué par la vie", une espèce de clown triste qui tentera par tous les moyens de calmer ses deux amis qui comptent énormément pour lui. Son personnage est celui qui provoque le plus de rires mais il sait aussi être extrêmement attachant. En ce qui concerne la mise en scène de Claude Poissant, celle-ci est très vivante et sait tirer partie du décor dépouillé mais très efficace de Guillaume Lord.

En résumé, on passe une excellente soirée, en assistant à du théâtre à la fois intelligent et rafraîchissant comme on n'en voit pas assez souvent. Cette tentative estivale gagnerait grandement à se perpétuer au fil des ans.

Pascale Canicchio
pour Club-Culture