Montréal , le 1 mars 2001

 

Les joyeuses commères de Windsor de Shakespeare. Traduction de Normand Chaurette. Mise en scène de Yves Desgagnés. Avec Charles Imbeau, Benoit Paradis, Rémy Girard, Frédéric Desager, Benoît Girard, Emmanuel Bilodeau, Jean-Pierre Chartrand, Jean-Sébastien Lavoie, Catherine Trudeau, Nathalie Gascon, Julie Vincent, Stéphane Jacques, Pierrette Robitaille, Robert Lalonde, Patrick Hivon et Normand Chouinard. Au Théâtre du Nouveau Monde, du 15 janvier au 14 février 2002.

 

Falstaff est un ancien noble déchu, pour qui la vie de riche est une chose acquise à laquelle il tient mordicus, et tous les moyens sont bons pour garder cette existence à laquelle il est habitué. Pour ce faire, il ira jusqu’à tenter de séduire, dans un but très intéressé, deux des femmes les plus, supposément, vertueuses de Windsor, mistress Page et mistress Ford, les épouses d’hommes bien connus de la bourgeoisie de cette ville. Elles tendront à Falstaff un piège destiné à payer une bonne leçon à ce personnage distrayant et bon vivant, mais sans scrupules. De nombreux autres personnages tous plus excentriques les uns que les autres gravitent autour de ces gens à la morale élastique et à la vie axée sur des morales bien particulières…

 

Ode à la vie, et à la pleine jouissance de tous les plaisirs qu’elle offre, ce texte de Shakespeare léger et plein d’humour tranche sur les œuvres plus sérieuses pour lesquelles on connaît surtout l’auteur.

 

Les personnages sont colorés, et l'on remarque surtout le gigantesque Falstaff joué ici par un Rémi Girard à la hauteur de sa réputation, tous les autres originaux forment une fresque très vivante et même fourmillante dont chacun tire très bien son épingle du jeu.

 

Le rythme est donc très soutenu, malgré la redondance de certaines scènes et la longueur du spectacle qui fait quand même un peu plus de deux heures. Cet entrain est sûrement dû aussi au fait que trois musiciens-serviteurs sillonnent constamment la scène et ponctuent très fréquemment l’action de leurs cuivres retentissants. De plus, l’approche particulière de Yves Desgagnés qui a voulu, même lorsqu’ils ne jouent pas, certains personnages restent en bordure de scène pour assister à ce spectacle, ajoutant de l’intérêt puisqu’on continue de voir leurs réactions.

 

De même, son parti pris de situer l’action dans les années cinquante, afin de nous démontrer la luxure débordante de la bourgeoisie à cette époque, tournant même à la débauche dans cette pièce, est très efficace. C’est d’ailleurs sur une image d’un goût plus ou moins sûr qu’on nous laisse, trouvaille très punchée, mais qui laisse peu de place à l’imagination.

 

Si un commentaire plus mitigé devait être apporté à ce spectacle bien huilé, servi par une pléiade de bons interprètes, ce serait justement au sujet de ce manque de subtilité, de ce choix intéressant d’adopter une approche de toute évidence très épicurienne, mais qui manque un peu d’élégance dans la façon très crue de le faire. Yves Desgagnés disait avoir envie que les gens ne pensent plus pendant deux heures en voyant ce spectacle et se laissent plutôt emporter par la sensualité et l’atmosphère festive du spectacle. En ce sens, son but est tout à fait atteint car on s’amuse beaucoup à observer les performances d’acteurs et la folie de ce spectacle où tous semblent avoir du plaisir à être sur scène, et qui se transmet inévitablement dans la salle à un public très enthousiaste. Un hymne à la célébration qui met de la chaleur dans notre hiver.

 

 

Pascale Canicchio

Club Culture