Le Barbier de Séville

ou La Précaution inutile de Beaumarchais.

Mise en scène de René Richard Cyr, avec Benoît Brière (Figaro), Francois Papineau (le Comte Almaviva), Normand Lévesque (Bartholo), Pascale Desrochers (Rosine), Joël Marin (Léveillé), Marc Legault (Lajeunesse), Roger La Rue (Don Bazile), Jean-Pierre Chartrand (Le notaire), Stéfan Perreault (L'Alcade).

Représenté au Théâtre du Nouveau Monde du 2 au 27 mars 1999.

Rosine est une petite fille chanceuse dans sa malchance, en quelque sorte...Enfermée par Bartholo, le type même du mysogine de la pire espèce, mais ayant reçu une bonne éducation par ce tyran, elle se débat dans sa prison dorée dans laquelle ce vieux docteur tente de la détenir. Rien à voir avec un éventuel sentiment d'amour, en effet, c'est un extrême désir de possession qui amène ce personnage borné, réactionnaire et méfiant à placer la pauvre jeune fille en quarantaine.
Le Comte Almaviva, éperdument amoureux, rôde dans la ville, essayant de détourner le regard du bourreau pour approcher sa victime. Cependant, il ne semble pas avoir le code d'accès au monde de l'amour : il utilisera mille et une astuces des plus rusées pour approcher Rosine, grâce aux ingénieux détours imaginés par Figaro, barbier de son métier et grand justicier devant l'éternel.
Sens de la répartie, intelligence parfaitement aiguisée, Figaro restera maître de l'intrigue en utilisant à merveille son génie de la manoeuvre audacieuse et tarabiscotée. Figure théâtrale hors du commun et hautement humoristique, le triomphe de l'irrespect et de l'effronterie de Figaro sur le manichéisme du Docteur Bartholo irradie alors l'histoire de mille éclats trompeurs qui finissent par transformer l'action en un véritable jeu de contraires. L'insolence de la prose de Beaumarchais contre les certitudes des bien-pensants prend alors toute sa splendeur. La manipulation du docteur Bartholo brillamment menée par Figaro confirme que le refus est bien la seule attitude de survie, à travers lequel le valet devient subitement le maître de la destinée d'un peuple.

Figure centrale de la pièce, le personnage de Figaro est brillamment interprété par Benoît Brière qui se frotte avec une énergie décapante et une vigueur exceptionnelle à l'insolence de la prose de Beaumarchais, rendant alors la signification première que l'on assigne au terme "comédie". Une drôlerie, un drame comique.

René-Richard Cyr (Motel Hélène de Serge Boucher, Les Muses orphelines de Michel-Marc Bouchard, La Ménagerie du verre de Tennessee Williams) avoue être soulevé par le simple plaisir du théâtre et par la richesse de la rencontre avec le public. Beaumarchais, avec Le Barbier de Séville, tentait de "ramener au théâtre l'ancienne et franche gaieté en l'alliant avec le ton léger de notre plaisanterie actuelle", Le metteur en scène semble le rejoindre dans ce sens, en nous conviant de manière tout à fait brillante à un véritable théâtre de la plaisanterie.

Hélène Chauvin
Club-Culture
11.03.99