

Au cœur de la rose : De Pierre Perrault. Mise en scène de Denis Marleau. Avec Isabelle Blais, Louise Laprade, Paul Savoie, Claude Lemieux, Paul Ahmarani et Maxime Denommée. Au Théâtre du Rideau Vert, du 15 janvier au 9 février 2002.
Une jeune fille vivant sur une île où rien ne change, veut partir pour voir d’autres lieux et d’autres gens. Bien que se voyant destinée à y demeurer et à épouser le boîteux, elle tente de quitter en compagnie d’un marin échoué sur son île un soir de tempête. Mais son père, gardien du phare et de la tradition, refuse de voir partir sa fille si vite, et surtout avec un marin.
Dans une langue très poétique, on assiste à une démonstration de la vie comparable à un rituel. Un rituel où chaque geste a été répété cent fois, où les règles sont immuables, et où la vie elle-même n’est que secondaire comparée aux usages. Pareille rigueur entraîne nécessairement une austérité qui rend ce spectacle très difficile d’approche. Il faut un certain temps avant que l’oreille et l’attention ne se fassent à cette forme très aride de théâtre. Bien qu’on ne puisse qu’admirer cet exercice de style et cette maîtrise de la langue que nous offre ici l’auteur Pierre Perrault, on peut toutefois aussi avoir ses réserves face à ce genre de texte lourd et qu’on dirait fait pour être lu ou déclamé, mais difficile à rendre théâtralement.
Malgré tout, les six interprètes de talent réussissent à bien tirer leur épingle du jeu. En fille révolutionnaire qui déborde de vie et tente de changer les usages sur cette île figée dans le temps, Isabelle Blais est excellente et illumine littéralement la scène. Paul Savoie et Louise Laprade sont des figures austères et distantes : ils rendent bien toute la lenteur et le refus d’évolution du propos, en incarnant de façon monolithique et grave des gens qui ont abdiqué face à la possibilité de vivre pleinement. Ils rendent de façon très habile ce texte difficile. Un spectacle pas évident donc, mais qui plaira sans aucun doute aux amoureux des mots, de poésie et d’ambiance méditative.
Pascale Canicchio
Club Culture