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Platon situait l'Atlantide 9000 ans avant son époque à l'emplacement actuel de l'île de Santorini, une île remodelée par une ancienne éruption volcanique où s'étendent des plages de sable noir, vestige de ce passé tumultueux.
Dans ce décor d'après la tempête gravitent Ben (Germain Houde) et Mircea (Marie Tifo), un Canadien et une Santorinienne qui vivent une passion foudroyante et silencieuse. S'ils ne peuvent pas communiquer en mots puisque chacun ignore la langue de l'autre, en revanche cette ignorance leur permet d'occulter la banalité quotidienne en concentrant l'essentiel de leur communication dans un regard, un geste, un baiser, une étreinte.
Ben a fui le Canada et son passé et sculpte des taureaux dans des bouts de bois trouvés au hasard de ses marches dans l'île. Il offre ses sculptures au premier venu et finalement, elles trouvent preneur chez Mircea qui les reçoit comme une offrande. Les taureaux pourraient symboliser le jeu mortel que se livrent le torero et le taureau dans l'arène bondée de spectateurs qui scandent les virevoltes entre les deux protagonistes. À Santorini, les spectateurs décrient méchamment la passion entre une des leur qu'ils considèrent comme une madone et cet étranger mystérieux. La madone deviendra putain et l'étranger, stigmatisé par la haine des villageois.
Le sacrifice est ultime et incontournable. Les spectateurs font grincer leur voix. Qui sera sacrifié ? Et pour quel dieu ? quels principes ?
L'interprétation de Marie Tifo donne le ton à la pièce, son jeu confère tout l'intérêt pour L'Atlantide, car la passion a été maintes fois abordée, la passion véritable et destructrice. Mais le fait de situer l'action sur l'île mythique de Santorini ajoute une dimension spirituelle qui permet à l'histoire impossible entre Ben et Mircea de trouver un nouveau souffle. Mircea interprète sa passion physiquement et divinement. Elle mène la danse au sens propre et figuré ; elle entraînera son amant dans sa suite, dans une continuité de beauté. Les mains s'élèvent vers le ciel et le corps tourbillonne, voilà, voilà...
Dominique Choquette
pour Club-Culture
