Après Don Quichotte, Lolita et Cabaret Neiges Noires,

L'Asile

interprété par la compagnie théâtrale Il va sans dire
Texte et mise en scène de Dominic Champagne
Avec Monique Mercure, Marie Brassard, Julie Castonguay et André Barnard.

Présenté à la Cinquième salle de la Place des Arts du 2 au 20 mars 1999.

Dans un asile peuplé d'une multitude d'insensés, une psychiatre se consacre corps et âme à son seul objectif professionnel fondé sur un espoir admirable qu'est celui de réinsérer socialement ses patients. "Le Docteur"(Monique Mercure) se fixe donc son propre objectif qui représenterait, selon elle, la concrétisation de la victoire de la pensée rationnelle sur l'instinct naturel de l'être humain.

L'arrivée de Julie (Julie Castonguay), jeune patiente atteinte de la maladie de Korsakoff (à la suite d'un sectionnement des lobes frontaux dû à une sous-alimentation ou à un alcoolisme avancé, le malade est capturé par une folie décapante) représente le facteur déclencheur au travers de la trame théâtrale. "Le Docteur", pour la première fois de sa longue carrière, semble tout à fait désarmée, incapable de diagnostiquer les symptômes qui se cachent derrière le monde délirant de la jeune femme. Une seule solution semble se présenter : aller vers Julie, dans son univers dément et onirique à l'extrême...jusqu'à se laisser envahir elle-même par cet univers aux allures fantastiques et imaginaires. C'est à ce moment précis qu'elle fera face, à son insu, à sa propre fragilité et aux limites de la raison pure.

Retour aux sources, à l'état primaire, où la nature à l'état sauvage et ses multiples trésors sont délicieusement redécouverts…La vie du Docteur est soudainement métamorphosée, tant au niveau professionnel qu'existentiel et la découverte de cette libération spirituelle annule la réinsertion sociale à tout prix.L'appel du désordre devient quasi-légitime pour une redécouverte véritable de soi-même...

Le thème de la déchéance humaine et du rêve perdu est récurrent dans l'oeuvre théâtrale de Dominic Champagne. A l'instar de la mort du rêve symbolisé par la mort de Martin Luther King dans Cabarets Neiges Noires, L'Asile pourrait se résumer à un plaidoyer contre le conformisme de notre monde actuel, à une remise en question de notre société ordonnée et hiérarchisée où le règne du désordre et de la démesure n'ont pas lieu d'être.
L'Asile, refuge à contre-pied de notre civilisation, se transforme alors à une invitation au voyage (pour reprendre le thème Baudelairien), telle une nostalgie d'un retour au Paradis terrestre enfouie dans la conscience individuelle.
" Muss es sein? Es muss sein!" (Est-ce qu'il le faut? Oui, il le faut!): voici le credo lancé par "le Docteur". (Jean-Frédéric Messier, concepteur de la bande sonore, remanie brillamment quelques phrases musicales du quatuor à cordes n 16 Opus 135 de Ludwig Van Beethoven). La psychiatre se réfère constamment à la fureur de ce compositeur afin d'établir métaphoriquement le choix entre un monde normalisé ou celui d'être simplement à l'écoute de ses propres rêves.

Une comédie tragique au caractère profondément philosophique qui soulève une multitude de questions sur notre existence, la perte de son contrôle et la défaite de la pensée rationnelle. "Pour moi le théâtre est, d'une certaine facon, un rituel, un lieu de rassemblement humain fraternel où l'on cherche à élever l'âme humaine. On y met les questions de l'heure sur la place publique, tout comme les Grecs le faisaient (sur l'Agora)"
D.Champagne et ses vingt-sept comédiens (!) nous livrent ici un spectacle à la fois onirique, festif et grand-guignolesque somptueusement mis en scène.

Dominic Champagne, auteur, metteur en scène et directeur artistique du Théâtre Il va sans dire, a déjà signé une dizaine de créations dont Lolita, Cabaret Neiges Noires (en collaboration), La Cité Interdite et La Répétition. Don Quichotte, présenté en février 1998 au TNM remporta un véritable succès.

Réservez dès aujourd'hui vos places à la Place des Arts au (514) 842-2112, ainsi qu'au Réseau Admission au (514) 790-1245. Demain, il sera certainement trop tard !

Hélène Chauvin
Club-Culture
08.03.99