

L’année du championnat : De . Mise en scène de Denis Bernard. Distribution : Normand D’Amour, Michel Dumont, Michel Laperrière, Roger Léger et Jean-François Pichette. Du novembre 2002 au Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts.
En 19, 5 hommes tiennent leur rencontre annuelle soulignant leur victoire du championnat de football au collège 20 ans plus tôt. La petite fête se tient chez le coach toujours aussi directif avec ses quatre joueurs d’antan, devenus des hommes à l’aube de la quarantaine et dont les vies sont plus ou moins réussies et dignes de leurs anciennes aspirations. C’est d’ailleurs au fil de cette soirée bien arrosée que des révélations rendues possibles par l’alcool les mettront chacun leur tour face à leur propre médiocrité.
Fidèle à ses habitudes, la cie Jean Duceppe nous offre un décor plus vrai que nature. Nous nous retrouvons donc plongés en plein sous-sol de vieux garçon….
Michel Dumont, encore efficace mais peu surprenant, lui que l’on voit souvent dans ce type de rôle de leader au verbe haut et qui en impose avec sa carrure imposante. Normand D’Amour, lui, nous livre par contre une performance un peu différente de ce à quoi on est habitués de lui : sa composition d’un maire sans charisme qui dirige une petite ville et s’apprête possiblement à perdre les élections, et qui est le seul à ignorer que sa femme le trompe nous montre une facette plus vulnérable et parfois touchante de son jeu. Roger Léger est aussi très bon en petit fonctionnaire qui semble modeste mais qui attend encore impatiemment d’atteindre sa vraie heure de gloire. Michel Laperrière incarne son frère raté et alcoolique, buvant comme un déchaîné du début à la fin, mais tout de même lucide à travers son ivresse, un rôle cynique et drôle. Jean-François Pichette
On sent, par la force des performances d’acteurs, que le fait que le metteur en scène soit lui-même un acteur y est sûrement pour quelque chose. En effet, il est bien évident que Denis Bernard qui a l’habitude de décortiquer ses propres rôles pour ensuite être capable de les rendre vivants a mis toute l’emphase à faire créer des êtres crédibles aux interprètes qu’il a dirigés.
Leurs compositions sont toutes très savoureuses et la chimie passe vraiment entre les acteurs et rejoint les spectateurs et ce, dans une mise en scène qui n’est basée sur aucun autre effet scénique que leur jeu. Donc, ici on a affaire à du théâtre réaliste qui ne s’adresse pas particulièrement à l’intellect, donc tout sauf compliqué, mais très efficace et divertissant avec, en filigrane, sa critique sociale et sa dénonciation du mensonge qui en font un spectacle de deux heures, sans entracte, qui passe très rapidement et nous tient suspendus du début à la fin.
Pascale Canicchio
Club Culture