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Instruments des ténèbres
Huston, Nancy
Actes Sud (Montréal), 1996
Que dire de la magnificence de ce livre? Le format m'a plu, la
couverture, la qualité du papier... et surtout, j'ai été séduite par les
plaisirs littéraires qu'offre la lecture de ce roman. Moi aussi j'aurai de ces
« images au formol » qui me hanteront désormais. Cependant, je n'ai
pas immédiatement accroché au sujet. Il fallait voir clair dans ces deux
narrations parallèles qui me ballottaient du dix-septième siècle à la ville de
New York d'aujourd'hui. Tranquillement, je suis entrée dans ce monde des
ténèbres, ce monde des jumeaux, Barbe et Barnabé, cette histoire complexe des
grandes questions de l'existence où palpitent la mort, la fécondité, la vie...
et ce, dans un même souffle.
Comment ne pas avoir de la sympathie pour cette Nada cynique à l'esprit négatif
lorsqu'elle confesse : « Tu avais beau me frotter, Mère, je
n'arrivais jamais à produire la musique que tu avais envie d'entendre. »
(p. 73)? Pas surprenant qu'elle soit rebelle. De plus, traumatisée par les
fausses couches de sa mère, elle peut bien en arriver à refuser la maternité et
la VIE. Reste que son écriture féconde vient la sauver. Ce sera son bébé, son
processus de guérison. Dans ce mystère de la création, elle laisse parler Barbe
Durand et telle une allégorie thérapeutique, l'histoire de Barbe deviendra le
baume de ses blessures. Le climat du livre de Nancy Huston est sombre, lourd,
mystérieux et brutal. Je reste ébranlée par cette lutte entre le bien et le mal
et toutes les connotations religieuses qui en arrivent à exorciser le démon de
Nada. Comme dans un conte de Perrault, l'auteure nous plonge, tête première,
dans un monde fantastique qui fait un peu peur à notre cœur d'enfant, mais qui
nous libère magiquement de nos propres angoisses.
À la page 339, j'ai été très
touchée par la tendresse qui s'infiltre dans de simples mots d'amour d'une mère
convaincue de la vie qu'elle porte en elle : « On se retrouva dans
une petite pièce mal ventilée, aux jalousies fermées; la salle de ton trépas,
petit Tom. » Ce n'est pas si simple cette histoire d’avortement, de
naissances, d’espoir et de désespoir! Reste la hantise des non existants... la
souffrance des existants.
Une écriture vraiment accomplie... un livre à étudier dans toutes les facultés
de lettres...
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