

« Elle était devenue une vedette, non seulement pour les médias, mais aussi dans le milieu, où elle allait peu à peu se comporter en star, se conformant fidèlement au personnage qu’avaient campé les journalistes, consciente de l’effet électrisant qu’elle provoquait quand elle entrait au Mocambo, à la Casa Loma ou au Béret bleu... »
Souvenirs de Monica est une biographie écrite comme un roman « librement inspiré » d’une toile de fond authentique. La vie de celle que les journalistes des faits divers de la presse anglophone de Montréal avaient appelé « Machine Gun Molly » et qui est devenue en français « Monica la mitraille » ; une Montréalaise d’origine italienne, née dans le Red Light, ruelle Leduc à proximité du boulevard Saint-Laurent, la Main et morte le 19 septembre 1967 sous les balles d’un policier suite à son dernier braquage de banque. Une petite mafieuse énergique qui n’avait pas froid aux yeux et qui a fait couler beaucoup d’encre à l’époque dans les médias, qui fit courir aussi la police comme un chien après sa queue. L’histoire donc d’un personnage, en soi, pas très important mais qui devient intéressante sous la plume de Georges-Hébert Germain. Intéressante parce que l’auteur raconte la vie de Monica à sa fille aînée, Debbie Burns qui avait huit ans lorsque sa mère est brutalement disparue. Touchante aussi comme un conte qu’on lit à un enfant le soir pour l’endormir et pour l’apaiser surtout. Car Debbie en avait besoin. Privée de sa mère à un âge tendre, privée de la vérité sur sa véritable identité et sur les motifs de sa mort soudaine, Debbie était malheureuse de vivre ce drame, comme celui de sa vie d’enfant illégitime, en Angleterre, avec son petit frère chez un père, ex-bagnard au Canada, violent et dont la « nouvelle blonde » ne faisait pas beaucoup de cas de ses deux rejetons. Debbie vit maintenant ici à Montréal et le puzzle s’est replacé dans sa tête. Germain a eu l’effet d’un psy sur elle ; son livre, une véritable thérapie. Tout un bail pour Debbie. Une émouvante rétrospective pour le lecteur contemporain de Monica tout comme elle révèle aux générations actuelles un visage oublié de Montréal qui était alors une ville empreinte de la fébrilité de la Révolution tranquille. Pourtant l’histoire de Monica n’est pas reposante.
Pour cerner son personnage, tour à tour flamboyant et ambigu, pour connaître et comprendre l’aventurière, l’amoureuse, la mère dévouée, la hors-la-loi audacieuse qui voulait désespérément changer de vie, de monde, et, surtout, assurer le bonheur de ses enfants, l’auteur a eu recours aux souvenirs de témoins aussi différents que nombreux. À leur tête, Debbie bien sur, qui éclaire la route de l’écrivain en quête de son héroïne et qui trace le portrait d’une mère aimante, affectueuse et rassurante. Les succès que remporte Monica la condamnent à une constante réclusion. Jamais de répit pour Monica la mitraille, ni pour Debbie et son petit frère non plus.
Un livre intéressant, un personnage fascinant et une écriture vive de la part de Georges-Hébert Germain, journaliste, chroniqueur, critique, commentateur, scénariste et reporter pour les journaux, magazines, stations de télévision et l’Office national du film. Souvenirs de Monica est son dixième livre.
Michel Beaudry
pour Club Culture
