Retour à la liste Titre: La Russie inachevée

Titre: La Russie inachevée

 

Éditeur : Fayard, Paris

Auteure : Madame Hélène Carrère d’Encausse, de l’Académie française

Année de parution : 2000

 

 

« Je vous présente une œuvre magnifiquement bien écrite, présentée par une spécialiste de la Russie.  Vous serez imprégné par sa richesse du vocabulaire et sa profondeur du temps. »

 

 

 

Pour vous introduire l’auteure de ce livre, disons d’elle qu’elle est Historienne de la Russie, qu’elle est secrétaire perpétuelle de l’Académie française.  Elle a notamment publié chez Fayard La Gloire des Nations, Victorieuse Russie, Le Malheur russe, ainsi qu’une biographie de Nicolas II et une autre de Lénine.

 

Date historique : 1989 : la France célèbre le bicentenaire de la Révolution.  Au même moment, à l’autre extrémité de l’Europe, l’URSS fait écho à ces cérémonies, témoignant par son existence même de la perpétuation du message de Robespierre.  Plus de sept décennies se sont alors écoulées depuis que, se réclamant de la Révolution française et de la Commune de Paris, Lénine s’est emparé du pouvoir sur le sol russe.

 

Le 12 juin 1991, les électeurs élisent un président, Boris Elstine.  Son élection a en effet bouleversé le système politique qui existait depuis 1917 et, au-delà, les certitudes idéologiques sur lesquelles il reposait.  L’URSS était depuis 1922 un État fédéral, nominalement, tout au moins – rassemblant des républiques qui jouissaient de toutes les prérogatives d’un pays souverain, notamment d’un appareil étatique.

 

« La Russie a déraillé sur la grande voie de la civilisation, nul homme ne peut lui faire reprendre sa ligne.  Dieu sait où Il l’attend », avait écrit Custine dans son ouvrage célèbre, La Russie de 1839.  Ce jugement brutal, qui insiste sur la « barbarie russe » et le retard du pays, combien d’auteurs le reprirent à leur compte au siècle passé, mais aussi au présent!  Aux heures les plus difficiles, les Russes s’interrogent souvent sur eux-mêmes, dans des termes semblables, acharnés à comprendre les raisons du « déraillement » ou prêts, comme le leur conseille Custine, à en accepter le caractère fatal et définitif, qui seraient comme inscrit dans leurs gènes.  Custine, encore lui, n’a-t-il pas écrit : « Les Russes n’ont pas toutes les facultés qui répondent à toutes leurs ambitions »?

 

L’État russe issu de l’Empire mongol, prend rapidement forme en combinant trois traditions politiques distinctes : le système seigneurial moscovite, le despotisme mongol, le césaro-papisme de Byzance.  Ainsi se constitue un système autocratique qui atteint sa plénitude dès le milieu du XVIème siècle, et dont de très nombreux traits seront maintenus jusqu’à la révolution de 1917.

 

Sur le plan de la pratique politique, un glissement s’opéra d’emblée des institutions de l’occupant, mongol au nouvel État.  Bien avant d’avoir atteint le stade de l’indépendance, les princes de Moscou avaient copié les structures de l’administration mongole, pour être mieux à même de remplir les tâches que le Khan leur confiait.  L’État mongol avait pour fonction première de lever l’impôt, de maintenir l’ordre par la force, d’assurer sa sécurité et sa richesse.

 

Contrairement aux premiers Romanov, Pierre le Grand ne ceignit pas la couronne par la voie directe ni pacifiquement.  Voltaire écrit à ce sujet que ce fut « le prix du mérite.  Et en cela, l’usage de l’Empire était bien supérieur aux coutumes des pays les plus civilisés ».  Il n’était ni l’aîné ni l’enfant de la première femme du défunt tsar Théodore qui avait succédé à Alexis, mais il était remarquablement doué alors que le premier dans la ligne de succession était, écrit encore Voltaire, « disgracié en tout par la nature ».

 

Depuis que Pierre le Grand avait entrepris de moderniser son pays, chaque souverain, à sa manière, avait apporté sa contribution à l’édifice.  Deux siècles d’efforts et de résultats visibles se sont pourtant trouvés emportés en l’espace de trois années.  La Russie modernisée s’est dissoute, ses institutions se sont écroulées, son économie si prometteuse s’est arrêtée de progresser, puis de fonctionner avant même que les deux révolutions successives de février et d’octobre 1917 n’achèvent de balayer la dynastie des Romanov et la Russie occidentalisée.

 

La Russie modernisée et libéralisée s’étant écroulée, Lénine et ses successeurs ont construit un édifice qui doit plus au passé de la Russie pré-moderne qu’à celui des deux derniers siècles.  Pour le chef des bolcheviks, l’objectif de la révolution en Russie était pourtant d’occidentaliser le pays.

 

La liberté et les libertés sont au rendez-vous depuis 1992, mais tout Russe sait qu’il s’agit là de conquêtes fragiles qui peuvent à tout instant être remises en cause.  Elles sont liées au succès de la démocratie.  Le mot démocratie, sinon le système lui-même, y perd de son crédit, et nombreux sont les Russes à s’interroger : n’y a-t-il pas, dans la culture sociale de ce pays, une autre manière de vivre dans la liberté, et la démocratie de cette variante bien peu respectueuse de la dignité de l’homme?

 

Bonne lecture à tous!  J’aimerais détenir vos commentaires sur ce livre.  Merci!

 

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Jean-François Laroche

Club Culture