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Petites morts en prose

Éric Valiquette

Illustration
Dominik Sokolowski

Éditions : Vents d'Ouest 

126 pages

 Collection :Rafales (nouvelles

17.95 $

 

Nous n'avons pas fini d'entendre parler de cet auteur! C'est un premier livre, admirablement bien écrit. Monsieur Valiquette a une maîtrise de la langue étonnante. J'ai lu cette prose exceptionnelle tranquillement, pour mieux la savourer. Séduite par le charme de l'écriture, j'ai vite voulu savoir qui était ce magicien des mots au style métaphorique.

Ce jeune homme est né à Mont-Laurier en 1972. Il a étudié à Hull où il obtient, en 1995, un baccalauréat en éducation. Surprise! Je suis chargée de cours aux sciences de l'éducation, aux études langagières, à l'UQO. J'aurais pu l'avoir comme étudiant dans mon Atelier de création littéraire! On ajoute qu'il enseigne dans diverses écoles de l’Outaouais, d’abord en francisation, puis au dernier cycle du primaire. J'imagine qu'il doit encourager ses élèves à faire de la composition littéraire assez souvent.

Ce livre est  déroutant, même mystifiant. Quel plaisir j'ai eu à lire ces dix-neuf nouvelles, courtes, mais délirantes, désopilantes par moments, noires et dramatiques! Histoires insolites de meurtriers ordinaires, d'amoureux fous, de voyageurs errants sans retour qui vivent à Prague, à Budapest, à Montréal.

Je suis restée bouche bée devant ces hommes et ces femmes aux prises avec leurs passions cachées, la démence qui les guette ou leur indécence. Je pourrais comparer ce recueil à Mezzo Tinto de Jacques Flamand, le livre aux histoires hallucinantes par moments, qui a gagné le prix du consulat de France l'an dernier. Le tragique côtoie le comique, le réel et l'imaginaire sont confondus, mais la chute de la nouvelle énigmatique est toujours surprenante.

Habituellement, je ne suis pas friande des plumes qui offrent des émotions bizarres et des scènes macabres. Mais lorsqu'un auteur a le tour de m'intriguer...

Tenez, à titre d'exemple, voici un extrait du début de la nouvelle pathétique L'orfèvre :

Ariane met le couvert à la place de Goya. Doucement, elle pose les ustensiles, un à un, aggravant chacun de ses gestes d'une telle minutie que, depuis toujours, Ariane est l'orfèvre des choses simples. Elle va, vient, de l'armoire de chêne à la table, posant avec un décorum exalté la pièce finale, l'assiette, bien au centre d'un napperon de semaine. Sur les barreaux de la rampe, des bas fraîchement reprisés se tiennent le cou raide, comme si des orteils les habitaient encore. Des chemises poudrées de détersif trempent sagement dans l'écueil de la bassine. Viande et purée fument dans l'auge du mari. Ariane vit toujours avec Goya, dans une chaumière où elle habite désormais seule. ( p. 41)

 Comme le bleu de Chartres, qui se justifiait pour éclairer les plus sombres voûtes de la cathédrale, la première nouvelle Bleu sérénade, rouge sacrilège est à sa place en guise de préliminaire, par rapport à l'impression qu'elle produit. 

Ma nouvelle préférée? Maestro !  Et ce titre, je l'offre à l'auteur comme nom de plume, il le mérite.

Bon moment de petites morts, en prose évidemment!

Lysette Brochu

www.lysettebrochu.com

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