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5150,
RUE DES ORMES
Collection
ALIRE
Auteur : Patrick Senécal
Roman/fiction/suspense
367
pages
ISBN : 2-922145-51-4-045
Il s’appelle Yannick Bérubé, il a vingt-trois ans, il est séquestré au 5150, rue des Ormes, dans la ville de Montcharles, et c’est pourquoi il a décidé d’écrire son histoire.
Or,
si son récit débute par une banale chute à bicyclette, la suite bascule
rapidement dans l’horreur la plus inimaginable. La famille qui le retient prisonnier est loin d’être
normale : Jacques Beaulieu, le
père, est un psychopathe qui ne jure que par le jeu d’échecs et qui se prend
pour le dernier des Justes; Michelle,
l’adolescente, semble encore plus dangereuse que son père; Maude, l’épouse et la mère, est obsédée par
le Seigneur et elle obéit aveuglément à son mari. Quant à la petite Anne, elle est muette et ses grands yeux
immobiles ressemblent à des puits de néant….
Après
quelques temps, pour Yannick Bérubé, l’enjeu est simple : il doit s’évader à tout prix de cette maison
de fous, sinon il va y laisser sa peau…..ou sa raison !
Après
« Aliss », un
roman original sur la vie dans un univers étrange alors qu’une jeune femme
bascule de l’autre côté du « miroir » dans un monde lugubre, une prison
où l’âme peut se perdre à jamais si……
Patrick
Senécal nous invite au 5150, rue des Ormes.
Vous
êtes-vous déjà demandé ce qui se passe dans la tête des victimes séquestrées
pendant des jours, des semaines, voir des mois ? Comment s’en sortir ? Et
si on s’en sort, quel en est le prix ?
Peut-on s’en sortir sans trop de séquelles ?
Patrick
Senécal tente le tout pour le tout. Il
se met dans la peau d’une de ces victimes innocentes.
Le
décor dans lequel le lecteur pénètre est celui de la démence. Il pénètre dans la folie insoupçonnée d’un
Jacques Beaulieu et rien ne nous prépare à cette descente aux enfers.
Après
une banale chute à bicyclette, Yannick demande du secours à une famille mais,
une fois la porte entr’ouverte, il entend des appels à l’aide. Sans réfléchir, il se précipite au-devant de
la victime derrière une porte close.
Malheureusement, il tombe sur un cadavre sanguinolent.
Figé,
glacé devant ce corps inerte, il est pris au piège par Jacques Beaulieu qui,
s’empresse-t-il à dire, a mérité de passer de vie à trépas. Voulant se sauver, Yannick Bérubé se voit
enfermer dans une pièce exiguë, où flottent des odeurs de mort et de
putréfaction.
Tout
se passe tantôt au présent, tantôt au passé.
Grâce au journal intime de Maude, épouse soumise de Jacques, nous
pouvons découvrir les raisons qui ont menées ces deux êtres à s’unir pour
former un couple. Petit à petit, nous
parcourons la vie de Maude, alors qu’elle n’était qu’une adolescente, sa
rencontre avec Jacques Beaulieu qui devint son mari, son mariage, la découverte
de l’acte sexuel – devoir conjugal, ses grossesses, la naissance de ses
enfants……et ses éternelles confessions auprès de prêtres soumis au silence.
À
travers ce récit, nous vivons dans une famille dysfonctionnelle, obsédée par la
justice de Dieu selon Maude et la justice selon Jacques – diamétralement
opposées, ces deux justices encadrent ce roman obsessionnel, inquiétant mais
extrêmement passionnant.
Le
jeu d’échec, l’obsession et l’inspiration de Jacques, devient la clé d’échappement
pour Yannick mais cette clé, elle se gagne, elle a un prix et le chemin sera
long avant d’y parvenir…..Cependant, sa vie en dépend.
Dans
ce parcours inavouable, Maude, Anne et Michelle sont des éléments importants
pour la survie de Yannick.
Maude,
dans son cheminement et avec l’appui de Yannick, sait que le salut de son âme
passe par la libération de ce dernier mais peut-elle y arriver sans trahir son
mari ?
L’attitude
de Yannick bascule dans un univers parallèle : un désordre dément, passant de la lucidité au désespoir, de la
présence d’esprit au délire total. Sans
crier gare, le lecteur ne peut plus distinguer la loyauté de la soumission, la
vérité du mensonge, l’amitié sincère de la trahison…..
Patrick
Senécal nous fait pénétrer dans un lieu interdit : il y a bien une porte d’entrée mais la porte
de « sortie », c’est moins évident.
Une
histoire sur le délire, la paranoïa, la dérision, la culpabilité……..L’auteur
n’utilise que le contraste, l’antithèse, le discours intérieur, le jeux des questions-réponses
d’une victime séquestrée, démunie, seule, apeurée devant sa mort éventuelle qui
perd doucement l’estime de soi…..C’est le cheminement vers un état de
dépendance totale….à vous couper le souffle !
Pour
garder son équilibre, il écrit.
Malgré
l’horreur, malgré la torture physique et morale, il y a tout de même une
explication. Sinon quel serait le but
de tous les carnages de Beaulieu?
Un
roman où la logique et l’analyse, l’équilibre et la folie se côtoient et
s’enlacent pour former un enchevêtrement infiniment subtil et puissant. Une prison d’où nul n’est jamais revenu.
« Voilà
à quoi ressemble mon quotidien. Voilà
pourquoi j’ai parfois la désagréable impression de me détacher de la réalité,
que le réel, le vrai, celui qui existait dehors, en dehors de moi, n’existe
plus…. »
Le
réel, l’irréel, le présent et le passé, rien n’a plus de sens pour Yannick et,
petit à petit, alors que le temps s’écoule, que les jours se succèdent, il perd
la notion du temps, de l’espace, de la réalité, du monde extérieur…..
Je
ne peux en dire plus. Il faut lire pour
découvrir l’univers débridé du bien et du mal, celui de Yannick Bérubé et de
Jacques Beaulieu. Une confrontation
jusqu’à ce que mort s’en suive….
Bonne
lecture !
Francine
Charette
Club-Culture