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Plon
Auteure :Loung
Ung
Traduit
de l’anglais par Frank Straschitz
279
pages
ISBN : 2-259-19226-2
Genre : biographie
Loung
Ung, qui vit maintenant aux Etats-Unis, est porte-parole de la Campaign for a
Landmine-Free World (Campagne internationale pour l’interdiction des mines
antipersonnel), organisme qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 1997.
Le
génocide perpétré au Cambodge par les Khmers rouges a donné lieu à peu de
récits. Le livre de Loun Ung répare
cette lacune.
Avril
1975 : l’armée de Pol Pot envahit
Phnom Penh, mettant un terme brutal à l’enfance de Loung Ung, alors âgée de
cinq ans. La petite fille a grandi dans
un milieu privilégié avec ses six frères et sœurs; ses parents sont tous deux d’origine chinoise. La famille doit fuir la capitale, errant
bientôt de village en village en se faisant passer pour des paysans
analphabètes. Afin d’avoir les
meilleures chances de survie, Loung et les siens doivent se disperser et la
fillette est enrôlée en tant qu’ »enfant-soldat ».
Les
parents de Loung Ung et deux de ses sœurs disparaîtront, l’un après l’autre,
dans la tourmente.
Tout
au long de quatre années de cauchemar, quelle que soit la brutalité des
épreuves, Loung Ung s’est toujours raccrochée à un immense amour familial, et
n’a cessé de garder espoir pour elle-même et pour ceux qu’elle aime.
Ce
témoignage d’une rare force d’évocation – qui offre un troublant parallèle avec
les écrits d’Anne Frank dans l’Europe hitlérienne – nous fait plonger,
intimement, au jour le jour, au cœur d’une des plus grandes tragédies du XXième
siècle.
Phnom
Penh, 16 avril 1975.
Le
lecteur fait connaissance avec la famille Ung.
Une famille lettrée, bourgeoise de six enfants.
Petit
à petit, le chaos s’installe et le père de Loung Ung exhorte sa femme et ses
enfants à fuir Phnom Penh. L’urgence
est telle qu’ils ne prennent que le nécessaire tout en essayant tant bien que
mal à se fondre dans la masse de gens qui fuient également les lieux.
L’exode
ne fait que commencer et déjà, les enfants doivent garder le silence, en plus
de jouer le jeu insidieux de l’ignorance et de la soumission. Tout au long de leur périple, ils doivent
abandonner la voiture, puis les vêtements pour adopter le vêtement du régime,
afin de ne pas attirer le regard. La
soif, la famine, le travail forcé, les mauvais traitements s’ajoutent
rapidement au désespoir.
Pour
des raisons de survie, les enfants seront forcés dans des camps de travail,
comme des esclaves en plus de recevoir, jour après jour, l’enseignement
révoltant du régime des Khmers rouges.
À
travers le regard d’une petite fille, le lecteur s’engage sur le chemin
interminable de plusieurs années de souffrances des camps de travail forcé,
d’exécutions de masse, de maladies, de sous-alimentation. Selon les estimations, quelques deux
millions de Cambodgiens, soit près du quart de la population du pays sont morts
dans des conditions inhumaines. Une
épuration systématique par un régime totalitaire, animé d’une folie meurtrière.
Après
l’assassinat de son père, la mort de sa sœur, des jours, des mois voire des
années de misères, des prisonniers de la prison des Youn ont réussi à prendre
un Khmer rouge vivant. Les villageois
le veulent pour se venger, œil pour œil, dent pour dent. Ils veulent une exécution publique du
prisonnier.
Elle
écrit : « Finalement, deux
hommes plus très jeunes s’avancent vers le Khmer rouge. Le silence se fait. Le prisonnier lève les yeux. Il semble avoir peur, maintenant. Il plisse les yeux, ouvre la bouche comme pour
parler, puis la referme. La sueur coule
sur son visage, passe sur sa pomme d’Adam, trempe sa chemise. Il baisse la tête, fixant de nouveau ses
pieds. Il comprend qu’il n’y a pas
d’espoir. Son gouvernement a créé un
peuple assoiffé de vengeance qui a envie de tuer. »
Après
la vengeance à coup de marteau et de coups de poignard : son sang est noir et épais parce qu’ils se
gorgeaient de nourriture pendant que nous mourions de faim ! « Son sang est noir parce qu’il n’est
pas humain. Le sang des hommes n’est
pas noir ! Elles auraient dû le faire
mourir plus lentement… »
« L’un
après l’autre, les gens retournent chez eux.
Je reste plantée là, incapable de détacher mon regard du cadavre. En esprit, je revois des images du meurtre
de mes parents et de mes sœurs. »
Un
itinéraire semé de tortures, de meurtres, de souffrances indescriptibles. Loung Ung raconte son histoire et celle de
millions d’hommes, de femmes et d’enfants.
Un
témoignage émouvant et éprouvant.
Un
style narratif extrêmement intéressant.
Jamais le lecteur ne sent la vengeance ou la haine. Les faits sont racontés avec tendresse
quoique les souvenirs soient douloureux.
L’animosité ou l’amertume ont fait place à la tristesse et à une grande
sensibilité face à l’horreur.
Aujourd’hui, Loun Ung consacre sa vie à défendre les droits à la vie,
aux enfants du monde, victimes de mines antipersonnels.
Bonne
lecture !
Francine
Charrette
Club-Culture