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« Un
petit bijou de livre profondément bien écrit, qui vous amènera tangiblement à
vous laisser envoûter par les images et l’écriture fine, qui vous fera vivre un
agréable tour du monde, bien assis dans votre sofa. »
Vous vous délecterez de cet
essai politique, sur la tristesse, la tragédie humaine, et sur les espoirs du
XXe siècle.
Pour vous
introduire l’auteur de ce livre et essai, disons de lui qu’il est romancier,
nouvelliste et critique. Monsieur
Naïm Kattan est également l’auteur de plusieurs essais, dont Le Réel et
le théâtral, La Réconciliation, Le Père et Culture : alibi ou liberté?
Pour mieux
le connaître, Naïm Kattan est né en Irak, il s’établit au Canada
en 1954 où il s’intéresse et s’intègre à la vie intellectuelle du pays, se
consacrant de façon particulière au domaine littéraire. Il est actuellement professeur associé à l’Université
du Québec à Montréal, et il est Directeur de la revue Les Écrits.
Naïm Kattan dit des Québécoises et Québécois francophones qu’ils sont ainsi pris entre l’appel d’un passé qui comporte des contradictions, des ambiguïtés, des zones grises, et un avenir en mouvement qui ne présente d’autre certitude que celle qu’on découvre, forge, choisit. Le migrant fait partie de cette démarche. Il cherche son chemin avec les autres et, en même temps qu’eux, le découvre, le choisit. Dès lors, il n’est plus compagnon de passage ni corps hétérogène. Il participe au mouvement et à l’édification d’un destin commun.
Pour cet
écrivain migrant, le Québec accueille maintenant une pléiade d’écrivains venus
de Chine et du Brésil, d’Irak, du Liban et d’Égypte, sans parler des Haïtiens,
Montréal étant désormais un foyer essentiel de la littérature haïtienne. Sans menacer la majorité dans sa volonté de
contrôler son destin, ils peuvent, par leur intégration au mouvement, en
infléchir l’orientation.
Pour lui,
la langue constitue, bien évidemment, une autre source. Le français est porteur d’une civilisation
léguée par la France et ce pays, encore aujourd’hui, conserve la prépondérance
au sein de la francophonie. Le
Québécois peut difficilement dire que sa culture commence avec les Premiers
Canadiens ou avec l’Histoire de Garneau. Il est, de par sa langue, l’héritier de Racine et de Baudelaire,
et la France ne peut être considérée comme un pays étranger au même titre que
l’Allemagne ou l’Italie. D’aucuns, dans
un passé proche, ont même tenté de faire admettre que le Québécois possède sa
propre langue, distincte de celle de la France. On peut certes parler et même écrire le joual sans nier le
fait que le français demeure la langue des Québécois.
Naïm
Kattan fait mention que dans les années quarante et cinquante, l’Occident se
présentait sous une autre figure. Il
n’était plus l’exemple, la source de progrès et d’émancipation. Le nationalisme arabe le présentait comme
l’envahisseur, le dominateur et l’exploiteur.
Cependant, ce même Occident n’était pas moins visible voire concret par
sa science et sa technologie.
Toutefois, les minorités religieuses et ethniques vivaient de plus en
plus dans le malaise et les contradictions.
Non seulement les minorités juives qui, après la naissance de l’État
d’Israël, ont senti davantage souffler les vents de l’hostilité et qui, dans la
plupart des pays arabes où elles étaient implantées parfois depuis vingt-cinq
siècles, se sont vues contraintes de partir, mais également d’autres minorités
comme les Grecs et les Italiens qui ont dû plier bagage.
Par ses
recherches, l’auteur nous fait mention que c’est donc à partir de la seconde
moitié du XIXe siècle, une nouvelle discipline universitaire s’est
développée en Europe : l’orientalisme.
Des universitaires et des chercheurs (historiens, linguistes,
sociologues) se sont lancés dans l’étude de l’Islam, de l’histoire et de la
grammaire arabe. Les lettres classiques
furent soumises à une exploration systématique par des méthodes de recherche
modernes.
L’auteur
fait mention qu’il est plus difficile que jamais de tracer les frontières entre
les deux bords de la Méditerranée. La
culture arabe est désormais installée à Londres, Paris, Francfort, Cologne,
Stockholm, Amsterdam et Helsinki. Des
écrivains venus de l’autre rivage de cette mer s’expriment dans la langue de
leurs colonisateurs d’hier. Les langues
européennes, elles-mêmes et d’abord le français, se modifient par la présence
et l’expression d’écrivains porteurs d’une culture séculaire et d’un présent
d’interrogation. Souvent séparés de
leurs publics, des écrivains vivent dans l’attente, expriment les possibles,
mais, du fait même de la continuité de la parole, affirme un avenir.
En guise
de pensée profonde, Naïm Kattan émet cette opinion que l’écrivain partage tous
les devoirs et toutes les responsabilités de l’ensemble des citoyens, mais il
a, en plus, la charge de ce qui fonde son passage dans le monde : la
parole. Écrivains, nous sommes les
gardiens de la parole et celle-ci ne se fait entendre que dans les occasions de
paix. Il s’agit d’occasions, de
clairières dans de sombres forêts qu’il faut s’efforcer de préserver. De plus, cette parole est aussi un lien, un
sanctuaire où les belligérants sont invités à déposer leurs armes. Ce serait peut-être momentané, l’espace
d’une halte, mais cela nous donne la sensation que la paix existe, qu’elle est
désirable et qu’elle est la seule véritable conquête.
Selon Naïm
Kattan, il existe un style de vie séfarade qui change, se modifie par le
voisinage, la rencontre et, parfois, l’affrontement avec les Ashkénazes, les
Arabes, les Français, les Canadiens. Il
s’agit d’une manière d’être juif, de vivre le judaïsme par rapport à une
histoire, à des traditions mais aussi par rapport au monde actuel, juif et non
juif. Bref, le séfaradisme peut être
considéré, par conséquent, comme une modalité d’établir un rapport avec le réel
et avec l’Autre.
Dans le
cadre de son travail d’écrivain, Naïm Kattan a séjourné à Prague, en
Tchécoslovaquie. Dans ses premières
impressions, il émet celui d’un grand éblouissement. Dans le quartier historique, la diversité des façades mauves,
vertes, ocres et bleues nous happe. En
dépit des voisinages singuliers, inusités de styles et d’architectures, il se
dégage un sentiment de grande harmonie.
Naïm Kattan s’arrête devant la Maison de ville rénovée, puis il passe
devant les églises gothiques, baroques, rococos ainsi que des théâtres, des
magasins… jusqu’au fleuve, la Vltava (la Moldau) et ses enfilades de
ponts. Naïm Kattan traverse le pont
Charles, le plus connu, le plus fréquenté, admirant les statues qui le bordent
des deux côtés, tel un récit historique.
Les touristes du monde entier s’y agglomèrent.
En guise
de conclusion, on pourra dire que ce siècle a débuté, en France, avec l’Affaire
Dreyfus. Ailleurs, au Moyen-Orient, en
Inde, voient le jour, dans un silence quasi-total, les premiers écrits
d’émancipation, de renaissance. Les
pays coloniaux sont imbus de leur bonne conscience. La civilisation occidentale est à son apogée. La science, la puissance économique et
militaire ouvrent, à quelques pays, les portes de la conquête du monde. Puis, les événements se précipitent. La guerre, la dépression, et à nouveau la
guerre. Des peuples, colonisés, en
décadence, redécouvrent, en même temps que les promesses de la science et de la
technologie, la réalité de leur passé, leur appartenance à une culture, à une
civilisation qui est ignorée, car elles plongent dans la léthargie,
impuissantes, car elles s’appuient sur un archaïsme. Du même coup et en même temps, les cultures dominantes ne
parviennent plus à affirmer leur règne et les cultures antiques sonnent le
réveil.
À vous tous, chères lectrices et lecteurs, je vous
souhaite une très bonne lecture! Par pure curiosité, j’aimerais détenir des
commentaires de votre part, à propos de ma chronique littéraire. Merci beaucoup!
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