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L’équation du nénuphar

Les plaisirs de la science
Un essai de Albert Jacquard
Avec des dessins de PEF
Calmann-Lévy, 1998
190 pages

Albert Jacquard est polytechnicien et généticien des populations. Il est bien connu au Québec puisqu’il y est venu à plusieurs reprises. C’est également un ami de l’astrophysicien Hubert Reeves, un québécois que l’on retrouve souvent à la télévision, plus particulièrement au canal Savoir. Albert Jacquard a écrit plusieurs ouvrages sur la science et sur la société qui sont autant des best-sellers. «Cinq milliard d’hommes dans un vaisseau» lançait en 1987 un cri d’alarme sur la surpopulation de notre planète Terre. L’homme de science a aussi écrit des manifestes comme «J’accuse l’économie triomphante» et a publié des entretiens avec l’abbé Pierre dans «Absolu».

Albert Jacquard est un scientifique engagé non croyant. Pour lui, avoir la foi c’est croire ; or, pour un homme de science, croire est incompatible avec son credo, celui de démontrer, celui de prouver. En revanche, s’il ne s’investit pas dans la foi, ni dans la religion, il s’implique dans son milieu, celui de l’Homme de tout l’univers. D’ailleurs, pour Jacquard, il n’y a pas de races humaines, il n’y en a qu’une seule à laquelle tout individu qu’il soit de couleur de peau rouge, blanche, noir ou jaune appartient. L’Homme est la race humaine, comme le chimpanzé est à l’animal, que la roche est au minéral et que le nénuphar est la plante/fleur. Et le grand dada de Jacquard est la génétique et la reproduction. Trop abondante chez certaine population, pas assez chez d’autre, mais de toute manière, à surveiller, vu l’étroitesse du bateau dans lequel on navigue et qui ne pourra plus contenir et nourrir des nouveaux arrivants s’il y a surpopulation sur tous les ponts.

Dans L’équation du nénuphar, Albert Jacquard nous raconte comment la science peut être un plaisir et même une joie à partager en famille ou entre anis. Elle est aussi la plus extraordinaire école de liberté et de rigueur que les hommes aient inventée. Ce livre redonne à l’enseignement de la science toute sa vertu : préparer une société plus libre et plus juste.

L’équation du nénuphar est le fruit d’un projet : «Ateliers des sciences» de la Fondation 93. Jacquard y puise dans ses souvenirs de rencontres et de conférences qu’il à données tant en France qu’au Québec à des étudiants du niveau primaire et secondaire. Il déclare : « je m’efforce d’insérer le cheminement de l’intelligence de ces découvreurs (les savants) dans le cheminement propre de l’auditeur, de prendre celui-ci par la main pour l’aider à progresser non dans un parcours imposé, mais dans son parcours personnel, en y éprouvant du plaisir». Que j’aurais donc aimé être tombé sur un tel professeur lorsque j’étais enfant ! Je serais moins nul aujourd’hui.

Plus loin, il écrit : «...sauf cas pathologique, leur intelligence (celle des élèves) est le résultat toujours provisoire de leurs propres efforts pour la développer». Pour Jacquard et Georges Charpak qu’il cite, «La science est l’outil qui permet d’approcher le réel, d’apprendre la fécondité du questionnement, [...] de susciter l’argumentation et l’échange des idées...». Bref, la science est une école de pensée et de vie et qu’il faut à tout prix démystifier. Il n’y a pas que les surdoués qui peuvent la comprendre, s’en servir et en éprouver du plaisir.

À lire absolument !

Michel Paul Beaudry
Club Culture