Qualité de vie

L'autre soir au journal parlé, on interviewait un médecin spécialiste. L'air pas plus idiot qu'un autre. Pas plus intelligent non plus. Le tout venant en quelque sorte. Il est manifeste que le journaliste veut faire dire à son invité que rien ne va plus dans les hôpitaux du Québec.

Pour arriver à ses fins, il n'a pas à déplorer d'étonnantes ruses de sioux. Puisque l'Esculapien finira par dire qu'il s'apprête à partir pour l'étranger. Qu'est-ce qui l'attire? Des honoraires plus élevés. Que non! S'il part, c'est pour améliorer sa qualité de vie. De quelle qualité s'agit-il? Nous ne le saurons jamais.

Car c'est la fin du reportage. Dans des moments pareils, la télévision - ou la radio - devient pour moi un instrument de torture. Ainsi, le grand homme partait, pas du tout gêné, selon toute évidence, d'aller pratiquer ailleurs une profession qui serait fort utile à une société qui l'a porté jusqu'ici.

Il y a des problèmes au Québec, débrouillez-vous mes enfants, je m'en lave les mains. Normal pour un médecin. On ne s'imagine pas ces gens autrement qu'un pain de savon à la main.

Si j'avais été journaliste, je n'aurais certes pas fait l'impasse sur la question suivante: " Mais, docteur, qui vous a permis de faire vos études poussées? Vous avez bossé comme deux, je vous le concède, et je serais porté à vous admirer pour cette raison même, mais croyez- vous vraiment que vous pouvez partir à la façon des rats qui, à ce qu'on dit, abandonnent les navires dès qu'ils prennent l'eau. Les frais que vous avez acquittés pour vos cours à l'université, croyez-vous qu'ils réglaient la note? "

Tout cela, me disais-je en éteignant, est conforme à la mentalité qui prime. On nous accuse avec une belle régularité. Le plus crétin des crétins veut quitter Montréal pour Toronto, c'est notre faute. Nous nous sommes mal comportés, ailleurs c'est bien mieux.

Le spécialiste croit-on, il faudrait l'amadouer, lui faciliter la vie. Tant pis pour une réorganisation des services de santé, dont on ne se demande même plus si elle est nécessaire ou pure besoin politique.

Je suis sûr de peu de choses, Mais je sais que je croirai jusqu'à la fin que la vie n'est pas une course exclusive au bien-être. J'ai beaucoup de difficulté avec un médecin qui ne se sent pas investi en même temps d'une certaine responsabilité sociale. Pour moi, un médecin, ce n'est pas un apôtre, certes, mais surtout pas un athlète aussi heureux qu'à Los Angeles qu'à Chicago ou San Diego. Il est vrai que j'ai passé l'âge d'être reporter au journal parlé,

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