

Il arrive que des auditeurs de cette émission s'étonnent devant moi de ce que vous me fassiez la partie belle. " Il ne vous interrompt jamais ", disent-ils. On ne le déplore pas. On constate tout simplement. Avec moi, la patte de velours, avec d'autre...
Je me garde bien de commenter. Ou je glisse qu'ayant le coeur fragile je ne pourrais supporter qu'on me houspille avec trop de régularité.
Vous me ménagez en quelque sorte. Je ne m'en plains pas. Parfois, vous me surprenez par une question à laquelle je ne m'attendais pas. J'aime bien. Si on ne peut pas être spontané à la radio aussi bien aller planter des choux ou du cannabis.
Mes réponses, c'est selon. Parfois je me dis que je suis sorti d'embarras, parfois ma répartie me déçoit. Mais enfin, tant pis pour moi si je n'ai pas eu l'esprit de primesaut souhaité.
L'autre jour, en présence d'un urbaniste vous m'avez demandé ce que je pensais du choix du magasin Simpson comme emplacement de la Bibliothèque nationale. J'ai expliqué que, connaissant mal le dossier, je préférais ne pas m'engager sur le terrain.
Mais si je n'avais pas mis un frein à mon impétuosité, j'aurais ajouté que les questions relevant du patrimoine ne trouvent pas en moi un défenseur convaincu. Il ne m'apparaît pas que l'immeuble en question soit un trésor d'architecture. M'inquiéter est bien davantage d'un côté la signification indubitable d'une Bibliothèque nationale et de l'autre, l'état de délabrement du centre-ville. Mais comment traiter de ce sujet en trente secondes, en pareille compagnie de surcroît, on aurait vite fait de conclure que je n'entendais rien en l'affaire.
Alors, je me suis tu. Et je m'en félicite encore. Pour une fois, j'ai retenu ma langue. Mais revenons au patrimoine. C'est vrai, je ne suis pas au chapitre de l'urbanisme, un conservateur. Conserver pour conserver me paraît assez vain. Le délire en cette question a été atteint avec l'ancien hôtel Queen's dont on a conservé pendant des années, rue Peel, un mur, sous prétexte qu'il avait une signification architecturale et patrimoniale.
Il y a peu, on était prêt à monter aux barricades pour la marquise d'un cinéma. S'il n'en tenait qu'à moi, on aurait rasé tout ça depuis longtemps. Non que je crois qu'il faille à tout moment et à tout prix rayer les traces du passé. Mais pour protéger parce que c'est le passé, non. Une horreur est une horreur.
A quoi sert d'être à ce point frileux avec des vestiges mal en point si l'on est permissif ou indolent en matière d'urbanisme? Il saute aux yeux, par exemple, que le Centre Molson est d'une insignifiance confondante, mais qui l'a déploré en temps opportun?
Vous voyez, mon ami, j'ai bien fait de me taire l'autre jour même si je souhaite ardemment que le magasin en question ait de nouveau une vocation. Laquelle? Ne me posez surtout pas la question. Le temps qui m'est imparti est écoulé. Ouf ! Je l'ai échappé belle.
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