

Il y a des jours où l'on se sent bien. Le temps peut être maussade,les nouvelles plutôt mauvaises, rien y fait. On a la forme.
J'étais dans ces dispositions, samedi dernier. Le bus dans lequel j'étais monté n'était pas bondé, mais un rapide coup d'oeil me permit de constater que tous les sièges étaient occupés. Aucune importance, je n'allais pas très loin et je ne déteste pas rester debout. Ainsi je me donne à bon compte l'impression de ne pas être trop décati.
Un autre rapide coup d'oeil et j'apprenais qu'il y avait à bord des gens plus mal en point que moi. Ils étaient tous assis, ceux-là. C'était justice. Que je sois droit comme un "I" avec l'aide de la lanière de cuir, rien que de bien normal également. L'état dans lequel je me portais me permettait, ai-je estimé, de mieux étudier l'état des lieux. Quand je suis quelque part, je ne supporte de négliger un beau visage ou un corps splendide. De façon discrète, comme bien l'on pense, j'ai toujours été un garçon bien élevé.
Je l'ai dit, il y avait beaucoup de vieux dans ce bus. Trop de vieux. Aucune femme qui m'apporterait le réconfort de sa beauté. Mais j'avais tort, tout à côté de moi était assise une jeune femme de vingt-cinq ans peut-être, teintolivâtre, nez finement dessiné, bouche gourmande, menton un tantinet volontaire. Encore une fois, je la regardais à peine, j'ai horreur des regards insistants. J'étais dès lors porté par la vision de la beauté.
C'est alors que le conducteur du véhicule freine brusquement. Deux ou trois vieilles dames poussèrent quelques gloussements,un vieux jura. Quant à moi, je faillis m'asseoir sur les genoux de ma belle voyageuse. Vous dire ma confusion dépasse ma compétence. S'il y avait une personne que je ne voulais pas agresser, c'était bien elle.
Elle me rassura sans tarder avec le plus engageant des sourires. J'allais m'excuser, lui adresser une remarque sur le comportement des vieilles dames qui avaient montré des signes de peur si ostensibles, la rendre complice en quelque sorte de ma bonne humeur.
C'est elle qui a parlé. Avec le sourire toujours. Et doux, le sourire, celui que l'on destine à ceux qu'on ne veut pas offenser. J'en étais tout rasséréné. Pourquoi a-t-il fallu qu'elle prononce une phrase qui me jette dans le plus entier des désarrois?
Au début, je n'ai pas bien entendu. Mon égérie parlait anglais et à voix basse. Et puis, pourquoi ne pas le dire,je suis parfois sourd comme un pot. Mais quand elle réitéra sa question, je dus me rendre à l'évidence. La traîtresse m'offrait sa banquette. Elle me prenait pour un vieux, son grand-père peut-être. On pensera de moi ce qu'on voudra, je l'ai de ce fait trouvée moins belle, son maquillage était trop appuyé, ses yeux manquaient de cette vivacité qui..........
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