

Montréal est une mégapole. Les événements importants s'y succèdent à un train d'enfer. Ainsi vient de se terminer au Palais des Congrès le Salon de l'amour et de la séduction.
Dans une voiture de métro, la semaine dernière,j'ai appris que ce salon se déroulerait à partir du 8 février et durerait quatre jours. "Tiens, me suis-je dit, une occasion d'apprendre des détails et des points importants qui m'ont fait si cruellement défaut à certaines périodes de ma vie".
Que je sois moins jeune, que les éléments de science que je pourrais acquérir en pareil lieu ne puissent plus tellement me servir, voilà qui ne restreignait en rien ma curiosité.
J'irais donc en ce Palais des Congrès, que je ne connais pas. Dimanche après-midi. C'est le moment de la semaine que je trouve le plus triste. Plutôt que de m'étioler, plutôt que de geindre sur le passage du temps, je me dirigerais chez Eros.
Mon trajet était long. Ce qui devait arriver arriva. Je rêvai, je m'imaginai occuper un stand à ce Salon de l'amour et de la séduction. Attiré par la blancheur de ma chevelure, l'austérité de mes traits- on me prend souvent pour un prêtre- on viendrait me confier ses angoisses. J'écouterais avec patience, puis d'un mot, d'un regard, je consolerais les visiteuses.
Car il est évident que mon stand serait interdit aux hommes. Je les connais ceux-là, des brutes, que l'amour a toujours embêtées, qui auraient préféré aller à la chasse ou à la pêche, et qui ne se sont pliés à ce jeu que parce que c'était la seule façon d'assouvir leurs bas et moyens instincts.
Quant à la séduction, ils y sont aussi adroits que je le suis dans l'art de la dentelle de Bruges. A mes moments de grâce, je me laisserais aller à raconter comment jadis la séduction me venait naturellement. Dans mon berceau, j'avais trouvé l'art de plaire. Quand on vieillit, on peut mentir un peu.
Si je ne suis pas allé au Palais des Congrès, c'est que j'ai lu sur le poster que ce Salon de l'amour et de la séduction était aussi "une expérience-mode remplie de séduction". On ajoutait même "sans oublier la sélection XXX".
Comment voulez-vous qu'un homme dans mon genre, qui a aimé la séduction jusqu'à ses plus ultimes raffinements, aille se commettre en pareil entourage? Ma conscience et ma tenue de Clergyman m'interdit un tel voisinage. Je me contenterai des effluves du passé. On a les XXX qu'on peut.
Toute reproduction est strictement prohibée. © 1996 Société Radio-Canada et Gilles Archambault