

Je ne connaissais pas l'anecdote. C'est Cocteau qui la rapporte dans " Portraits souvenirs". Vatel, maître d'hotel du prince de Condé, se suicide parce que le souper n'était pas prêt à temps un jour que son maître recevait Louis X1V. La source de l'information se trouve dans une lettre de Madame de Sévigné en date du 26 avril 1671.
Pas plus que Cocteau, je ne songerais à rire de cet excès de zèle. J'y vois bien plutôt un exemple irréfutable de conscience professionnelle et d'amour du métier. "On dit, écrit Madame de Sévigné, que Vatel avait commis ce geste à force d'avoir de l'honneur en sa manière".
Nous ne vivons pas à une époque où on se donnerait la mort pour des raisons de ce genre. Et c'est tant mieux, mais est-ce une raison pour que règne uniquement l'à-peu- près?
Quand au restaurant, un serveur ne peut vous expliquer les plats au menu de la carte qu'il vous présente ou qu'à la patisserie un commis ignore ce qu'est une crème Chantilly, il y a problème. Surtout lorsque cette ignorance baigne dans la satisfaction béâte. Ces gens-là seront incompétents jusqu'à la fin de leur existence. Ils ne voient vraiment pas pourquoi ils se donneraient du mal.
Mais revenons au pauvre Vatel. Quelques heures avant de mourir, alors qu'il était de plus en plus inconsolable, il dit àGourville, secrétaire du duc de La Rochefoucauld : "Monsieur, je ne survivrai pas à cet affront-ci; j'ai de l'honneur et de la réputation à perdre." Gourville se moqua de lui, le prince de Cond&eacut
J'admire une attitude de ce genre. Je supporte mal qu'on exerce un métier ou une profession sans y apporter tout le soin nécessaire et même davantage. En agissant autrement, c'est soi- même qu'on déconsidère.
Aucune raison n'est valable pour excuser un laisser-aller. On trouvera toujours une migraine ou une indisposition pour justifier un manquement, une bavure. Dans ce milieu de la radio, qui m'a tant donné, j'ai rencontré quelques Vatels, perturbés à la suite d'une anicroche dont ils s'estimaient responsables. Ce sont ceux-l&agra
Après le décès de Vatel, raconte Madame de Sévigné, "on dîna très bien, on fît collation, on soupa, on se promena, on joua, on fit la chasse; tout était parfumé de jonquilles, tout était enchanté". Celà ne me fait pas croire que Vatel se soit suicidé pour rien. Il est mort pour ce qui constituait à ses yeux la vie elle-même. Il est mort à Chantilly. Chantilly comme la crème.
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