Extrémités

Il a été abondamment question, il y a quelque temps, de combats dits"extrêmes". Comme bien l'on pense, j'aurais souffert mille morts plutôt que d'assister à pareille démonstration de bêtise. De voir des abrutis s'acharner à se casser la gueule en choeur ne m'intéresse pas le moins du monde.

Il m'a semblé bizarre toutefois qu'on ne s'inquiète pas davantage de ce que les gens paient la forte somme pour se divertir à un spectacle de cet ordre. Que des brutes s'entredéchirent, on le comprend plutôt aisément. Quand des êtres sont prets à tuer parce qu'ils estiment que le conducteur de la voiture qui les précède les a doublés sans être dans son droit, tout est possible.

Cependant je comprends mieux le forcené que celui qui lui a délégué ses frustations. Je m'imagine voir le spectateur vociférant, encourageant les combattants de leurs cris, houspillant l'un, battant des mains à la moindre prouesse de l'autre.

Je m'imagine la chose et en suis d'avance révulsé. Il importe peu pour moi que les adversaires se rendent ou non jusqu'au bout de leur entreprise. Car on a raffiné, on a fait la distinction entre ces combats extrêmes et d'autres pendant lesquels tout est permis, jusqu'à la mutilation. L'étonnant, encore une fois, c'est que l'on prenne plaisir à voir deux hommes renchérir sur ce qu'on appelle sottement leur comportement "viril".

Un jour qu'il pleuvait, il y a peu, je suis entré dans un cinéma du centre-ville. Quand il pleut à torrents, et qu'on a pas de parapluie, on n'est pas trop exigeant. La projection d'un film américain commençait à l'instant. Je n'ai pas hésité.

Jamais je n'ai assisté à un tel déferlement de violence et de sadisme. Il s'agissait de l'odyssée de deux frères, tueurs d'habitude, qui séquestrent les trois membres d'une famille afin de passer en leur compagnie la frontière mexicaine. Pendant la première demi-heure, on est devant une violence ordinaire, dans la mesure où celle-ci serait exercée par des psychopates qui braqueraient leur révolver sur la tempe du cuisinier s'ils trouvaient un cheveu dans la soupe. Puis, on arrive au Mexique, dans un bar mal fréquenté. C'est alors licence totale. Fusillades répétées, corps déchiquetés, fantasmes sado- masochistes, têtes coupées, tout est laid, démesurément violent.

Si je me suis enfui au bout d'un peu plus d'une heure, toutefois, c'est surtout à cause du public. Il devait bien avoir une centaine de personnes dans la salle. Un auditoire qui ne se contentait pas de manger son maïs soufflé mais qui trouvait drôles les scènes de tuerie qu'on lui présentait. Chaque coup porté avec cruauté était ponctué de rires. C'est peu dire que d'affirmer qu'ils étaient gras. Mêmes les scènes de viol recueillaient leur part de gloussements et de commentaires.

Voilà, me suis-je dit, un public idéal pour les combats extrêmes. Mieux valait l'averse (sans parapluie) que cette horreur-là....

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