C'est écrit.

N'ayant pas d'auto, je ne m'approche pas tellement des parcomètres. L'autre jour, toutefois, mon attention fut attirée par un auto-adhésif bleu. Je pus y lire l'inscription suivante: "Proche de tout, loin d'être cher".

De quoi s'agissait-il? Le message était trop sybillin pour moi. Jusqu'à ce que je me rende à l'évidence. Des autocollants de ce genre, il y en avait sur tous les parcomètres. C'était donc une initiative municipale. On voulait nous convaincre qu'il en coûtait en somme assez peu pour se garer à proximité de sa destination.

Un peu plus loin, un panneau-réclame nous informait des vertus de la sécurité en vélo. Je crois me souvenir qu'on affirmait : "C'est pas parce qu'on est prudent que c'est plate".

J'étais de bonne humeur. Je ne l'ai plus été pendant quelques instants. Je vous en explique la raison.

Pour commencer, je ne vois pas pourquoi on se croit tenu de s'excuser d'avoir à réclamer à l'utilisateur du réseau routier une contribution en espèces sonnantes. Si on estime que la démarche est exagérée qu'on y mette fin tout simplement. Sinon, qu'on se contente d'empocher les pièces.

Je ne perçois, quant à moi, dans cette pratique, que la manifestation de la bonhommie un peu niaise de notre peuple. "Loin d'être cher", supplie-t-on. À la Société des transports, on va plus loin. On avise la clientèle: "On n'est pas cher mais on n'est pas gratuit".

Étrange attitude devant les fraudeurs, à vrai dire carrément défaitiste. Que penser d'une banque qui s'occuperait de cette façon des braquages dont elle serait l'objet? Quant au "C'est pas parce qu'on est prudent que c'est plate", il indique le recours dans l'affichage officiel à un laxisme de plus en plus courant en publicité. Jamais on a tant utilisé le langage primaire. C'est à qui serait le pus simplet, le plus épais. Tendez l'oreille, vous constaterez qu'on dit rarement moi, qu'on a rarement un père, une mère. On adore l'accent aigu. On a un chum ou va l'avouére. L'instruction tout aussi obligatoire que permissive nous a mené à ces atrocités.

En ce domaine, nous formons vraiment une société distincte. Plus suicidaire que concevable. Phénomène d'autant plus troublant, lorsque vous entendez un bonimenteur, tentant de vous vendre un produit américain- ils le sont tous - dans un charabia que des parents ouvriers n'auraient pas utilisé. Étonnant alors de constater que seul le nom du produit est correctement prononcé, à l'anglaise, bien sûr.

Pas de doute, on est loin d'être cher, on est proche de tout, c'est pas parce qu'on est prudent que c'est plate et on n'est pas cher, mais on n'est pas gratuit.

On se vend, on s'abrutit collectivement. À prix d'aubaine... et avec le sourire. Du bien bon monde. Méfions-nous des parcomètres!

Toute reproduction est strictement prohibée. © 1996 Société Radio-Canada et Gilles Archambault