Billets verts.

D'après mon cousin, je serais devenu intolérant. La chose est possible. À son avis, rien ni personne ne trouve grâce à mes yeux. Je n'en disconviens pas. Selon toute évidence, il n'est pas toujours bon pour moi d'allumer la radio ou de m'installer devant mon poste de télévision.

Parmi les choses qui m'agacent par les temps qui courent, il y a la tendance de plus en plus marquée de parler de dollars U.S.. On ne dit jamais qu'un géant qui trouve son plaisir à lancer un ballon dans un panier cent fois par heure reçoit un salaire annuel de six millions de dollars américains. On prend un air affranchi, on se déforme la mâchoire, et on évoque les dollars U.S..

Mon cousin prétend que la chose m'agacerait moins si le dollar d'Ottawa était au pair avec l'autre, mais il a tort. Il affirme aussi que je souffre d'un anti-américanisme primaire. Lui ayant souvent représenté que plus j'avance dans la vie plus je me sens proche d'une vision française du monde, je suis mal placé pour me mettre à lui vanter les charmes de la vie à l'américaine. L'amour du jazz a drainé en moi toute l'américanophilie qui m'était accessible. Pour le reste, les Etats-Unis ne me disent rien qui vaille.

Il n'empêche que si je ne peux supporter ce satané U.S. qu'on accole à tout bout de champ au mot"dollar" c'est pour une autre raison je trouve tout simplement bête ce recours à l'anglais, alors qu'on a à sa disposition un adjectif simple, clair et en tout point adéquat. Un dollar dit américain est aussi vert, aussi évocateur du capitalisme le plus outrancier que l'autre appelé U.S..

La chose paraît encore plus regrettable lorsque le bonimenteur prononce l'expression en paraissant se délecter. Il veut alors nous montrer qu'il sait, lui, qu'on ne la lui fait pas. Quand il est trop évident que le sbire s'en lèche les babines, j'enrage. L'expression honnie surgit-elle au milieu d'un discours autrement correct. Je me contente de le déplorer.

Quand il m'arrive de râler devant des âneries de ce genre, mon cousin ramène immanquablement sur le tapis la question du recours de plus en plus fréquent à l'anglais que l'on perçoit en France dans les milieux de la presse et de la communication. Il a beau jeu alors de me jeter à la figure les "sponsors" et les "challengers", de me rappeler l'admiration bête qu'on a là-bas pour les pires inepties que proposent la chanson et le cinéma américain.

Il ne comprend pas, le cousin, qu'une sottise est une sottise, et que celle des autres n'excuse pas la sienne propre. Cet été il passe ses vacances dans le Maine. Il m'a dit qu'il lui en coùtera...pas mal de dollars. Je me demande pourquoi il a souri en les qualifiant d'américains, ces dollars.... Pour lui, les dollars U.S. sont hors d'atteinte, peut-être.

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