

Aujourd'hui, premier octobre, c'est la journée internationale de la musique. Je ne le savais pas, je le sais. Bien heureux au reste qu'on y ait songé.
Le problème avec notre époque - entre autres choses - c'est qu'on n'arrête pas de souligner par des événements ce que l'on juge important. On multiplie les défilés, les soirées de gala, les fêtes
. Il s'ensuit une certaine lassitude. De quoi s'agit-il cette fois? De quels maux va-t-on nous entretenir, quelle cause va- t-il falloir soutenir au risque de paraître mauvais coucheur? La musique, toutefois, tout le monde est pour. Et puis on a pas recours à notre bon coeur, on se contente de souligner son importance. En souhaitant, j'imagine, qu'elle ne soit pas trop de piètre qualité.
Car il faut dire que jamais, à aucune autre époque, l'humanité a été à ce point submergée de musique. La plus médiocre des chansons vous parviendra, que vous le désireriez ou non. Un jour, au volant de votre auto, vous entendrez supporter qu'il vous casse les oreilles avec ses solécismes, sa suffisance, son moi.
Une journée internationale de la musique, comment ne pas s'en réjouir? En cette fin de millénaire, nous n'avons pas d'excuses pour justifier notre manque de goût et notre manque d'intérêt. Ce n'est pas faire montre d'élitisme que de refuser de perdre son temps à des inepties. Puisque d'autres estiment qu'elles son à entendre, il faut les leurs laisser sans insister.
Il n'est pas si mauvais d'être exigeant. On se bloque des avenues, mois on en découvre bien d'autres. C'est à dessin que je ne donne pas d'exemple, car ce n'est pas en cette journée internationale de la musique, que je voudrais blesse qui que ce soit. Je sais aussi qu'il est parfois agréable de manquer de goût.
Je ne voudrais, moi éternel amateur, que rendre hommage à ces êtres capables à l'aide d'un violon, d'un piano ou d'un saxophone, de me rendre heureux. J'ai toujours eu tendance à préférer ceux d'entre eux qui n'atteignent pas des sommets dans la reconnaissance populaire. Je ne suis pas déraisonnable, mais je constate qu'il m'arrive de passer des moments agréables, en compagnie d'une ou d'un pianiste, d'un flûtiste d'un talent que l'on remarque moins. Ils ne sont pas virtuoses mais ils ont la manière, une façon de ne pas forcer la note. C'est pour eux, j'en suis sur, qu'on a institué cette journée internationale de la musique. Il y a aussi ceux qui joue pour eux, pour le plaisir de la musique. Les autres, les vedettes, les stars, ils ont le reste de l'année pour pavoiser, vous pensez si cette journée est importante pour eux. Ils donnent parfois l'impression d'être habités par la joie.
Toute reproduction est strictement prohibée. © 1996 Société Radio-Canada et Gilles Archambault
