

J'ai beau essayer, rien n'y fait. À vingt ans, je trouvais Elvis Presley insignifiant. Mon verdict n'a pas changé. Plus tard, les Beatles firent les ravages que l'on sait. Je supporte à peine quelques-unes de leurs chansons.
L'autre soir à la télévision, on présentait un spectacle de Céline Dion. Me disant que je devais avoir tort de ne pas la supporter, je me suis imposé de le regarder pendant une heure. Pour moi, sans nul doute, soixante minutes de torture. Bien prêt à lui accorder au début une certaine tenue en scène, je ne tardai pas à trouver ses gestes répétitifs. La voix, elle, me paraissait atroce, la diction nulle, l'expression de son visage sans intérêt.
D'avoir tort ne me gêne pas. "Cette femme n'a rien pour me plaire, voilà tout", me disais-je. Quelques jours plus tard, on l'interviewait à la télévision française. La vacuité de ses propos était exemplaire. À ses côtés, un chanteur anglophone, à moi inconnu, susurrais quelques mots de français. Notre vedette prit sur elle de dire qu'il maniait bien notre langue, ce dont il ne convenait pas. On était dans le ridicule le plus achevé. Se comportant en Canadienne française type, la dame parla alors d'autorité en anglais, de cette sorte d'autorité qui vient aux riches avant de partir en croisière.
C'en était trop. J'ai éteint mon poste. Il est de plus en plus évident que je n'achèterai jamais un disque de Céline Dion. Ni pour moi ni pour l'offrir. Elle ne s'en portera pas plus mal, je le sais.
Non, il n'est vraiment pas facile d'avoir des goûts qui ne sont pas partagés autour de soi. Si la foule de ses admirateurs se recrutait ici, je me consolerais aisément. Je dirais que notre peuple a mauvais goût, qu'il aime Jean-Marc Parent et les amuseurs vulgaires. J'ajouterais peut-être que nous sommes bons à mettre à la poubelle, bons à être bouchardisés dans les congrès. Mais la chose est plus compliquée. Dans le monde entier, on délire à propos de cette chanteuse honnie de moi.
Plus jamais le supplice de l'autre soir. En fait, je ne veux plus l'entendre Jamais, c'est clair.
Toutefois, j'espère encore vivre très longtemps. Où pourrais-je finir mes jours sans la menace troublante d'un air qu'elle pourrait chanter de sa voix nasillarde? Il doit bien avoir une île quelque part.
Ceux qui se pâment à l'écoute de ses tubes n'ont pas mes soucis. Ils se savent dans le vent, le monde est à eux. Ils vivront avec la certitude d'être au diapason avec leur époque. Alors que moi, perdu dans mon repaire, je n'aurai plus dans l'oreille que les relents d'une chanson de Dion, Céline, la plus agaçante sûrement. Tais-toi, Céline, je t'en prie.