

J'en étais sur, mon cousin finirait par aborder le sujet. Il vit de l'air du temps, se comportant comme un éditorialiste ou un chroniqueur. Ces jours-ci, le sort de notre langue le préoccupe beaucoup.
Je me souviens de son indignation lorsqu'un comédien promu sénateur prétendit à la télévision que la syntaxe de son premier ministre lui paraissait en tout point convenable. J'eus fort à faire pour démontrer à mon cousin qu'on était là en domaine politique, donc hors du sens commun.
Il en veut à ce point à l'homme qu'il l'accuse de parler pointu. Je ne le suis pas sur ce terrain, en ayant assez de ces bouches molles qui sévissent un peu partout. En l'affaire, ce n'est pas la diction qui m'offense, mais bien l'utilisation politique que fît notre homme de quelques idées primaires sur l'état de la langue québécoise. Le mépris, très peu pour moi.
Mon cousin admet mal qu'on puisse avoir un langage correct. Ceux qui ont donné à leur élocution un tant soit peu de vernis lui paraissent blâmables. J'ai beau lui représenter que ce trait de caractère n'est vraiment pas ce qui nous menace au Québec, rien n'y fait. Il me dit qu'un tel " perle " et qu'un autre a des tics de langage nettement affectés.
Pour le mettre en colère, je lui cite l'exemple de communicateurs qui jouent au populisme au point d'être vulgaires et qui caricaturent à des fins commerciales une parlure faussement familière. Je lui rappelle des propos de linguistes, dont quelques-uns sont des cuistres toujours prêts à mettre sur le même pied tous les niveaux de langage.
" Pourvu qu'on communique ", me dit le fils de ma tante. On communique quoi? Des parcelles de pensée, qu'on est bien incapable d'élaborer puisqu'on ne possède pas les éléments qui permettraient de nommer les choses.
Et à qui communique-t-on ces lambeaux de pensées? A des handicapés de l'expression. Sans se prêter le moins du monde au jeu politique du comédien devenu sénateur puis je ne sais quoi on peut souhaiter qu'on prenne conscience de lacunes à corriger. Il y a péril en la demeure. Avant que mon cousin me voue à toutes les gémonies, J'ai eu le temps hier de lui souffler tout le mal que m'inspiraient les éducateurs qui prônent le laxisme en ce domaine opinant même que recourir à une certaine exigence lexicale relève de l'esprit bourgeois.
Ce qui me dépasse en l'occurrence, c'est aussi que les hurluberlus qui tiennent ce langage sont souvent des zélateurs de la communication à l'échelle planétaire. Comment accéder à l'univers si en quittant l'université on parle une langue atrophiée que personne en dehors de nos frontières peut comprendre même en y mettant l'effort raisonnable?
Depuis au moins cent ans, on discute du problème. Les tournages en rond ça nous connaît. Comme pour la société distincte ou les différentes manières de renouveler le fédéralisme, C'est fou ce qu'on s'amuse. Qu'au moins ce ne soit pas en sabir... C'est la moindre des choses.