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CHAIR
D’ASSAUT
Éditions
Trait d’union
Auteure : Mélika Abdelmoumen
200
pages
ISBN :2-922572-06-4
Genre : roman/enquête policière - fiction
Prix : 19,95$
La
structure policière de l’intrigue, le jeu croisé des personnages ne font que
mieux ressortir le véritable enjeu de ce premier roman de Mélika
Abdelmoumen : la lutte d’une
femme, Rebecca Last, contre elle-même.
« Je
suis une huître. Une huître de
luxe. Je ne crie que pour les parois
d’une coquille nacrée. C’est ridicule.
Un tank
plutôt. Un tank est encore plus sûr
qu’une huître. Plus laid, en plus, ce
qui fait que peu de personnes veulent l’écarquiller et lui arracher sa perle. Ma perle n’est qu’à moi. Et elle ne plaît vraiment qu’à moi. Alors à tous les couards qui ont peur de la
lumière de la nacre, je me présente :
Rebecca Last, femme blindée. Et
le prochain qui vient trop près, je lui tire dessus. »
Un
préambule pour situer le lecteur.
L’histoire
commence, alors que le sergent détective Paul Huysmans se tire une balle dans la
tête, qu’Arthur Last, peintre de renom est incarcéré à vie et que nous
apprenons la disparition de Rebecca, la sœur d’Arthur.
C’est
Laura Vale, une amie de Rebecca et d’Arthur qui hérite de l’immense pile de
papiers – réultat de l’enquête de Huysmans depuis ses débuts, pour comprendre
ce qui s’est passé.
Dès les
premières pages de son préambule, Mélika nous offre tout le contenu - ce qui
nous attend à travers un récit rétrospectif déconstruit écrit par Huysmans
(l’enquête du détective), les carnets écrits par Rebecca et insérées, des
pièces recueillies par la narratrice, Lara Vale.
Qui,
quand, comment, pourquoi et l’arme du crime…..les prémisses de l’enquête.
Une
sordide histoire qui amène le lecteur dans un « road-movie »
littéraire hors normes. Sommes-nous en
présence d’un récit provoqué par le délire de persécution où le sujet s’imagine
victime d’un père dangeureux, psychanalyste meurtrier ?
La chute
du mythe fondateur – le père.
Rebecca
Last est en thérapie et l’analyste est une femme.
On
s’aperçoit que le meurtre est un prétexte, une finalité logique en soi. La vraie raison de ce récit c’est le retour
aux sources de Rebecca et d’Arthur.
Nous sommes conviés à suivre leur parcours, leur itinérance, leur
souffrance dévastatrice nourrie par la haine incommensurable du père despotique
et destructeur. « J’ai bâti mon
identité, celui selon lequel je suis la « fille de mon père »
(intellectuelle, étrangère), alors qu’Arthur est le fils de ma mère (artiste,
plastique, tactile, nerveux). » dit Rebecca.
La
violence appelle la violence….l’automutilation, les cauchemars, la fuite…..
Le
meurtre est l’aboutissement.
Le texte
que nous présente Mélika Abdelmoumen est à l’image des
protagonistes : complètement
débridé, truffé de folie, d’images tordues, de dédoublement de personnalité,
d’espoir à peine perceptible, de rêves délirants….Tout cela à cause d’un père
abusif et alcoolique……
Des vies
vouées à la souffrance, jour après jour.
Des personnages qui sont à la recherche de leur identité, de leur
dignité et du bonheur. Oui, le bonheur,
parce que le mot existe, parce que des gens disent l’avoir vécu. Tellement meurtris que ces enfants devenus
adultes promènent des blessures invisibles, des plaies toujours à vif.
Des
êtres qui font tout pour se faire remarquer et se faire aimer et quand cela se
produit, les êtres qui se rapprochent trop de leur secret, déclanchent ce qu’il
y a de plus laid chez l’être humain…..Normal, puisqu’ils n’ont connus que la
nuit et l’absence de beauté.
D’ailleurs, dans les carnets de Rebecca, nous percevons la femme
« objet », la manipulatrice, la vie de nuit dans des petits bars
miteux etc…...
Intéressant
comme construction, par contre, la lecture est ardue parce que les mots
écorchent et agressent. L’écriture est
sophistiquée. Mélika joue constamment
avec la réalité et la confusion, mêlant la vérité et le mensonge. Un jeu du chat et de la souris.
Mélika
Abdelmoumen nous offre un récit en équilibre sur un fil – où se marie démence
et intelligence; où ses personnages
principaux – Rebecca et Arthur- représentent les laissés pour contre, les
mésadaptés sociaux, les cas lourds et très souvent irrécupérables. Ils représentent une société parallèle,
fragilisés par une jeunesse infernale, tellement hors du commun qu’ils n’osent
en parler à qui ce ce soit, convaincus qu’ils ne seront jamais pris au
sérieux….À partir de ce constat, ils seront d’éternels incompris, trop souvent
conscients de leur différence dans une société de bonne conscience – en réalité
intolérante et égoïste.
« Chair
d’assaut », un titre tout à fait approprié qui suscite des images fortes
et brutales.
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lecture ! Francine
Charrette Club-Culture