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Mémoire vive - Louise Dupré

La poète Louise Dupré nous livre un roman tout en finesse, La memoria, qui relève à la fois de l'intime et du sensuel. Un regard frais et une écriture envoûtante sur les thèmes de la disparition et du deuil.

Ébranlée par le départ de Jérôme, Emma n'est plus la même. Un gouffre s'est ouvert sous ses pieds d'où jaillissent les fantômes du passé. La rupture ravive la mémoire des chagrins plus anciens et pousse Emma a revisité sa mémoire, dans l'espoir de retrouver le point où se trouve l'origine des blessures. Il ne s'agit pas d'une quête qui confine au masochisme, une complaisance au malheur mais plutôt un besoin fondamental de comprendre le parcours d'une vie. La sienne propre, d'abord, mais aussi celle de sa soeur Noèlle qui s'est mystérieusement enfuie et dont la famille est sans nouvelles depuis plus de vingt ans. On ne s'habitue pas à l'idée de la disparition nous dit Emma mais elle décide de ne pas pour autant renoncer aux plaisirs et à l'amour. Sa force réside dans une analyse lucide des rapports humains et dans la conviction que tout est encore possible.

Le roman se divise en une série de courts chapitres qui sont autant de tableaux superposés de la vie d'Emma. Cet agencement permet d'éviter les longueurs et de peindre par touches fines les nuances et les ambiguités des relations amoureuses. Quel plaisir de lire une auteur capable de capter les émotions de manière vivante sans les désécher par des mots creux. Une écriture poétique à la fois belle et efficace puisqu'elle parvient à maintenir le rythme et l'intensité de l'histoire jusqu'à la fin.

Un beau roman qui nous parle de bonheur malgré tout, d'une vie libre, entière, non pas amputé par le chagrin et le renoncement. Un livre apaisant.

Louise Dupré, La memoria, Montréal, XYZ, 1996, 224 p.

Catherine Morin
Club-Culture