

Il semble que tout parolier qui se respecte rêve un jour de passer à la littérature. Robert Charlebois, comme d'autres auteurs-compositeurs-interprètes avant lui tels que Leonard Cohen, Bob Dylan et Jim Carroll, s'attaque maintenant au roman avec ce premier ouvrage conçu comme un fantasme à la première personne (mais aussi parfois à la seconde).
Le personnage principal, Samson Micreault, chanteur québécois célèbre et brasseur de bières invétéré, incognito sur l'avion d'Air France l'amenant de Paris à la Guadenique (!) où il doit retrouver sa femme bien-aimée, fait la connaissance d'une splendide créature du sexe opposé, en tout point l'image de sa femme, mais "en mieux", c'est à dire l'inconnu et le mystère en sus. De là découle une série d'échanges érotiques, humoristiques et parfois songés entre les deux personnages, entrecoupés de retours en arrière et de réflexions quasi-métaphysiques sur l'état d'être. Bien sûr j'exagère mais cela est tout à fait dans l'esprit de ce livre où l'autodérision prime, où les jeux de mots abondent, et où la forme autant que le fond ne se prennent pas au sérieux pour deux secondes. Du-moins c'est l'effet qu'il nous donne.
On a beaucoup parlé de ce roman à cause des interminables "plogues" de l'auteur sur sa fameuse brasserie (oui, elles deviennent lassantes rapidement), du caractère auto-promotion se dégageant du tout, et de la forme surprenante du livre, que ce soit dans la calligraphie, la mise en page ou dans les ajouts rigolos comme "l'entracte musical" (une partition de la cinquième de Beethoven). Cependant on aurait tort de prendre cette oeuvre tellement au sérieux. Comme toute première oeuvre, On dirait ma femme... en mieux est fortement autobiographique et sert à l'auteur à passer son message. On sent que Charlebois veut répondre aux critiques qui l'accusèrent d'hypocrisie lors de son changement de cap radical en politique, et qu'il a une dent contre les bourgeois imbéciles, les pauvres imbéciles, les touristes sur "son" île et même contre les affres de la célébrité. Mais pour quiconque a suivi sa carrière depuis le début, tout ça n'est pas bien surprenant et ce livre reflète sa personnalité "fendante", ironique et un peu condescendante.
Ce roman sert à la fois de déclaration d'amour à son épouse adorée, de communiqué de presse pour mousser la popularité de sa bière et de règlement de comptes. Mais il ne faut pas dédaigner les passages vraiment drôles qui nous font presque malgré nous sourire par leur méchanceté si politiquement incorrecte qu'on en redemanderais, ne serait-ce la culpabilité de rire d'autrui. L'auteur s'est apparemment fait plaisir avec ce livre et l'on est en droit de se demander s'il aurait été publié pondu par un inconnu, mais c'est une question qui demeure sans cesse pertinente dans le monde de l'édition. Cet ouvrage est du Charlebois tout craché version 1999. Les adeptes de l'artiste ne seront pas déçus, tandis que les autres s'abstiendront, tout simplement.
Sophie Auclair
Club-Culture
