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CASA ROSSA

CASA ROSSA

(roman)

 

Éditions Belfond

Auteure :  Francesca Marciano

Traduit de l’anglais par Dorothée Zumstein

De la même auteure, « L’Africaine »

413 pages

Prix :  24,95$

 

Synopsis

Dans le talon de la botte italienne, au cœur des oliveraies qui entourent Lecce, se dresse la Casa Rossa.  Joyau du peintre Lorenzo Strada, devenu au fil des ans le triste emblême d’une famille morcelée, la superbe bâtisse rouge est aujourd’hui à vendre.

 

Avant le déménagement, Alina, la petite-fille de Lorenzo rassemble les fragments d’un passé qui lui a toujours échappé.  À travers ses souvenirs et la découverte d’une lettre se dessine toute l’histoire d’une famille fondée sur le drame :  la rupture entre Lorenzo et sa femme Renée, puis l’immense solitude dans laquelle vécu leur fille Alba.  De la période trouble du fascisme aux années de plomb d’un pays sous le joug terroriste, en passant par l’époque de la « dolce vita », les Strada ont payé le prix de la trahison et du mensonge tandis que l’amour, la passion et la folie forgeaient le destin de trois générations de femmes.

 

L’histoire exige une attention soutenue.  Elle voyage allègrement dans le temps sur trois générations, trois familles éclopées par les malheurs individuels des protagonistes et les secrets religieusement gardés– celui du grand-père, suivi d’Alba et finalement les péripéties d’Alina et Isabella.  L’auteure se sert d’Alina pour raconter ce qui s’est passé, du moins, ce qu’elle a pu découvrir en fouillant dans les tiroirs, le grenier, partout où elle croît pouvoir mettre la main sur des objets, des photos, des lettres qui illumineraient un tant soit peu son histoire et celle de ses parents….

Alina est seule à Casa Rossa….La propriété ayant été vendue, Alba lui demande de faire le ménage et récupérer les objets ayant une valeur.  Ce faisant, des brides de son passé remontent à la surface, des paroles prononcées ça et là par des personnes du village, des attitudes, des événements alors anodins, prennent une toute autre signification.

 

Elle privilégie la suggestion plutôt que la présentation d’une vérité restrictive.  Elle laisse planer le doute par ce qu’il n’y a pas qu’une vérité.  Chaque personnage a sa propre vérité, une vérité en mouvance.  Alina brosse un tableau nuancé parce qu’il y a trop de zones d’ombres dans sa vie.  Sa présence dans la demeure familiale est un exutoire salutaire malgré les tourments et les douleurs d’une enfance trouble.  Casa Rossa est le lieu protecteur, une enveloppe qui la rassure. 

Les liens qui les unissent sont chargés d’ambiguité où tout est probable.  C’est le style d’écriture de Francesca Marciano qui dirige le lecteur. 

 

La perception d’Alina induit le lecteur mais est-ce vraiment la réalité ?

Toute l’histoire est un jeu de l’esprit.  Nous avons l’impression que ce qu’Alina décrit avec force n’est qu’une partie de la vérité….

Tous les personnages présents dans la vie d’Alina sont ou bien hautains, vaniteux, jaloux, arrogants, prétentieux, complaisants ou cupides…

Alina sera pourtant protégée et encouragée par un beau-père qui, depuis le début de sa rencontre, lui répugnait.

 

Francesca Marciano peint un tableau ingénieux d’une famille bourgeoise italienne, une rétrospective agitée par des flux et reflux émotifs qui ont pris racines avec la rencontre de Lorenzo Strada et Renée – un coup de foudre instantané, suivi d’une courte période de fréquentation, nourrie de passion – suivi d’un mariage. 

Jaloux et possessif, Lorenzo se retire dans un petit village reculé et achète Casa Rossa.  Renée, une jeune beauté, libre et sensuelle, disparaît sans laisser de traces…..délaissant Lorenzo et sa fille Alba.

Les conséquences sont dévastatrices au point de se perpétuer sur plusieurs générations…..C’est ce que Francesca Marciano décrit avec tant de verve, grattant le moindre tiroir des oublis.  À travers les tumultes de la vie, il y a tout de même une douceur, une finesse, un désir profond de rompre avec le passé.  « Le malheur engendre très souvent le malheur » c’est exactement ce qui se produit ici. 

l’indifférence et Malgré une écriture parfois abrasive, Francesca Marciano décrit avec magnanimité, les événements qui ont façonné les personnages d’Alba, d’Alina et sa sœur Isabella.  Nous sommes terrassés par l’égoïsme, le narcicisme et l’incapacité d’aimer d’Alba, de la détermination inébranlable d’Alina à expulser ses démons et ce, même au détriment de la perte d’êtres chers et finalement, de l’inhibition, de la dureté et de la rage destructrice d’Isabella.

 

La relation entre les deux sœurs oscille entre la haîne et l’amour.  Toutes les deux instables et de natures opposées, leurs comportements reflètent leur incapacité à communiquer et se comprendre.  La relation ira même jusqu’à la paralysie.  La relation avec Alba (sa mère) et Alina se détériore à la mort du père, scénariste populaire dans l’industrie du cinéma.  Alina et Isabella seront écartées des événements entourant la mort tragique de leur père et qui plus est du silence complet entretenu après l’événement.  Alina fera porté la responsabilité de la mort du père sur Alba.  C’est ce qui expliqe l’attitude inflexible d’Alina envers sa mère et sa sœur, devenue une étrangère.

 

Tout dans l’écriture de Francesca oscille, fluctue….La vie est un serpentin, une illusion d’optique déroutante.  Chacun doit trouver sa voie.  Pour certains, c’est impossible et pour d’autres, l’agitation et l’égarement fait place à l’acceptation, à la tranquilité, à un passage vers la lumière…..

 

Un roman opalescent, irisé de fragilité.  Il décrit l’errance émotive des êtres, aspirés par l’accoutumance du malheur, du manque d’amour et de tendresse.  Des êtres meurtris qui ne donnent que ce qu’ils ont reçus, ni plus ni moins.  Et, parfois, il y a un être d’exception qui surgit de l’ombre déterminé à neutraliser le mal pour trouver un équilibre propice au bonheur.

 

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Bonne lecture !

Francine Charrette

Club-Culture