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Lou – Histoire d’une femme libre

 

Éditeurs: Les Éditions Fayard

 

Auteure : Madame Françoise Giroud

 

ISBN: 2213612382

 

Année de parution : 2002

 

Le récit d’une femme remarquable du 19ième siècle :

Madame Lou Andréas-Salomé

 

La vie énigmatique et trépidante d’une grande romancière de son temps : figure d’un talent inestimé

 

 

Madame Andréas-Salomé, née en 1861, à Saint-Pétersbourg, en Russie, n’est pas née sous les projecteurs de la célébrité tant convoitée.  Son œuvre abondante en langue allemande lui vaut en son temps une certaine notoriété. 

 

Pour connaître son nom, les Salomé, relativement nombreux en France des XV et XVI siècles, faisaient partie des Juifs séfarades chassés d’Espagne ou du Portugal par l’Inquisition, qui arrivait parfois en Hollande comme la famille de Spinoza, mais s’égaillèrent le plus souvent sur les rives de la Méditerranée, jusque dans l’Empire Ottoman, particulièrement accueillant.

 

Lou est alors une belle jeune fille : jambes longues, hanches étroites, immenses yeux clairs, petit nez droit, bouche sensuelle, longue chevelure blonde, front haut.

 

Elle aime les hommes, mais en un mot, ils ne lui font pas d’effet, sinon répulsif.  Elle a un intellect puissant, elle n’a pas de corps.  Elle n’en veut pas.

 

Père, frères, elle a grandi entourée d’hommes qui la dorlotaient, cela est avéré, excessivement.  Elle s’est ensuite protégée de la sexualité masculine avec une violence implacable.  Éloquent.  Rien n’apparaît dans les récits de l’histoire de son enfance, si ce n’est qu’une enivrante intimité de rapports avec son père…

 

À Berlin, Lou comprend très vite le parti qu’elle peut en tirer.  Elle écrit d’abord des articles pour de grands journaux, puis un livre, diversement accueilli parce qu’il reproduit des lettres privées donnant le sentiment qu’il a existé une grande intimité entre elle et Nietzsche.  On reproche à Lou, non sans raison, son mauvais goût.

 

Pour Lou, la vie était belle à Berlin, dans les années 1880.  Le brio de tous les intellectuels de tout poil illumine la ville.  Lou fait des conquêtes parmi les écrivains, les sociologues, les scientifiques.  Elle s’amuse, elle est heureuse. 

 

L’Allemagne et l’Autriche de l’après-guerre n’ont qu’un lointain rapport avec celles où Lou a conquis une réputation et de grandes amitiés.

 

On ne prétend pas avoir élucidé le mystère de Lou Andréas-Salomé, mais m’élever contre l’idée baroque, la plus répandue, selon laquelle le développement de la jeune femme aurait été freiné du fait qu’elle habitait un pays froid.  Lou aurait été anorexique, et celles-ci sont aujourd’hui réputées particulièrement brillantes sur le plan intellectuel, mais à l’époque, on connaît mal cette maladie, bien qu’elle ait été décrite dès 1873, et Lou ne cherche d’ailleurs pas à en guérir.  Elle a seulement un appétit d’oiseau. 

 

Lou vit toujours très entourée, la vie est certes moins gaie qu’avant-guerre à Berlin, Munich, Vienne, mais il reste encore de bonnes niches littéraires où on la courtise.  À cinquante ans passés, toujours lumineuse, toujours négligée, courageuse, toujours prête à se tourner vers la vie, à toujours accueillir ses joies et ses peines, elle offre « un séduisant mélange de gravité masculine, d’allégresse enfantine et d’ardeur féminine. »

 

Un point est important : la liberté commence avec l’argent nécessaire pour la financer.  Journaliste, romancière, essayiste, psychanalyste, Lou n’a jamais dépendu de qui que ce soit pour payer son loyer, ses chambres d’Hôtels ou ses voyages.  Pendant la période difficile qui suivit la Grande Guerre, c’est Freud qui l’aida parfois, mais comme un maître son élève.

 

En conclusion, Lou l’exprimait ainsi, à vingt ans, en termes excellents déjà cités : « Je ne puis vivre selon un idéal, ni servir de modèle à quelqu’un d’autre.  Mais je puis très certainement vivre ma propre vie, et je le ferai quoi qu’il advienne.  En agissant ainsi, je ne représente aucun principe, mais quelque chose de beaucoup plus merveilleux, quelque chose qui vit en moi, quelque chose qui est tout chaud de vie, plein d’allégresse et qui cherche à s’échapper… »

 

Ni modèle ni exemple, Lou Andréas-Salomé fut simplement pionnière dans l’art d’être soi.

 

Je vous souhaite une bonne lecture et au plaisir d’avoir vos commentaires sur ma chronique littéraire.  Cela me fera plaisir de vous lire! Merci!

 

 

Jean-François Laroche

Club Culture