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ISBN: 2213612382
Le récit d’une femme remarquable du 19ième
siècle :
Madame Lou Andréas-Salomé
La vie énigmatique et trépidante d’une grande romancière de son temps : figure d’un talent inestimé
Madame Andréas-Salomé, née
en 1861, à Saint-Pétersbourg, en Russie, n’est pas née sous les projecteurs de
la célébrité tant convoitée. Son œuvre
abondante en langue allemande lui vaut en son temps une certaine
notoriété.
Pour connaître son nom, les
Salomé, relativement nombreux en France des XV et XVI siècles, faisaient partie
des Juifs séfarades chassés d’Espagne ou du Portugal par l’Inquisition, qui
arrivait parfois en Hollande comme la famille de Spinoza, mais s’égaillèrent le
plus souvent sur les rives de la Méditerranée, jusque dans l’Empire Ottoman,
particulièrement accueillant.
Lou est alors une belle
jeune fille : jambes longues, hanches étroites, immenses yeux clairs,
petit nez droit, bouche sensuelle, longue chevelure blonde, front haut.
Elle aime les hommes, mais
en un mot, ils ne lui font pas d’effet, sinon répulsif. Elle a un intellect puissant, elle n’a pas
de corps. Elle n’en veut pas.
Père, frères, elle a grandi
entourée d’hommes qui la dorlotaient, cela est avéré, excessivement. Elle s’est ensuite protégée de la sexualité
masculine avec une violence implacable.
Éloquent. Rien n’apparaît dans
les récits de l’histoire de son enfance, si ce n’est qu’une enivrante intimité
de rapports avec son père…
À Berlin, Lou comprend très
vite le parti qu’elle peut en tirer.
Elle écrit d’abord des articles pour de grands journaux, puis un livre,
diversement accueilli parce qu’il reproduit des lettres privées donnant le sentiment
qu’il a existé une grande intimité entre elle et Nietzsche. On reproche à Lou, non sans raison, son
mauvais goût.
Pour Lou, la vie était
belle à Berlin, dans les années 1880.
Le brio de tous les intellectuels de tout poil illumine la ville. Lou fait des conquêtes parmi les écrivains,
les sociologues, les scientifiques.
Elle s’amuse, elle est heureuse.
L’Allemagne et l’Autriche
de l’après-guerre n’ont qu’un lointain rapport avec celles où Lou a conquis une
réputation et de grandes amitiés.
On ne prétend pas avoir
élucidé le mystère de Lou Andréas-Salomé, mais m’élever contre l’idée baroque,
la plus répandue, selon laquelle le développement de la jeune femme aurait été
freiné du fait qu’elle habitait un pays froid.
Lou aurait été anorexique, et celles-ci sont aujourd’hui réputées
particulièrement brillantes sur le plan intellectuel, mais à l’époque, on
connaît mal cette maladie, bien qu’elle ait été décrite dès 1873, et Lou ne
cherche d’ailleurs pas à en guérir.
Elle a seulement un appétit d’oiseau.
Lou vit toujours très
entourée, la vie est certes moins gaie qu’avant-guerre à Berlin, Munich,
Vienne, mais il reste encore de bonnes niches littéraires où on la
courtise. À cinquante ans passés,
toujours lumineuse, toujours négligée, courageuse, toujours prête à se tourner
vers la vie, à toujours accueillir ses joies et ses peines, elle offre « un
séduisant mélange de gravité masculine, d’allégresse enfantine et d’ardeur
féminine. »
Un point est
important : la liberté commence avec l’argent nécessaire pour la
financer. Journaliste, romancière,
essayiste, psychanalyste, Lou n’a jamais dépendu de qui que ce soit pour payer
son loyer, ses chambres d’Hôtels ou ses voyages. Pendant la période difficile qui suivit la Grande Guerre, c’est
Freud qui l’aida parfois, mais comme un maître son élève.
En conclusion, Lou
l’exprimait ainsi, à vingt ans, en termes excellents déjà cités : « Je
ne puis vivre selon un idéal, ni servir de modèle à quelqu’un d’autre. Mais je puis très certainement vivre ma
propre vie, et je le ferai quoi qu’il advienne. En agissant ainsi, je ne représente aucun principe, mais quelque
chose de beaucoup plus merveilleux, quelque chose qui vit en moi, quelque chose
qui est tout chaud de vie, plein d’allégresse et qui cherche à s’échapper… »
Ni modèle ni exemple, Lou
Andréas-Salomé fut simplement pionnière dans l’art d’être soi.
Je vous
souhaite une bonne lecture et au plaisir d’avoir vos commentaires sur ma
chronique littéraire. Cela me fera
plaisir de vous lire! Merci!