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VISAGES DE L'AFFOLEMENT : Jean-Philippe Bergeron (Lanctôt éditeur)

VISAGES DE L'AFFOLEMENT :  Jean-Philippe Bergeron (Lanctôt éditeur)

 

 

 

En ouvrant ce livre de poésie, j'ai lu l'épigraphe de Hubert Aquin tiré de Prochain Épisode.  Déjà le ton du livre était annoncé et je savais que le narrateur, isolé et cloîtré cherchait les mots pour dire une crise intérieure, les mots qui l'aideraient peut-être à franchir la grille de sa prison. Et dès les premières pages, on se retrouve dans l'institution asilaire. Que de souffrances entre les lignes et dans le choix de ses mots : vide, morbide, larmes, mort, outre-tombe, carnage... C'est un long monologue de pensées noires. Les vapeurs de l'alcool empoisonnent l'âme du poète... Dérive d'un névrosé qui s'accroche encore à l'amour malgré la douleur affolante. Une belle conscience collective, un JE cosmique, un NOUS en détresse. Sur le bord du gouffre, pensées suicidaires qui le tenaillent, des souvenirs de femmes reviennent dans la pensée de ce mal-aimé en perdition et il s'y accroche. J'avais l'impression de lire l'angoisse de Van Gogh à Saint-Rémy... Ce sont les mêmes cris, les mêmes peines, les mêmes appels à l'aide, le même vertige insupportable...  et les mêmes déceptions.

tu ne demanderas plus d'aide à quiconque

trépasser plutôt

toujours la même dernière carte abattue

pour rien

le même coup de dé

roulant la mort sur six faces

 

J'ai apprécié la justesse de certaines observations et les images fortes qui sont venues me hanter le lendemain et le surlendemain. C'est très dur comme propos mais à vingt-quatre ans, quand on est dans les sensations fortes, dans sa grande crise identitaire, n'est-ce pas un acte de santé que de prendre la plume pour tenter de communiquer sa fragilité et son désarroi? La tendresse et la grande sensibilité du narrateur m'a profondément touchée.

 

 

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Lysette Brochu

Club Culture