
Bonjour Madame Ledoux !
J'ai fait mes débuts à Québec. Depuis que je suis à Montréal, j'ai été animatrice télévision pour Visa Santé à Télé-Québec, animatrice radio à Radio-Canada et chroniqueuse à Télé-Québec pour l'émission Télé-Service.
Oui effectivement, mais je suis aussi animatrice de la même émission sur le canal Anglais.
Les gens de Canal Vie et de Coscient ont présenté le concept de l'émission au gens de Life Network. Cela se fait beaucoup maintenant. On vend des émissions, des concepts. Il y a beaucoup d'échanges. Life Network était intéressé à l'émission et Coscient a beaucoup insisté pour que ce soit moi qui l'anime en anglais, parce que, en toute humilité, faire une émission sur la sexualité où l'on parle vraiment de tout, sans déraper, sans être vulgaire, c'est en fait parce que je réussi de parler de tout de façon ouverte avec les invités, quels qu'ils soient. Ça n'a jamais l'air déplacé. Quand on fait une émission sur la sexualité on est sur un terrain glissant. Au départ, lorsqu'ils me l'ont proposé j'ai dit oui ça m'intéresse mais je ne suis pas bilingue, je me débrouille bien, mais delà a animer une émission ! Je leur ai alors proposé de me faire évaluer. J'avais en fait un mois pour apprendre l'anglais et animer l'émission. Cela s'est fait très vite. Pendant un mois, l'été dernier, j'ai suivi des cours, trois heures de cours privés par jour en anglais. Au bout de cela, il fallait que je passe un 'screen test', c'est à dire : faire une entrevue et l'envoyer à Toronto afin de voir si mon anglais était satisfaisant. Ils ont dit oui, cela nous va, même si je parle avec un accent. Le french accent a quelque chose d'original. Nous les francophones sommes reconnus pour être plus ouvert au niveau de la sexualité, alors cela cadre bien avec le genre d'émission.
Oui, elle est en onde depuis septembre dernier. On a fait toute une saison.
En fait non, c'est le même concept, mais ce ne sont pas des reprises. Les sexologues et les chroniqueurs sont des anglophones. Nous n'essayons pas de faire les mêmes sujets en français et en anglais. Les sujets, les thèmes peuvent être semblables, mais les invités diffèrent. Cependant, il y a des sujets que nous avons fait en français et en anglais, comme l'émission sur la sexualité des transsexuels. L'invité était différent, puisque le transsexuel francophone n'était pas bilingue. J'ai fait une entrevue très ouverte avec une transsexuelle anglophone qui est passé d'homme à femme pour lui demander si elle avait encore du plaisir sexuel, si elle avait encore des orgasmes. C'était les mêmes questions que lors de mon entrevue avec la transsexuelle francophone. Par contre, puisqu'Éros en était à sa deuxième saison en français, on a utilisé certains sujets en anglais qui avaient déjà été traité en français, comme par exemple : le problème majeur pour lequel les gens consultent et qu'est-ce que l'on fait avec ça. Nous n'avons pas essayé de traiter les mêmes sujets pour se simplifier la vie.
Je me suis beaucoup questionnée à savoir dont on tenir compte de la mentalité, est-ce différent, etc ?. Un sexologue anglophone de Montréal m'a dit... Sylvie, tu t'adresses à des êtres humains, la sexualité se vit de la même façon, ils vivent les mêmes problèmes... Peut-être qu'ils en parlent moins que nous, mais ça serait à vérifier. On ne tient pas compte de la langue. Nous avons certaines normes, ne serait-ce qu'au niveau visuel. On ne cherche pas à choquer. Par exemple, en français nous avons pris comme option de ne pas montrer les organes génitaux ou encore les scènes de pénétration en gros plan. On n'a pas besoin de montrer cela, ce qu'on montre est déjà assez provocateur.
Oui, en effet, mais il y a une partie divertissement. C'est du divertissement-information. Mais si, par exemple, on fait un reportage sur une session de photo d'un magazine érotique, on ne se le cachera pas, ça vient chercher notre côté voyeur. L'aspect voyeur fait aussi partie de la sexualité. Pour moi ce n'est pas gratuit de montrer ça, mais c'est voyeur. Tu vois une jeune fille qui pose pour un magazine de nu. Tu vois comment ça se passe. Il y a un côté information parce que tu vois comment la directrice photo se comporte avec la jeune modèle. De ce côté là, c'est de l'information, mais en même temps il y a un côté voyeur. Le côté visuel devient un divertissement. Cela aussi fait partie de la sexualité. On ne voudrait pas provoquer pour provoquer, choquer pour choquer. Ce n'est pas ce que l'on recherche. On ne cherche pas à se faire remarquer parce qu'on a présenté l'affaire la plus osée jamais montrée à la télévision.
Si je fait une entrevue avec un sexologue, je n'ai pas de problème avec cela, on n'a pas de tabou. On a aussi fait des émissions sur les tabous et les préjugés comme la sexualité chez les personnes âgées. C'est un sujet tabou pour bien des gens. Il y a des enfants de 50 ans qui ne peuvent accepter que leur mère de 77 ans ait un amant subitement. Ça c'est tabou. Pour nous, ce n'est pas tabou. Je n'ai pas de difficulté à en parler, mais il existe des tabous ainsi que des sujets plus délicats. Faire une entrevue avec une transsexuelle pour lui demander si elle a encore des orgasmes, c'est délicat. Les gens se sentent vraiment respecté. Je suis vraiment sincère et authentique. C'est la façon dont je le fais. Je le fait parce que je veux vraiment comprendre les êtres humains. Je trouve que la sexualité est un domaine qui est vaste et souvent mystérieux. Ma passion, c'est d'explorer l'être humain, d'aller voir comment on est fait en dedans, comment on agit et réagit. Comment on peut transformer ce que l'on est. Quand je fais une entrevue avec une transsexuelle, parce que c'est vraiment un des sujets les plus délicats que nous avons abordé, parce que là, on parle d'un sujet tabou, je ne voulais pas que cette personne là soit vue par les gens qui la regarde comme quelqu'un qui est déréglé, ou quelqu'un qui est anormal. Les gens pourront juger par eux-mêmes. J'accueille cette personne comme un être humain. Cette personne là je la trouvais saine. Je suis entrée en contact avec elle, je lui ai parlé au téléphone. J'explique à mes invités pourquoi je prend contact avec eux, je leur explique que c'est important pour moi de poser les vrais questions. Ce n'est pas difficile pour moi de faire cela. À cause de mon expérience et de ce que je suis comme être humain. J'aime être sincère avec les gens. Il y a des choses que nous n'avons pas couverts, comme les grandes pathologies et la pédophilie par exemple. On n'a pas traité dans les détails chacune de ses 'maladies'. Je ne dis pas que nous n'irons pas là-dedans. La première année qu'Éros a été en onde, nous voulions mettre l'accent sur une dimension joyeuse. On parle tout le temps de problème. On voulait que le climat général de l'émission soit une approche de la dimension joyeuse de la sexualité, de la créativité, de la folie, etc... Cela a pris beaucoup de place dans l'émission, plutôt que de se concentrer juste sur les problèmes. Mais l'un n'exclut pas l'autre. Nous commençons notre troisième année en français. Nous voulons explorer autre chose.
C'est un aspect que nous aimerions traiter avec des gens d'ici mais issu de culture différente. Cela fait partie de nos projets. Ce que l'on se rend compte par contre, c'est que là il y en a des tabous. On est probablement une des culture les plus ouvertes, sauf peut-être la France. Mais encore là, ce n'est pas si différent d'ici. Ce qui nous intéresse par contre c'est la sexualité dans des pays comme le Japon, la Chine. J'aimerais qu'on ouvre sur le monde. Ça fait partie des champs que nous voulons explorer. C'est de trouver la bonne façon de le faire. Encore là, il faut que les cultures se sentent respectées. C'est délicat. Il faut faire attention au jugement. Il y a bien des choses qui peuvent nous sembler aberrantes. Nous devons explorer pour apprendre et pour s'ouvrir aux autres cultures. Nous l'avons un peu abordé avec Patrick Brunet, qui a fait la course autour du monde, on est allé chercher toutes sortes de particularités, de pratiques sexuelles ou de moeurs qui peuvent exister en Afrique par exemple. J'aimerais cependant aller toucher les gens d'ici.
Carmen Sandiego, je n'étais pas animatrice, j'ai travaillé sur le contenu. Quand j'ai fait Visa Santé, nous avions un sexologue, Michel Carbon, qui venait en studio. Nous faisions des chroniques sur la sexualité Le producteur de l'époque chez Coscient a vu comment je pouvais être à l'aise avec ce sujet. Quand Coscient a présenté des projets d'émission à Canal Vie, dont Éros et compagnie, Mario Clément, maintenant directeur des programmes à Télé-Québec, était producteur chez Coscient, savait que j'étais capable d'animer une telle émission. Nous en avons parlé et cela s'est fait. C'est vraiment de Visa Santé à Éros et Compagnie que le lien s'est fait.
L'année passée notre côte d'écoute a monté très vite. C'est maintenant stable. On rejoint en une semaine à peu près 150 000 personnes. C'est en fait supérieur à nos objectifs. On parle ici d'un réseau spécialisé. En anglais, les objectifs que nous nous sommes fixé ont été largement dépassé eux aussi. C'est très encourageant.
Une émission comme celle-là permet aux gens de se donner la permission de s'ouvrir plus et ce, dans un contexte sain. On insiste beaucoup sur l'importance de la communication, de ne jamais faire ce qui ne nous plaît pas. Le respect est le mot qui m'entoure tout au long de mon émission. L'émissison c'est un travail d'équipe. Les deux premières années, nous n'avions qu'une recherchiste, maintenant nous en avons deux. Il y a une recherchiste principale qui travaille cinq jours semaines. C'est beaucoup elle et moi. On s'assoit et on regarde les sujets. C'est un travail de création qui se fait au fur et à mesure. C'est un plaisir d'être une petite équipe. Nous devons être créateur. Nous sommes toujours à l'affût : la radio, les journaux, la télévision. Nous découpons des idées dans les magazines, les journaux. Il nous faut trouver des invités chaque semaine. Ce n'est pas toujours évident.
Oui, en effet. Nous avons eu des gens qui viennent nous parler de sexualité. Nous avons fait une entrevue avec une bisexuelle, une femme homosexuelle. Ça c'est pour le côté de monsieur et madame tout le monde qui viennent parler de leur expérience. On a eu aussi des gens qui travaillent dans l'industrie du sexe, genre : un danseur nu, une productrice de film pornographique, un directeur de magazine pornographique ou érotique. On peut aussi avoir des spécialistes, comme par exemple, une psychologue qui travaille auprès des prostituées, pour avoir une vision de leur sexualité dans leur vie, dans leur vie privée. On peut /galement avoir un psychanaliste qui vient nous parler des rêves érotiques. Ça va dans tous les domaines.
La transsexuelle que nous avons interviewée du côté français a été pour moi une belle rencontre. J'ai aussi fait à la fin de l'année une entrevue avec un jeune sidéen, hétérosexuel. Un jeune homme de 29 ans. Il vit une superbe relation amoureuse. Il a été contaminé par une transfusion. Il est venu nous parler de sa sexualité. Il y a aussi évidement des gens comme Jacques Salomé, au niveau de la psychologie et de la communication. Cela a été une belle rencontre. Ce qui est pour moi vraiment quelque chose qui me nourrit beaucoup, c'est en fait les questions que nous recevons des gens. Le courrier des gens. Malheureusement, nous ne pouvons pas répondre à tout, mais quelque fois les questions se ressemblent. Nous recevons aussi des lettres très touchantes. Ce sont des gens qui nous confient leurs problèmes ou bien qui nous disent ce que notre émission leur a apporté. Le premier invité que j'ai eu lors de la première année, c'est un jeune danseur nu. J'ai d'ailleurs été beaucoup touchée par la vulnérabilité de cet espèce de beau grand colosse, mais d'une telle sensibilité., Cela a été pour moi, un beau coup de coeur. J'ai également fait une entrevue avec une grande obèse. Elle a depuis perdu beaucoup de poids. Elle est venue me voir pour me demander si nous avions déjà traiter de la sexualité des obèses. Elle est alors venue à l'émission pour nous raconter les problèmes sexuels causés par l'obésité. Non seulement en terme d'apparence physique mais aussi de sensation. Ce qui me touche, c'est quand les gens acceptent de venir se confier.
Madame Ledoux, je vous remercie infiniment de nous avoir accordé cette entrevue et longue vie à votre émission.
Une entrevue avec une femme de coeur et tolérante qui aime faire sauter les préjugés et qui est à l'écoute des autres. Comme elle le dit si bien : Qui sommes-nous pour juger ?
Patricia Marchand
Club Culture
P.S. : Les personnes désirant communiquer avec Sylvie Ledoux peuvent le faire via internet au http://www.canalvie.com
