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Club-Culture s'est entretenu avec Vic Vogel.

Bonjour Vic !

La sortie de ton album est prévue pour le 14 juin 99 !

Oui, lundi prochain.

Combien d'albums as-tu produits, avant celui-là ?

J'ai produit beaucoup d'albums, mais pas au Québec. Aux Etats-Unis, oui dans le domaine du jazz. Ici au Québec j'ai produit quelques albums. Mon premier album s'est fait au poste de radio à Sorel en 1950, un 78 tours. Plus tard j'ai fait du jazz sur différentes étiquettes au Québec. J'ai aussi fait quelque chose avec Gerry Boulet, qui a gagné le meilleur album de l'année. J'ai sorti aussi un autre disque qui a gagné le meilleur groupe de jazz au Canada. Nous sommes marginaux dans un sens. Nous n'avions pas beaucoup de distribution, j'ai finalement créé ma propre étiquette. Je me suis dit que je n'avais pas le choix. Sur ma propre étiquette, j'ai lancé un disque de 'Big Band'. J'ai lancé un autre disque d'un de mes grands amis qui est cubain. Le troisième, eh bien, c'est cet album. Je fête mon 50ième anniversaire dans le show business. Je me suis dit que j'allais donner un petit coup de chapeau à des amis que je fréquentais dans les années où ils n'étaient pas reconnus : les chansonniers de l'époque où j'étais chef d'orchestre à Radio-Canada. J'ai choisi des chansons, universelles et évidemment, instrumentales. J'ai choisi les chansons que je peux adapter. J'ai essayé de montrer que même si Vic Vogel a une étampe sur son front comme jazzman, je suis un musicien et compositeur, avant d'être jazzman.

C'est bien difficile de monter à la Place des Arts et de taper sur l'épaule de Charles Dutoit et de lui dire veux-tu jouer ma 'toune'. Mais je suis capable, sauf que l'on n'a jamais l'occasion, peut être par snobisme, ou encore peut être parce que ça ne marche pas comme ça. Malgré mes moyens, j'ai toujours fait ce que j'ai voulu. Ce qui est important c'est que les gens de cette époque n'étaient pas ou presque pas connus. C'était le commencement d'une musique québécoise, sans continuer la chansonnette française. J'ai trouvé un moyen, je pense, de leur rendre hommage et en même temps de montrer que le jazz était la musique pop de son temps. Tu peux jazzé n'importe quoi, ca prend l'intelligence de l'interprète.

J'écrivais des arrangements et j'ai choisi une instrumentation qui est un peu hors de l'ordinaire. Ce n'est pas mon côté macho qui a fait que j'ai quatre demoiselles qui jouent du violoncelle sur mon album. J'aime la sonorité du violoncelle, c'est rare qu'on utilise le violoncelle dans le domaine, surtout avec une petite touche afro-cubaine. En même temps, je suis aussi, tromboniste. Le violoncelle est dans le même registre. Je peux vous dire que parmi les gens que j'ai engagé pour cette production, deux travaillent pour l'Orchestre Symphonique de Montréal, deux travaillent pour l'Orchestre Métropolitain et les deux autres étaient des 'free lancers'.

Cet album, vous l'avez fait en combien de temps ?

En dedans de deux semaines. Même lorsque j'ai appelé le studio pour céduler les prochaines sessions, on me répondait DÉJÀ J'ai écrit en une semaine et demie et nous avons enregistré en trois sessions. Ce qui est rare. Nous n'avons jamais eu tant de plaisir. La musique, si c'est pas le 'fun', on est dans le mauvais métier. C'est cela que j'essaie de montrer et j'espère que cela va transpirer sur le disque. Remarque qu'il n'y a jamais de conditions idéales, mais c'était un défi. Je me suis fait un cadeau pour mon 50e anniversaire dans le show business.

Les musiciens ne font pas partie de votre 'band' habituel !

Non, dans mon 'band', il n'y a pas de corde. La rythmique est de mon 'band' : mon batteur, mon congoiste. C'est tout. J'ai toujours pensé que quand une 'toune' dure quatre minutes, cela devrait prendre quatre minutes pour l'enregistrer. La musique est faite pour jouer ensemble. Tu n'amènes pas le batteur à 10h00, puis la contrebasse à 11h00 et l'autre à 12h00. C'est bon pour l'industrie, mais c'est niaiseux. J'ai été élevé comme cela. Quand on travaillait pour un producteur, il nous demandait Combien ça coûte ? À l'époque, plus on était rapide, plus le producteur sauvait d'argent. On était fier aussi. Tandis qu'aujourd'hui c'est normal qu'un groupe de rock & roll passe 200 heures au 'mixage'. Ce que tu entends sur le disque, tu l'entendras en spectacle.

Vic, tu es au Festival de Jazz encore cette année, est-ce que l'on entendra des chansons de ton nouvel album ?

Non, le Festival de Jazz n'a rien à voir avec cela. Mon album, c'est du jazz léger mais ce n'est pas pour les mélomanes de jazz. Le Festival de jazz, c'est une autre paire de manche. Je serai avec mon groupe. On donne tout ce que l'on a. Cette année pour la première fois, Monsieur Simard a décidé de créer un nouveau prix : le prix Ella Fitzgerald. Ce sera un hommage à Ella. C'est aussi la création d'un nouveau prix pour les chanteuses de chez nous. C'est pour cela que je suis accompagné de trois chanteuses de jazz.

Tu es au Festival depuis bien des années, en fermeture ou encore en ouverture !

Je suis le seul cette année, 20 ans, qui aura fait tous les festivals. J'aime beaucoup le festival et aussi les gens qui ont organisé le festival. Je suis heureux d'y participer. C'est à mon avis un des meilleurs festival au monde. Juste la façon de traiter les invités est différente. Quand tu vas ailleurs, personne n'est là pour t'accueillir à l'aérogare. Tu es tout seul. Ici, ils sont pris en charge. C'est le seul festival au monde qui n'est pas agressif. Tu peux voir une dame et son bébé se promenant entre 80 000 personnes sans problème. Elle est en sécurité à 100 %. Les musiciens aiment tellement venir à notre festival que l'on sait que les musiciens internationaux de jazz qui partent en tournée, passent toujours par Montréal. C'est Montréal qui déclenche les festivals d'été de jazz en Amérique du Nord et même en Europe.

Après le lancement, avez-vous des tournées de prévues ?

L'année prochaine pour cet album . Cette année je fais encore des tournées à travers la province de Québec et le Canada : en solo, en trio, en quintette, en sextuor et en big band. L'album, c'est pour l'année prochaine. Cela va me permettre d'écrire encore.

C'est un album que tu réécoutes sans cesse, c'est vraiment de la musique d'ambiance !

Cela donne une touche originale aux chansons. Je ne suis pas le premier à prendre certaines mélodies et d'en faire une version instrumentale. Mais dans ce style-là, il n'y en a pas d'autres. Un album comme celui-là peut se jouer dans un cadre classique. Même, dans le futur, nous espérons que nous aurons les moyens de le faire, on pourrait les imprimer et servir aux conservatoires ayant besoin de musique avec quatre violoncelles et quatre trombones. Cela donnerait aussi du millage aux chansonniers pour les droits d'auteur. On donne une autre facette à l'industrie de la musique instrumentale. Cet album peut jouer autant en Chine qu'au Japon ou en Australie.

Nous dans le domaine de la création, ça ne coule pas toujours comme un robinet. C'est comme quelqu'un qui lit pour s'endormir. Mais, il devient tellement intéressé au livre qu'il le finira avant de s'endormir. Il a hâte de voir la fin. Nous, c'est pareil, quand on commence, on ne s'arrête plus. Un exemple sur ce disque, prenons la chanson Je reviens chez nous de Jean-Pierre Ferland. J'ai fait les arrangements de cette chanson, mais à la fin de la semaine, à la toute fin de mon écriture, j'ai trouvé un autre rythme. Donc, j'ai fait deux interprétations de cette chanson, une plus joyeuse parce que le gars est heureux de rentrer chez lui et l'autre plus triste parce que c'est parfois triste de rentrer chez soi. Nous avons décidé de garder les deux sur le même album. Elles sont complètement différentes et cela démontre la flexibilité et l'originalité de mon écriture. Je ne suis plus humble à mon âge. Modeste oui, mais pas humble. Je suis un arrangeur et un compositeur. À mon avis, je respecte les compositeurs. J'ai pris quand même de l'initiative. Je crois qu'ils seront contents. Et aussi, pour démontrer encore une fois que le jazz est une musique pop de son temps. C'est plaisant. Je n'ai rien à prouver.

Merci beaucoup Vic !

Son agent me mentionnait que Vic Vogel est le seul musicien à se produire au Festival de Jazz de Montréal et au Francofolie dans la même année.

Chapeau Vic et longue vie à ton nouvel album….

Patricia Marchand

Club Culture