
Maurice Boguet devient Boris Mégot, un chanteur qui ne s'écrase pas...
La presse française en parle comme " une sorte d'Alain Souchon en plus hard ", " un des rares rockers-guitaristes-chanteurs actuels qui sait écrire des textes aussi longs que ceux de Brassens, aussi 'spleen' que ceux de Barbara, aussi tendres que Maxime Leforestier, aussi touchants que ceux de Bourvil ", et cetera, et cetera... De comparaisons en comparaisons, on se perd finalement. Qui est vraiment ce chanteur qui tarde à se faire connaître malgré son talent ? Club-Culture a profité de sa présence à Montréal pour en savoir un peu plus sur cet homme intègre au regard bleu profond.
On vous compare souvent à de grands artistes français, je sais que ça vous fait plaisir, et de bon droit, mais qu'en est-il de vous réellement ? Pourriez vous me parler de votre parcours musical ?
Dans les années 70, j'écrivais déjà des chansons mais je n'avais pas l'intention de les chanter en public, je les chantais comme ça, c'était mon plaisir. Puis j'ai un ami qui, malheureusement, est décédé depuis, un poète qui m'a amené à jouer des poèmes et puis il m'a dit : " J'aimerais bien que tu mettes ça en musique ". Je les ai donc mis en musique. Les gens qui ont entendu ce que je faisais m'ont dit : " Ah oui, il faut faire un groupe, il faut que vous fassiez quelque chose ". On a donc été un groupe un petit peu d'une manière forcée avec ces poèmes-là. Ce groupe s'appelait
Troisième Rive et il a duré de la fin des années 70 jusqu'aux années 80. Il s'agissait de poésie assez élaborée et la musique était un mélange Folk-Rock, j'étais un petit peu dans le " mouvement Donovan- Dylan ", mais tintée de musiques du Monde : musique espagnole, africaine, arabe. J'ai toujours aimé toutes les musiques du monde. Avec le groupe en plus, il y avait des gens qui avaient fait du jazz, des gens qui faisaient du folk, du rock... Dans le groupe, on était huit personnages et chacun avait une période musicale un petit peu avant qui était différente. Le groupe a fonctionné pendant pas mal de temps et puis quand je me suis retrouvé tout seul en 1981, il a fallu que je trouve autre chose. Là, je me suis vraiment intéressé aux textes parce qu'en France, l'originalité ne se trouve pas dans la musique, il n'y a pas de musique française, Aznavour le disait et je pense qu'il avait raison. En France, mis à part la Java et la Bourrée, musiques authentiquement françaises, il n'y a rien. On connaît très peu les musiques folk, quelques musiques bretonnes, corses et c'est tout. En plus, je ne me vois pas faire de la musique bretonne..., c'est pas mon truc. La chanson française s'est toujours nourrie des musiques du monde : La Foule d'Édith Piaf, c'était un morceau sud-américain.Et Barbara ?
Barbara, c'est vrai, elle a quelque chose de typiquement français. Yves Montand est également très chanson française si on se réfère aux anciens et pourtant il a pris des musiques américaines, des musiques de l'Europe de l'Est. Beaucoup de choses ont été cherchées ailleurs puis on les a adaptées et je me suis rendu compte que j'étais exactement dans cette tradition d'aller chercher la musique qui allait tinter un peu mes textes. En revanche, on " chipote " vraiment les textes, on se rend compte qu'il y a réellement une tradition d'écriture qui a toujours existé et qui continue de marquer les chansons françaises. Il y a toujours des gens qui écrivent des textes fabuleux en France, même s'ils ne sont pas connus, même s'ils ont eu une courte carrière. Personne n'en parle, les multinationales décident de tout, le commercial a toujours attiré plus de regards. Isabelle Mayeraud en est un bon exemple, quelle écriture... et cette femme qui vient au Québec dans peu de temps, passe dans une toute petite salle de Longueuil de 80 personnes et ça fait 20 ans qu'elle écrit des textes superbes, avec une voix sensuelle, des musiques très simples, personne n'en parle...

Vous pensez que le public ne sait pas apprécier la musique française à sa juste valeur ?
Mais si, mais c'est comme partout, les gens n'écoutent, en majorité, que ce que les radios et télévisions passent. Moi, je ne passe que sur France Inter en France et sur les radios libres dites communautaires au Québec. Un titre est passé sur Skyrock (Radio française), je ne sais pas par quelle magie...À Besançon (France), ma ville natale, ils n'ont pas voulu me recevoir : " On ne veut pas de chanteurs régionaux.. "…
Êtes-vous amer ?
J'ai tout fait pour essayer de ne pas l'être, c'est difficile de répondre à cette question. Je ne veux pas que le public connaisse mon visage, je veux qu'ils découvrent mes chansons. J'ai écrit pour beaucoup de personnes mais l'aboutissement de mes efforts ne s'est véritablement révélé qu'avec Henri Dikongué, reconnu mondialement maintenant. J'en suis très content. Je préfère que l'on chante mes chansons. Je ne suis pas une bête de scène, ça ne veut pas dire que je ne peux pas en faire mais je suis un peu comme Cabrel, si je pouvais me cacher derrière un micro, je le ferais.
De plus, j'ai un deuxième métier : je suis graphiste, donc je n'ai pas à être triste par rapport à une carrière musicale de plus de vingt ans qui n'a pas vraiment encore décollé (rires). On était 3000 en 1970, on est plus de 30000 maintenant en France... Tout le monde ne peut pas prétendre passer dans les médias, c'est tout. J'essaie de rester authentique, de faire quelque chose dont je suis fier. Du premier au dernier de mes albums, je sais que le contenu correspondait à mon état d'esprit. Check Up a été fini il y a deux ans mais tant qu'il ne fait pas assez de bénéfices, je ne peux pas continuer.
Insérer " mégot1 "
J'ai envie de rencontrer des gens, créer un site, tout ça m'intéresse vraiment. Le monde ne me dégoûte pas, il est comme il est... désastreux mais il y a toujours ces petits moments de bonheur qu'il faut savoir apprécier, c'est pas nouveau.
Face à ce monde " désastreux ", vous ne voulez pas vous prendre au sérieux mais comment peut-on alors défendre des valeurs auxquelles on croit ?
Non il ne faut pas se prendre au sérieux mais ça ne veut pas dire qu'il ne faut croire en rien, les valeurs sont vraiment importantes et c'est important de défendre ce en quoi on croit. Je viens d'une génération qui a tout rejeté en bloc : ce qui était mauvais, mais également ce qui était bon. Ça a donné une génération qui ne croyait plus en rien et je m'en suis rendu compte assez vite. Je n'ai pas voulu commettre la même erreur et c'est pourquoi je suis plutôt rigide avec mes enfants. Les valeurs créent un lien sécurisant et je trouve que c'est important.
Sur un tout autre plan, que pensez-vous du Québec ?
J'étais déjà venu auparavant et je pense que le public québécois vaut vraiment le déplacement, ils apportent beaucoup de chaleur et c'est très agréable...
Merci Monsieur Boguet, au plaisir de vous revoir sur les scènes du Québec ou ailleurs, qui sait...
Izabel Viaud
Club-Culture
