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Entretien avec Normand Latourelle
Directeur artistique des Légendes Fantastiques, texte, chansons et scénario.

Bonjour Monsieur Latourelle !

Vous voici à votre deuxième année des Légendes Fantastiques !

Oui. Il y a une avant-première le 25 juin et le spectacle débute le 26 juin. On joue tous les mercredis, jeudis, vendredis et samedis jusqu'au 4 septembre.

C'est un spectacle extérieur !

Oui. Nous sommes adjacent au Village d'Antan à Drummondville. C'est à l'extrémité du village. Nous utilisons un terrain qui est la propriété du Village d'Antan, mais sommes deux entités complètement différentes. Deux lieux différents à l'exception des stationnements que nous utilisons conjointement.

D'où vient l'idée d'un spectacle tel Les Légendes Fantastiques ?

En 1992, j'étais directeur général de la programmation des Fêtes du 350e anniversaire de Montréal et à ce titre, j'ai créé un spectacle qui s'appelait Le Grand Jeu de Nuit, qui était un spectacle sur l'histoire de Montréal présenté devant la Basilique Notre-Dame. Fort de cette expérience, je souhaitais faire évoluer le concept. C'est une évolution du spectacle le Grand Jeu de Nuit. Au Grand Jeu de Nuit, nous avions 30 comédiens sur scène, je souhaitais faire une production plus imposante, avec un plus grand nombre de personnes sur scène. Dans un contexte plus champêtre, parce nous avons eu un certain nombre de difficultés à réaliser ce spectacle en plein cœur de Montréal à 30 représentations par année. Cela dérangeait les voisins. Je me suis dit que la prochaine fois, ce serait à la campagne. La thématique, c'est quelque chose que je connais depuis assez longtemps. D'abord, mon grand-père était quelqu'un qui contait beaucoup d'histoires. J'étais enfant et j'allais souvent à la pêche avec mon grand-père, qui avait un physique assez exceptionnel. C'était un immense gaillard. Il nous racontait les histoires du Bonhomme Sept-Heures. Quand des orages se préparaient, il nous disait que c'était le Bonhomme Sept-Heures qui lançait des roches en bas de la montagne. En fait, il faisait tout ce qu'il fallait pour faire peur aux enfants. C'est toujours rester. Eh puis, j'ai commencé à m'intéresser aux légendes traditionnelles. Je trouvais que c'était une belle thématique. Je trouve qu'il y a un imaginaire extraordinaire dans les légendes traditionnelles. Évidemment, c'est une inspiration. Le Bonhomme Sept-Heures ce n'est pas une légende. C'est un thème que l'on connaît tous. J'ai pris le Bonhomme Sept-Heures avec ce que cela représente dans mon imaginaire et j'ai écrit une légende autour de cela. C'est à peu près la même chose avec toutes les légendes. Évidemment, dans la Chasse-Galerie, le canot vole, on ne peut s'en sortir, mais l'approche est totalement différente. L'histoire est complètement différente. La Chasse-Galerie est amenée par un chanteur qui chante un rap. C'est très moderne. Il raconte une histoire passée. Le traitement est différent.

À la lumière de ce que j'ai lu, sans avoir vu votre spectacle, on y retrouve non seulement de la danse, de la musique et du folklore mais aussi du multimédia ?

Il y a plusieurs éléments multimédias. D'abord, il y a un système d'éclairage extrêmement sophistiqué. Surtout pour l'extérieur. Un système d'éclairage tout informatisé. Le système suit la trajectoire des comédiens. Cela a demandé un effort considérable dans la mise en place technique. Il ne faut jamais oublier que nous sommes à l'extérieur. Tout ce qui s'appelle ordinateur et lumière intelligente ne fonctionne pas à l'extérieur. Il a fallu construire des habitacles pour chacun des projecteurs. C'est vraiment inventif.

En cas de pluie, qu'arrive-t-il ?

Le spectacle a généralement lieu avec une pluie fine. C'est l'inconfort du public qui nous fait arrêter. Dans ce cas-là, les billets sont soit remboursés ou échangés. L'an dernier, nous n'avons annulé que trois représentations sur 40. Pour revenir au multimédia . À ce système d'éclairage assez sophistiqué, nous avons rajouté des projections sur écran d'eau. Nous avons créé un écran d'eau. C'est une sorte de demi-sphère qui monte à 40 pieds de hauteur et qui fait 80 pieds de large. C'est très grand. Sur cela, nous projetons des images tournées au préalable.

Il doit y avoir un fond ?

Non, il n'y a pas de fond. Nous avons fabriqué un jet d'eau de façon à créer un rideau assez opaque avec des pompes extrêmement puissantes pour fournir un volume d'eau suffisant pour retenir l'image. Cet écran est donc complètement vertical. L'eau vient d'en bas et dans cela nous faisons des projections. Au plan technologique aussi, la scène principale, qui est un plateau de 150 pieds de large par 100 pieds de profond. C'est là où les comédiens vont principalement. Toute la scène fait 300 pieds par 500 pieds. La scène principale est habitée de projections grandes images. Les projections constituent souvent le décor. Le public étant surélevé par rapport à la scène voit apparaître les décors sur le plancher.

Vous devez avoir un nombre considérable de techniciens ?

Sans compter les créateurs et l'équipe de montage et démontage, l'opération du spectacle nécessite 25 personnes. C'est assez considérable.

Au niveau du spectacle, vous avez 150 personnes sur le plateau ?

Oui, là-dessus, il y a cinq musiciens. Toute la musique est en direct. Toutes les interventions des comédiens, même s'ils sont pour la plupart amateurs, est 'live' . Tout est en direct. C'est un vrai spectacle. Cela nous permet de faire des ajustements. Ce n'est pas la même chose, tous les soirs. Cela permet de donner un rythme qui est propre à chacun des soirs. Dans la plupart des spectacles à haute technologie, ils travaillent avec des bandes. C'est plus facile parce que le synchronisme du spectacle est contrôlé par la bande. Alors que nous, nous travaillons avec un régisseur. Nous faisons un peu comme au théâtre, sauf que nous travaillons dans un contexte très technologique.

À qui s'adresse ce spectacle ?

C'est un spectacle à caractère familial. C'est certain que le spectacle débute la nuit venue. Donc, l'heure change selon la période de la saison. Au début de juillet, nous sommes à 10 heures le soir. Les petits enfants, en bas de cinq ans, dorment. Mais pour les 5 ou 6 ans, le spectacle est assez captivant pour les tenir éveiller jusqu'à la fin. Des amis ont emmené des jeunes enfants, et ces derniers parlent toujours de la chanson 'Aouye, aouye, pagaye, pagaye'. Cela a marqué tous les enfants. Ils sont aussi impressionnés par le grand déploiement. C'est vraiment pour toute la famille. Nous avons 350 costumes. Cela fait environ 1400 pièces. On tombe dans le mystique. Nous travaillons surtout sur les personnages et sur les légendes. J'ai plus misé sur des légendes qui mettent en perspective une scénographie qui est faisable.

Au niveau des légendes, est-ce que ce sont des légendes québécoises ?

Inspirée majoritairement des légendes québécoises oui. Les conteurs traditionnels allaient de famille en famille, et d'une fois à l'autre, adaptaient leur histoire selon le nombre de verres de petit blanc qu'ils avaient pris. Et très souvent, c'était des gens qui partaient de chez eux (la plupart des conteurs étaient des hommes) parce que les femmes trouvaient qu'ils avaient assez picolé. Ils finissaient toujours chez un beau-frère en train de raconter des histoires. Nous avons perdu cette tradition. Il n'y a plus personne qui aujourd'hui se promène de maison en maison pour raconter des histoires, à cause de la radio et de la télévision. C'est une source d'inspiration formidable. Il y a de plus en plus de conteurs qui deviennent des artistes professionnels. C'est intéressant parce que cela poursuit la tradition.

Dans les légendes il y a des thématiques. Les Feux Follets, le Bonhomme Sept-Heures. Il y a aussi la légende d'Alexis le Trotteur : celui qui court plus vite que les trains. Il y a aussi le Vaisseau Fantôme : une légende amérindienne, moins connue, qui a été reprise par les blancs, c'est un vaisseau qui a été brûlé par les indiens sur le fleuve. Il y a aussi une autre légende amérindienne, plus lugubre : l'Île aux massacres. Une des légendes principales que nous mettons en scène c'est La Dame Blanche. Une légende historique. Cette histoire se situe dans le cadre d'une bataille entre les anglais et les français à la hauteur des Chutes Montmorency. Une fille a perdu son fiancé à la bataille, elle ne l'a jamais retrouvé. Elle-même est disparue. La légende veut qu'à chaque fois qu'il y a un peu de brume, elle marche sur l'eau à la recherche de son prince disparu à la bataille. Une des pièces majeures du spectacle est une légende peu connue : le violon magique. Elle dure presqu'une demi-heure. C'est la vie d'un village. Un cavalier noir arrive dans un village et séduit la fille du forgeron.

Le spectacle au complet dure combien de temps ?

Une heure et demie mais avec l'entracte, c'est un spectacle de deux heures.

Vous êtes Lauréat d'Or aux Grands Prix du tourisme québécois en 1999, est-ce que vous visez l'international ?

Oui, on fait déjà des démarches. Mon expérience au Cirque du Soleil m'amène à vouloir développer davantage le marché extérieur. Nous travaillons pour l'extérieur.

Est-ce que les artisans sur scène sont les mêmes que l'année dernière ?

À 75 % oui. Ce sont des amateurs. Mais, cette année, nous leur avons offert des cours de chant, de danse, de mouvement sur scène. Certains deviendront certainement des professionnels. Il y a beaucoup de talent.

Au niveau de l'achalandage, vous avez fait salle comble... si on peut parler de salle comble !

Nous avons fait 40 000 spectateurs, pour une capacité de 48 000 personnes. C'est exceptionnel. Ça a pris une semaine avant de faire salle comble. Au bout d'une semaine, le bouche à oreille a fait son travail. Plus on avançait dans la saison, plus le public provenait de la grande région de Montréal.

Il doit y avoir beaucoup de touristes qui assistent au spectacle !

Il y a deux éléments importants dans cela. D'abord, il y a la population traditionnelle française qui est sensibilisée à ce type de spectacle. Les Français ont aussi des spectacles à grand déploiement. Ce n'est pas la même signature artistique, mais ils ont des spectacles extérieurs. Ils ont l'habitude. Ils ont souvent des spectacles de son et lumière sur les châteaux. Alors quand ils entendent parler de spectacle comme le nôtre. L'an dernier, nous avons eu beaucoup de touristes français qui sont venu voir le spectacle au mois d'août. Au-delà de cela, nous sommes à mi-chemin entre Montréal et Québec. On sait que Québec est très visité par les touristes qui viennent à Montréal. Non seulement cela, mais nous sommes aussi sur la route qui mène aux Provinces Maritimes. Cela fait partie du public potentiel ciblé.

Monsieur Latourelle, merci beaucoup et nous irons certainement voir Les Légendes Fantastiques !

http://www.legendesfantastiques.com

Patricia Marchand

Club Culture