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Entrevue avec Germain Guenette -artiste peintre. Suivra un entretien avec Monsieur Guido Molinari en regards aux oeuvres de Germain Guénette.
Bonjour Germain
Bonjour
Qui est Germain Guenette ?
Je suis né à Longueuil. J'ai fait toutes sortes de choses avant de me ramasser à la peinture. Depuis dix ans, je n'ai pas arrêté de travailler à la recherche des couleurs. Je travaille également la peinture plus intensément depuis exactement neuf ans.
Pourquoi l'automatisme, qu'est-ce qui t'a inspiré pour ce genre de travail ?
Tout simplement l'émotion du moment présent.
Je crois savoir que tu as été danseur au Grand Ballet Canadien !
Oui. Lorsque j'étais beaucoup plus jeune. J'ai d'ailleurs dix neuf ans de ballet à mon acquis. Suite à un accident, je me suis recyclé dans la fine cuisine. Un second accident m'a emmené à la peinture.
Finalement c'est par la force des choses que tu en es arrivé à la peinture !
Oui effectivement. Le défi est de plus en plus grand d'ailleurs.
Quand tu étais plus jeune, est-ce que tu dessinais ? Il y a des gens à l'école qui se découvre des talents - celui, par exemple, dont les parents tiennent à ce qu'il apprenne la musique mais qui dessine des portées au lieu d'apprendre la musique !
Tu sais, la musique, comme la danse, la peinture, tous ces arts ne font qu'un. La peinture sans musique, sans bonne bouffe, ce sont des moments qui ne valent pas la peine d'être vécu.
Quelle est ta source d'inspiration ?
Tout. Ce que je vois, ce que je ressens. C'est de l'émotion qui se projette sur ma toile. C'est un peu épeurant et je n'aime pas travailler. Lorsque je vois une toile elle me fait peur, mais j'embarque dedans tout de suite. C'est un nouveau défi. Surtout depuis la rencontre avec Guido Molinari. Nous avons mutuellement appris à nous apprivoiser. Il me donne confiance. C'est un bon maître. Il explique bien, c'est un bon pédagogue. Comme je n'ai jamais eu de professeur en étant autodidacte, ce qu'il m'apporte lorsqu'il lit mes toiles, me fait grandir.
Sans vouloir comparer, Guido et toi êtes dans la même sphère !
Chaque artiste est dans sa bulle. Je suis dans ma bulle et Guido est dans la sienne. Il faut cependant que cette bulle éclate pour pouvoir reconnaître qui nous sommes. C'est important d'aller chercher ce que l'artiste a voulu dire
Nous parlions de tes couleurs plus tôt, que je trouve extraordinaire d'ailleurs, tu disais que tu as commencé à les travailler depuis 10 ans!
Avant, je fabriquais moi-même les couleurs à la compagnie - Chromatec -. Depuis environ un an, je me consacre exclusivement à la production de toile. C'est très épuisant de travailler à la fabrication de la couleur. Cela me demandait beaucoup de temps. J'ai plus à dire dans la peinture que dans la fabrication de la couleur. C'est maintenant Chromatec qui fait mon mélange et le propriétaire est un excellent chimiste. Il y a d'ailleurs plusieurs artistes qui s'approvisionnent chez lui.
Si on recule dans le temps, disons dans les années qui ont été les plus productives pour toi, comment vois-tu ton évolution ?
Cinq ans de recherche avec des produits très médiocres. Maintenant que j'utilise les produits que je connais aujourd'hui, je m'épannoui davantage. Les produits correspondent à mes attentes. Je n'ai pas besoin de chercher mes couleurs. Je les obtiens instantanément.
Que penses-tu de la scène montréalaise en matière d'arts visuels, bien entendu?
Il est temps que les artistes se réveillent. Montréal est une plaque tournante pour bien des formes d'art mais pas pour la peinture. Nous commençons seulement à nous réveiller. Surtout lorsque l'on regarde ce qui se passe au niveau de l'art pictural, les gens vont acheter ailleurs. Les galiéristes montréalais veulent avoir les artistes pour une bouchée de pain.
Si tu avais l'occasion de rencontrer un jeune peintre, quel conseil lui donnerais-tu ?
Ne pas s'arrêter de travailler. Suivre son instinct, son inspiration. Même si c'est difficile, il ne faut jamais désespérer. Il faut toujours continuer.
Je sais que bientôt, il y a une grosse exposition pour toi, pourais-tu nous en parler un peu ?
Mon exposition aura lieu à même les ateliers de Guido Molinari, rue Ste-Catherine Est Le thèmes est barbe bleue désensorcelée. L'exposition inclut la participation de Danielle Bissonette, la comédienne et Christian Thomas, compositeur de la musique. Il y aura des lectures sur invitation. Nous avons la grande chance d'avoir Guido Molinari avec nous. Ne l'oublions pas.
Quand aura-t-elle lieu ?
Ce sera entre l'équinoxe d'automne et le solstice d'hiver. En fait, l'événement se tiendra du 8 au 21 novembre 99.
Combien de toiles seront exposées ?
Entre 19 et 23 de mes plus récents tableaux. Les espaces aux ateliers de Molinari sont tellement vastes et hauts que je peux facilement y mettre des oeuvres très majeures. J'aimerais mentionner également que certaines de mes toiles seront exposées au Nagra, le Restaurant adjacent à la Cinémathèque. Vers le 23 novembre, soit, suite à l'exposition aux ateliers de Molinari. Cette exposition se tiendra jusqu'au mois de janvier.
Seras-tu le seul peintre à exposer pour l'événement aux ateliers de Guido !
Oui. Je suis très individualiste lorsque j'expose. Je ne veux pas être en conflit avec un autre artiste. J'aime faire mes propres choses, d'ailleurs je n'ai jamais aimé exposé en duo ou en groupe. J'ai fait deux duo en dix ans et ce n'est pas moi. Je préfère travailler seul, en atelier et de nuit de préférence. Je ne suis pas dérangé. Je débute mon travail aux environs de 4h00 du matin jusqu'à 9h00 ou 10h00. Je produis selon ce que j'ai à dire. Comme n'importe quel artiste. Je peux rester trois mois sans produire, mais lorsque le temps arrive, je peux en produire jusqu'à 25 en même temps.
As-tu un mentor ?
Sans prétention, je suis un des artistes ayant plus de 30 ans qui connaît bien ces peintres, nonobstant les styles. À partir du québécois aux artistes de Vancouver. J'ai toujours été baigné par le milieu, choyé même à travers eux. (c'est comme Obélix, tu es tombé dedans quand tu étais petit). Oui, en quelque sorte !
Si tu avais un seul souhait à faire, quel serait-il ? Disons dans le milieu de la peinture !
De se serrer les coudes et de ne jamais se laisser abattre. Il faut également rester soi-même.
Merci beaucoup Germain et bonne chance pour ton exposition.
2IÈME PARTIE
Entretien avec monsieur Guido Molinari en regards aux oeuvres de Germain Guénette.
Bonjour monsieur Molinari et merci d'être avec nous.
Bonjour !
Vous connaissez Monsieur Guénette depuis presque deux ans maintenant, pouriez-vous me faire part de vos impressions sur ses oeuvres !
Pour moi, qui ait déjà été professeur, ce qui est toujours intéressant de voir c'est comment l'artiste se trouve. C'est évident qu'en trouvant son monde, il nous indique par là ses goûts Pour moi, avant d'être un peintre, quelqu'un qui est sensible doit avoir appris à lire, à regarder et à apprécier l'oeuvre. Comme disait André Malraux l'art naît de l'art... Dans ce sens là, Germain s'est beaucoup nourrit à la peinture. Ce qui me touche dans le travail de Germain, c'est qu'il est dans la continuité des peintres qui s'identifient à la matière, à la texture et également à la volupté. Dans ce sens-là, je le vois vraiment dans la famille des artistes que lui et moi admirons. Donc nécessairement, Borduas, Riopelle, etc
Ce que je vois dans la peinture de Germain, c'est cette continuité dans la peinture expressionniste. Pour moi, Germain n'est pas un automatiste, mais plutôt un expressionniste dans le même sens que Van Gogh. C'est une peinture qui vient de l'instinct. Ce n'est pas un peintre cérébral. Ce n'est pas non plus un artiste qui peint à partir de programme. Pour Germain, la peinture est essentiellement une découverte. C'est dans le geste même de la peinture qu'il trouve son thème. Justement comme disait Borduas.. une peinture qui n'est pas préconçue...
Il faut cependant comprendre que la spontanéité ce n'est pas de faire n'importe quoi. On retrouve dans les oeuvres de Germain une peinture qui implique le corps. Je pense que dans une certaine mesure, c'est dans la continuité de cet élan lyrique de son choix - son premier choix qui était la danse -. La danse dans la mesure où cela implique toute la musique, tout le rythme et tout le décor. Je crois que c'est cela que reflète la peinture de Germain. Une peinture qui vient de la gestuelle, du postural. On retrouve beaucoup dans ses tableaux des axes. C'est très axial.
Pouriez-vous nous parler de son évolution ?
Je crois que le simple fait de faire une exposition au Nagra et d'avoir pu en discuter ensemble ainsi que de travailler sur des plus grands formats, Germain a atteint une maturité. Il a également réussi à trouver son échelle, non pas qu'il ne fasse que des grandes toiles, mais c'est à ce niveau qu'il donne sa pleine mesure. C'est là que ce créé une qualité d'espace très particulier. Il y a également cette recherche de lumière et d'harmonie. Chaque tableau est travaillé suffisamment pour que l'on sente son vécu. Malgré qu'il y ait un côté très spontané, on sent que c'est construit. On dirait que le tableau a un sujet, que le tableau exprime une émotion. On sent que l'on n'est pas dans le tatonnement
Avez-vous fait plusieurs expositions comme celles que vous faites avec Germain ?
C'est la deuxième. La raison laquelle Germain expose sans participer à l'atelier, c'est que nous n'avons pas d'ateliers en 99. Il n'y a qu'un seul événement impliquant le Quatuor Molinari qui clôturera l'année à la salle Pierre-Mercure. Il y aura un atelier seulement au printemps. Pour Germain, c'est essentiellement un événement lui étant consacré, lui permettant de se faire connaître.
Lorsque j'ai accepté la présidence du Quatuor Molinari, c'est dans le sens de la continuité afin de ramener les deux publics - le public de la musique et le public de la peinture -, mais également dans le sens d'aider les jeunes artistes à s'exprimeret de les aider à connaître et apprécier la musique.
Merci infiniment Monsieur Molinari. Je vous souhaite une excellente exposition en compagnie de Germain. Ne manquez surtout pas l'exposition mettant Germain Guénette (du 8 au 21 novembre 99) aux Ateliers de Monsieur Guido Molinari - 3290 rue Ste-Catherine est - Pour information, prière de contacter Daniel au 514-866-3555
À voir sans faute !
Patricia Marchand
Club Culture
