Retour à la liste

Entretien avec un passionné : René-Richard Cyr

Bonjour et merci de nous accordé cette entrevue !.

Bonjour !

René-Richard, on te reverra prochainement dans Diva. Tu travailles également à la mise en scène de la pièce 24 poses qui sera à l'affiche très bientôt ! Il n'y a pas que cela ?

Non effectivement, Diva continue pour une troisième année. Il y a une pièce que j'ai fait il y a deux ans, Motel Hélène de Serge Boucher - le même auteur que 24 Poses - sera en onde à Télé-Québec le 14 novembre. Je l'ai tourné pour la télé. Il y a également l'émission que j'anime tous les dimanches à Télé-Québec Le plaisir croit avec l'usage. Il y a la direction du Théâtre d'Aujourd'hui et la mise en scène de 24 Poses en ce moment.

En ce qui concerne Le plaisir croît avec l'usage, vous avez modifié un peu le concept !

En fait, nous avons peaufiné le concept. Une fois que l'artiste a fini sa prestation, il vient rejoindre la personne invitée. La première année cela c'est fait très rapidement. Nous avons refait le décor et l'aspect visuel : on montre plus les sculptures ou les peintures que l'artiste aime. C'est plus moderne et ça fait moins salle de spectacle. De plus, il y a des échanges entre les artistes qui sont venu 'performé' et la personne invitée.

Qui est René-Richard Cyr, en quelques mots ?

Je suis né à Montréal un 24 septembre 1958. Après le cégep, je me suis dirigé vers l'École nationale de Théâtre, d'où je suis sorti en 1980.

Qu'est-ce qui t'a incité à aller vers le théâtre ?

Parce que j'adorais cela. En 1980, il n'y avait pas de travail. Je ne pesais pas 100 lbs, j'avais un visage particulier. Je faisais un peu bibitte... Puisqu'il n'y avait pas de rôle et n'étant pas du genre à attendre chez moi que le téléphone sonne, je me suis dit je vais en écrire une pièce. Je vais également la montée. Plusieurs personnes m'ont alors téléphoné pour monter leur pièce. Ce fut au tout du Théâtre de Quat'sous. Je suis devenu metteur en scène en jouant un peu. Si je n'avais fait que jouer, je n'aurais jamais gagné ma vie durant ces années là. J'ai eu la chance de pouvoir développer plusieurs métiers en même temps. Étant d'une nature plus active que contemplative, je me suis souvent retrouvé avec des collectifs, à écrire des pièces de théâtre. Je ne suis retrouvé tout à coup à développer le métier de metteur en scène. Parce que j'avais comme ami Michel Lemieux et qu'il commençait ses spectacles de performance et de musique. Je me suis mis à faire de la mise en scène de variétés.

Tu as fait de la mise en scène pour un des spectacles de Céline Dion ?

J'ai fait la mise en scène du premier spectacle de Céline au Forum. J'ai également travaillé avec Diane Dufresne et Claude Dubois. Après, il y a eu les galas télévisés, les spéciaux télévisés. Une nouvelle corde à mon arc vient de se rajouter : animateur, que je ne pensais jamais faire et que j'ai d'ailleurs refusé au début en me disant je n'étais pas capable de faire cela. Je me retrouve animateur quand même. Je me considère extrêmement privilégié de pouvoir faire tout cela. Je n ai jamais le même travail. Quand je quitte une journée de tournage pour Diva où j'ai été acteur, où j'ai fait mon comique et que je vais répéter une pièce de Molière, je n'ai pas l'impression de faire le même travail.

Par rapport à d'autres artistes, tu es capable de sortir de ton personnage assez rapidement !

Oui effectivement, cela se démarque chez les artistes aujourd'hui. De plus en plus d'ailleurs. Il n'y a pas juste moi, plusieurs portent beaucoup de chapeaux. Il y en a beaucoup qui sont autant comédien que metteur en scène ou auteur.

Pour une néophyte comme moi, il y a une différence entre la mise en scène et le travail d'acting... la mise en scène exige plus !

Comme metteur en scène, il faut voir à tout. Tu es quelqu'un qui oriente le sens d'une pièce, qui réussit à mettre en valeur certains traits du personnage ou encore certaine avenue du texte au détriment de d'autres.

En fait, tu as une certaine liberté?

Cela prend des qualités de direction, de leadership, mais en même temps beaucoup d'écoute. On ne fait pas cela tout seul. Du théâtre cela se fait en gang. Comme comédien ,tu es aussi créateur, mais cela dépend des metteurs en scène avec qui tu travailles. Tu peux avoir une grande marge de manoeuvre. C'est de la création à tous les niveaux. Cependant, en tant que metteur en scène c'est beaucoup plus large, tu chapeautes tout cela en quelque sorte. Faire de la mise en scène, c'est comme faire un casse-tête mais tu n'as pas le dessus de la boîte. Le dessus de la boîte est dans ta tête. Quand tu reprends une pièce tu as des repaires. Tu sais qu'elle a déjà été montée, tu connaît certaines choses sur elle. Ici au Théâtre d'Aujourd'hui, c'est vraiment de la création. Tu pars de zéro. Tu présentes une pièce pour la première fois, tu établiras peut-être une tradition. Une pièce comme 24 Poses n'existera qu'à partir du 3 novembre. C'est un peu pour cela que j'avais envie d'occuper la chaise de la direction au Théâtre d'Aujourd'hui. Autant que je trouve cela utile de pouvoir permettre à des auteurs de rencontrer le public que de créer pour la première fois, c'est très motivant. C'est en fait le mandat du Théâtre D'Aujourd'hui.

Tes coups de coeur ?

Me permettre d'aller toucher partout - à cause de mon parcours - ça c'est ma plus grande chance. Je suis quelqu'un qui aime bien travailler avec le monde, je ne pourrais pas me restreindre à travailler seul. J'ai besoin d'interagir avec les autres. Lorsque je fais le bilan, c'est difficile de pouvoir dire, après une centaine de mise en scène, celle-ci ou celle-là c'est mon coup de coeur. Avant cette entrevue, je me demandais où est-ce que je me suis senti le plus utile. Je pensais à Motel Hélène, aux créations, aux textes qui m'ont permis d'aller plus loin. Mes coups de coeur se situent plus au niveau de la création, des rencontres avec des auteurs, des univers, des comédiens particuliers, des gens avec qui j'aime beaucoup me bousculer. Je ne veux pas me créer une petite gang de chum qui travaille toujours ensemble.. Ca demeure que dans tous les métiers que je fais, c'est au théâtre que j'ai l'impression d'être le plus utile. C'est au théâtre que j'aime évoluer, que j'aime être. Je suis privilégié de pouvoir basculer de l'un à l'autre sans trop problème. Il y a des comédiens qui ont basculé en mise en scène et qui tu ne vois plus comme comédien maintenant et ce, parce qu'ils ont été cantonné ou étiqueté. J'ai réussi jusqu'à date à avancer dans chacun de ces domaines là.

Quelles ont été tes impressions après ta première émission du Plaisir croit avec l'usage ?

Je ne suis pas très soucieux de mon image. Pour moi le défi se situait au niveau d'être moi-même le plus possible. Si tu mets la barre trop haute, tu risques de ne pas y arriver. Il me reste encore du chemin à faire pour être moi-même encore plus comme animateur. Il ne faut pas oublier que je suis comédien, ce n'est pas évident pour moi d'animer. Je me suis rendu compte que j'étais très éponge...Quand l'artiste invité est très nerveux, je deviens très nerveux - Quand il devient sans mot, je deviens sans mot - J'épouse un peu le feeling de chacun. Je me dis s'il s'endort, je ne veux pas m'endormir moi aussi. Cependant, cette émission a élargi mes horizons culturels. Ca m'a permis de connaître bien des choses inconnues pour moi - un des buts de l'émission -. On se sert de cette émission tant pour découvrir de nouvelles choses, qu'un aspect de la personnalité de tes invités. Il existe beaucoup de talk-show, mais des endroitsoù les artistes peuvent venir chanter et faire des numéros, il n'y en a très peu. On se disait, comment réussir à trouver une formule qui ne soit pas juste ... et voici Jean-Pierre Ferland, et voici... L'idée de connaître l'univers culturel de l'invité, tant mieux. Mais pour moi, cela servait plus de prétexte pour mettre un chapeau à des choses très éclatées. Il y a des émissions qui vont toutes dans le même sens, mais il y en a d'autres qui sont très contrastées. Je parle par exemple de l'émission avec Jean Leloup qui restera gravée dans ma tête. J'appréhendais un peu et finalement c'est une émission très généreuse, très éclatée.

J'imagine que le contraire doit être vrai aussi ?

Oui, certainement. Je te dirai que plus la personne est démonstrative à recevoir cela, meilleure est l'émission.

Comment ça fonctionne lorsque tu reçois des textes ?

Entre le mois d'août, moment où je suis devenu directeur ici, et le mois de mars qui est pour nous une date butoir en regards aux demandes de subventions, j'ai lu 106 textes, autant d'auteurs d'ici que de gens qui ont écrit une pièce. J'essaye de lire avec le plus d'ouverture possible. Peut-être que l'écriture d'un texte a servi d'exutoire à un auteur, cependant il faut toujours garder en tête que cela doit plaire aux spectateurs. Il faut se mettre dans la peau du spectateur. Avec Willy Pantagoras, par exemple, la guerre, on ne connaît pas cela, c'est quelque chose d'un peu folklorique. Ca dure deux minutes à la télé. L'auteur avait un cri à lancer. Tu ne peux faire autrement que de te baser sur ton instinct ou de te baser sur ce que tu aimes.

Quelqu'un a dit un jour qu'il y a trop de salles de Théâtre à Montréal. Que la durée de présentation des pièces était trop courte, ne permettant pas aux acteurs de bien s'imprégner du personnage. Qu'en penses-tu ?

Il n'y a pas trop de salles de théâtre à Montréal. La preuve tout est plein. Le fait de jeter nos choux gras, d'arrêter la présentation de pièces qui fonctionnent à merveille est quelque chose de moins en moins vrai. On n'a qu'à penser à la reprise de Don Quichotte. Augmenter la durée de présentation d'une pièce signifie qu'il faudrait prévoir nos succès. Malgré la plus grande expérience du monde, tu ne peux prévoir les succès. Actuellement, tu peux arrêter un spectacle qui marche moins bien, mais ajouter une supplémentaire à un spectacle qui fonctionne très bien. Cela va se voir de plus en plus. Cela permet également à un plus grand bassin de population de voir une bonne pièce.

Que penses-tu de la relève ?

Il y a une très bonne relève et ce, à tous les niveaux - auteur, interprète, comédien, metteur en scène -. Il faut juste réussir à leur faire une place et à leur donner une chance. Ici au Théâtre, nous accueillons deux jeunes compagnies qui font partie de la saison d'abonnement. C'est un tremplin. Cela devient un carrefour pour la création. C'est un peu risqué, mais ca vaut la peine.

Merci infiniment pour cet entretien et je te souhaite une bonne saison

Mon entrevue avec René-Richard Cyr reste pour moi un moment très privilégié. Le travail d'un tel 'missionnaire' est essentiel et demeure un des moyens par excellence de reconnaître notre talent.

Patricia Marchand

Club Culture