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Entretien avec Gilles Ouimet, psychologue et Anne-Marie Pons, psychanalyste, auteurs d’un premier roman intitulé Thérapie Mortelle. Eh oui, c’est deux passionnés ont osé relevé le défi de l’écriture et nous ont concocté une histoire digne de mention. En passant, n’hésitez pas à consulter notre chronique sur ce roman à lire absolument.

Une entrevue avec des gens de cœur et de passion!

Bonjour à vous deux !

 

D’où vient l’idée d’écrire un livre. Vous œuvrez tous les deux dans le domaine, Anne-Marie Pons (AMP), vous êtes psychanalyste alors que Gilles Ouimet (GO), vous êtes psychologue !

AMP. Je parlerai pour moi d’abord. L’écriture n’est pas si loin que celà de notre travail et de l’intérêt que nous avons pour écouter les gens. On nage dans leur histoire, dans leur tranche de vie. On s’intéresse à ce qui se passe dans la tête des gens. De là, à imaginer une histoire, à imaginer ce qui pourrait se passer dans la tête de certaines personnes, c’est pas très loin. Au fond, le métier que nous pratiquons n’est pas très loin de l’écriture. En psychanalyse nous sommes dans le langage. Nous sommes encore dans les mots, dans les fantasmes avec l’écriture.

On retrouve dans votre roman certaines bases, telle l’hypnose - méthode qui est appliquée aujourd’hui- et qui sont quand même très réalistes, nonobstant que c’est une histoire !

AMP. Oui, c’est quand même très réaliste. Nous nous servons de nos connaissances, de ce que nous avons appris. Par contre, le plaisir de bâtir, d’inventer une histoire est vraiment amusant. On peut soi-même imaginer, mettre en scène une histoire qui est vraisemblable. Celà pourrait arriver. Elle n’est pas vraie, mais elle pourrait arriver. Les personnages sont cohérents. Celà se passe dans le Montréal d’aujourd’hui.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour la réalisation de ce premier roman ?

GO. Trois ans. Cependant, il faut calculer que nous n’avons pas travaillé sur ce projet à temps plein. En fait, ce serait l’équivalent d’un an à temps plein.

AMP. Au départ, ce n ‘était pas l’idée d’en faire un roman. On a débuté sans savoir où celà nous mènerait. Si on en écrit un autre, nous connaîtrons mieux le fonctionnement. Au départ, on ne s’imaginait pas que nous puissions avoir un éditeur, qu’un éditeur serait intéressé à notre histoire.

Vous dites … si on en écrit un autre… celà veut-il dire que vous avez l’idée d’écrire un autre roman ?

GO. Nous sommes en train de corriger un autre roman. Nous avons deux manuscrits.

AMP. En fait, l’écriture d’un premier roman, nous a donné beaucoup d’idées. Une porte s’est ouverte sur quelque chose de très intéressant.

On sait que vous n’êtes ni l’un ni l’autre des écrivains solitaires, mais travailler à deux à la construction d’un roman, ce n’est pas si courant que celà !

GO. Nous travaillons l’un après l’autre, non pas les deux ensembles. L’un écrit, l’autre travaille sur le texte et le réécrit. La disquette se promène entre mon bureau et le sien. Une fois l’histoire élaborée, il faut qu’il y en ait un des deux qui commence à l’écrire. Ensuite, il passe la disquette à l’autre. Elle revient et ainsi de suite. Je dirais que ce qui est difficile à concevoir c’est qu’un travail de collaboration demande que l’on se critique beaucoup. Il faut accepter de recevoir des critiques, de se faire couper 100 pages, de se faire dire cette orientation là n’est pas tout à fait exacte, moi je verrais cela comme ça, etc… C’est en quelque sorte une étape préliminaire qui nous prépare au travail de collaboration avec l’éditeur. En fait, c’est ce que fait l’éditeur… il nous dit votre livre est intéressant mais pouvez-vous enlever tel personnage, etc… Lorsque nous avons présenté ce texte-là chez l’éditeur, il y avait 600 pages. À partir de la signature du contrat, nous l’avons vraiment réécrit trois fois.

Soit 200 pages environ ! Vous êtes précis, net et concis, finalement.

AMP. Ce qu’il y a d’intéressant lorsque nous écrivons à deux, c’est qu’en cours d’élaboration, on peut redresser la situation. Un éditeur peut très bien refuser le manuscrit parce qu’il est trop long ou trop épais. L’avantage avec nous, c’est qu’on se l’est dit bien avant. Il y a quelqu’un d’autre qui a lu le manuscrit avant sa présentation à l’éditeur.

Cette forme de critique est très constructive !

AMP. En effet, surtout si on peut la prendre. Cependant, certains ne tolèrent pas qu’on les critique et ils sont très déçus lorsque l’éditeur refuse le manuscrit. Mais ce dernier a une autre optique que celle de l’auteur. Il faut que le livre se vende, qu’il plaise aux lecteurs….

Étant donné que c’est votre premier roman, vous êtes certainement beaucoup plus ouvert à la critique que certains auteurs qui ont déjà une notoriété !

GO. Je pense qu’il faut avoir des antennes et être à l’écoute des gens qui nous font des commentaires. Vous avez parlé de concision… C’est un type de roman dans lequel il faut que l’on soit concis. Il y a une histoire à raconter et un suspense à garder, il faut que celà se tienne jusqu’à la fin. Il ne faut pas partir dans tous les sens et y mettre des descriptions sur l’humeur. Quand c’est un roman d’atmosphère, ou encore un roman qui porte sur des tumultes intérieurs, il faut absolument avoir une action qui se tienne.

Je dois vous avouer très humblement que je lis beaucoup de polar, des Robert Ludlum et autres du genre et j’aime beaucoup votre roman. On a une référence, cela se passe à Montréal et cela nous rejoint beaucoup. Ça nous appartient en quelque sorte, au contraire des autres romans où l’action se situe dans des lieux totalement inconnus de nous.

GO. Je tiens à mentionner qu’en ce qui à trait à la documentation, aux références, je suis très pointilleux. Je suis très excessif. Il n’y a pas d’à peu près. Au niveau des procédures de police, qui soit dit en passant changent à tous les trois mois, c’est comme celà que ça se passait – au moment de la parution du roman. Deux ans plus tard, je ne sais pas, mais les quartiers généraux de la division des crimes majeurs se trouvent bien à Place Versailles. Avant, ils se situaient dans le Vieux Montréal. J’ai une fierté à collaborer à écrire un roman qui mette Montréal en valeur. Irving a mis son collège dans ses romans, Stephen King introduit Castle Rock aussi. C’est finalement des endroits perdus, mais grâce à notre écriture on leur donne vie. Le Vieux Port existe… Il faut que je vous confie un petit détail. Au moment où nous écrivions le roman, l’Institut des relations humaines était réellement situé sur le rue Drolet, au 4003. C’était une maison lugubre et délabrée. Cette maison m’a beaucoup inspirée. L’arrière de l’institut rejoint l’arrière des maisons qui donnent sur la rue Saint-Denis. Au début, Thérapie Mortelle faisait 900 pages, il y avait toute une histoire autour de l’incendie.

C’est un roman trois tomes que vous avez fait !

GO. C’est exactement celà. J’aurais bien aimé un … deux fois 450 pages. Mais Laffont ne se serait jamais lancé là-dedans avec des nouveaux auteurs. Éventuellement par contre, j’aimerais faire un trois tomes. J’aime les histoires longue style ‘Twin Peak de David Linch’. En revenant à ma maison sur la rue Drolet, j’allais la voir souvent, j’allais me recueillir. Depuis, ils ont complètement transformé l’Institut en trois condos. Ce n’est plus du tout la même chose. Et là, je m’en suis voulu parce que j’aurai du prendre une photo en guise de référence pour ce que c’était avant.

Est-ce que ça fait longtemps que vous travaillez ensemble tous les deux ?

AMP. Oui. Nous sommes des alliés. Nous somme très complices. Celà nous aide de parler de ce que nous vivons, non pas de ce que nos patients nous racontent, mais de ce que nous ressentons, nos émotions face à notre travail.

Vous parliez plus tôt d’un autre livre, serons-nous en mesure d’en lire un autre prochainement.

GO. Oui, le prochain, je vous le dit tout de suite s’appelle ‘Mort vivant ‘. Il sera probablement disponible à l’automne 2000. Enfin j’aimerais qu’il sorte en septembre prochain.

Est-ce que vos étudiants (GO) ont lu votre roman?

GO. Oui. Autant les patients que les étudiants ont beaucoup aimé. Ils sont contents. Côté des patients, c’était vraiment un point d’interrogation, parce que c’est de la fiction et on s’amuse. Cependant, nous faisons un travail avec des gens qui ont vécu et vivent des détresses, dont il ne faut absolument pas rire. Nous nous demandions comment ils allaient réagir. Mais, ils sont tous contents. Il y en même quelques uns qui sont venus nous voir au Salon du Livre avec les yeux lumineux. Nous en avons dédicacé plusieurs. Un des commentaires que nous avons …. Enfin vous existez… vous êtes des personnes normales comme tout le monde, qui aimez rire. On peut vous voir. C’est en quelque sorte un bris de la neutralité, mais ce n’est pas si mauvais que cela. Il faut que l’on soit capable de reprendre ces choses là en thérapie, tout simplement. J’ai réalisé après coup que j’ai une patiente qui a le même prénom et le même métier qu’un des personnages du roman. Nous avons enlevé les passages qui auraient pu nous rappeler à l’un ou à l’autre des choses qui ont déjà été dites. Nous n’avons en aucune façon voulu prendre de chance. N’importe qui peut cependant se voir à un moment ou à un autre dans une histoire comme celle-là.

Merci à vous deux pour cette entrevue

 

Patricia Marchand

Club Culture

P.S. J’attends avec impatience la sortie du deuxième roman.