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Entrevue avec

Jean-Paul Eid

Auteur de :

" Les Naufragés de Memoria "

Scaphandre 8

 

Quand avez-vous commencé à développer un intérêt pour le dessin et la BD ?

Quand j’étais petit, à la maison, il y avait beaucoup de bandes dessinées. J’ai commencé à m’intéresser au dessin et à la BD quand j’étais très jeune, sous l’œil amusé de mon père. Mes parents me laissaient tout le loisir de lire les bandes dessinées. De cette façon, j’apprenais à lire et mon intérêt pour le dessin et la BD a grandi avec les années.

Avez-vous eu le support de vos parents ?

Oui. Ils ne m’ont jamais empêché la lecture de bandes dessinées même qu’ils m’encourageaient dans mon cheminement. Ma mère a un talent artistique : elle est aquarelliste et elle est reconnue dans le milieu. Pour ma part, ma passion pour le dessin s’est installée tout naturellement. Rendu aux études supérieures, le choix de graphiste et par la suite, le dessin d’animation a été un choix logique.

Gagnez-vous votre vie comme bédéiste ?

Non, pas encore. Ce métier est encore méconnu et boudé pour plusieurs raisons et il y a très peu de maisons d’éditions qui veulent prendre des risques, surtout pour la bande dessinée. C’est un jeu de " quitte ou double ! ". Au Québec, c’est encore très difficile de se faire connaître et reconnaître comme bédéiste.

C’est pourquoi le métier d’illustrateur me permet de gagner très bien ma vie et en étant graphiste, j’ai des contrats intéressants : publicité, manuels scolaires, livres pour enfants etc..

Cependant, j’ai adoré l’époque de CROC et cela m’a permis de créer le personnage de BIGRAS. En même temps j’ai pu écrire et je me suis aperçu que je n’étais pas seulement un dessinateur mais aussi un scénariste. J’aime l’écriture et je ne pourrais pas faire de la BD sans participer à l’écriture.

Quels sont les bédéistes qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ?

Il y en a beaucoup mais je peux dire que Réal Godbout et Pierre Fournier occupent une place spéciale.

À quel genre ou à quel style de BD appartenez-vous ?

J’ai un style très européen. Je suis beaucoup plus proche de l’Europe que des Etats-Unis. Mon enfance a baigné dans les " Gaston La Gaffe ", " Tintin ", " Boule et Bill ", " Spirou ", " Astérix " etc…Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier quelques classiques américains et des films comme " Blade Runner ".

La réalisation de : " Le Naufragé de Memoria " vous a pris combien de temps ?

Réunir tous les éléments : trouver une maison d’édition, dessiner, écrire l’histoire, étudier les contrats etc.. Cette aventure a pris presque 5 ans.

Parlez-moi un peu du projet.

Je connais Claude Paiement depuis un bon bout de temps. J’aime beaucoup ce qu’il fait et comment il écrit et je lui ai parlé du projet. Il s’est intéressé immédiatement et nous avons décidé de collaborer ensemble, surtout pour l’écriture. Je ne suis pas seulement un dessinateur. Je m’intéresse aussi à l’écriture et l’expérience théâtrale de Claude m’a beaucoup aidé sur ce plan. J’aime particulièrement l’époque " Art Déco ". C’est une période riche en histoire : prohibition, guerre, architecture, mode etc…En ce qui concerne les personnages, j’ai travaillé de très longues heures sur mes planches à dessin pour les définir, les identifier, connaître chacun de leur caractère, leurs habitudes, leur style particulier. Claude et moi avons fait beaucoup de travail de recherches : vêtements, objets, décors et architecture, par souci d’esthétique et de précision.

J’ai choisi de travailler sur du papier couleur. C’est pourquoi on y retrouve des scènes soient : dans les tons de vert, bleu, mauve ou ocre. Le blanc a été rajouté, ce qui a pour effet de donner les ambiances voulues. L’histoire se passe à la fois, dans deux dimensions parallèles et je voulais trouver une façon originale de les rendre crédibles et efficaces. Alors, je me suis appuyé sur les couleurs pour en accentuer le rythme, surtout lorsque les personnages basculent dans une autre dimension. Le fait de travailler avec des couleurs très précises et choisies, ajoutent au mystère, aux traits de caractère de chacun des personnages et au style unique de l’histoire. Et, je crois que les couleurs peuvent jouer ce rôle.

Jean-Claude Eid, avez-vous des sujets tabous que vous vous refusez de toucher?

Non je n’en ai pas. Je crois que tout est dans la manière de les aborder. Il faut faire des choix et ces choix doivent être justifiés dans le cadre de l’histoire. Par exemple, je n’utilise pas la violence pour la violence. Ce n’est pas le sensationnalisme que j’explore.

Comment s’est passé l’expérience d’Angoulème ?

Très bien. J’ai été surpris de l’intérêt porté pour la bande dessinée du Québec. La clientèle européenne semble aimer ce que l’on fait et la manière de le faire. Là-bas, la tradition de la bande dessinée est très bien ancrée et il y a beaucoup de lecteurs potentiels. La compétition est forte mais il y a toujours de la place pour la nouveauté et l’originalité. En ce qui me concerne, " Le Naufragé de Memoria " a intéressé bon nombre d’éditeurs et le futur nous dira si cet intérêt continuera à se manifester. Ici, au Québec, tout est à faire dans ce domaine et malheureusement, je crois que nous aurons la reconnaissance ailleurs, avant d’être reconnu chez-nous, au Québec ! (Comme c’est l’habitude).

Avez-vous entrepris la création du deuxième numéro de Memoria ?

Certainement. Claude et moi y travaillons. Cette fois-ci, tout le travail de défrichage étant fait, le deuxième numéro pourra sortir plus rapidement.

Nous sommes très fiers de la qualité et du contenu de Memoria. J’espère que cette nouvelle bande dessinée plaira au public québécois.

En attendant de pouvoir vivre de la BD, je continue mon métier d’illustrateur que j’aime beaucoup d’ailleurs !

Merci Jean-Claude Eid pour l’entrevue et j’espère pouvoir lire le deuxième numéro du " Naufragé de Memoria " sous peu !

Francine Charrette

Club-Culture