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Winston McQuade rencontre la ministre de la Culture, Louise Beaudoin
C.C: A quelques jours du référendum, un sujet qui
intéresse particulièrement M. Parizeau et qui
vous passionne également, à savoir, l'autoroute de
l'information. Mme Beaudoin, quelle est la place de la culture sur
l'autoroute de l'information?
L.B.: Il faut dire que, lorsque M. Parizeau m'a nommée à
ce ministère il y a deux mois et
demi, il m'a dit que la priorité était de faire en sorte qu'il
y ait des contenus en
français, des contenus en général, culturels bien
sûr mais en français, parce que sur
l'autoroute de l'information, il y a à la fois les infrastructures,
les industries dans le
secteur privé qui mettent au point un certain nombre
d'infrastructures cependant,
comme pour la télévision, c'est pas le
téléviseur qu'on regarde, c'est le programme.
Donc, l'autoroute de l'information sera attractive en autant qu'il
y aura des contenus et
en ce qui nous concerne, bien sûr des contenus de langue
française, sur cette autoroute
de l'information.
C.C.: Le fond, ou les fonds accordés à
l'autoroute de l'information sont importants, il y a
plusieurs millions qui ont été avancés,
plusieurs ont été dépensés est-ce qu'il
en reste un
peu pour ceux qui ont des projets?
L.B.: Absolument, il en reste pour ceux qui ont des projets et il y a
maintenant au secrétariat
de l'autoroute de l'information, une petite case, si je peux dire, de langue
et culture et
c'était très important pour moi, qu'il y est au
secrétariat de l'autoroute de l'information
cette préoccupation prioritaire par rapport au contenu de langue
française et c'est fait, et il y a encore de l'argent de ce fond de
l'autoroute de l'information pour les
contenus. Aussi pour les contenus multimédias, à la SODEC,
il y a, au niveau des
crédits d'impôts, possibilité de produire des contenus
et c'est ce qui est mon intérêt.
Que ce soit au secrétariat de l'information, à la SODEC ou
via des crédits d'impôts ,et
bien ces argents sont accessibles à ceux qui veulent créer
des contenus de langue
française et puis des contenus culturels, que ce soit possible de le
faire.
C.C.: Quel était le montant accordé dans un premier
temps au fond?
L.B.: Le montant total est de 50 millions de dollars alors il y a eu
un certain montant qui a
été accordé à des infrastructures, mais j'ai
aussi constaté lorsque je suis allée dans
l'Outaouais l'autre jour ,et j'ai trouvé ça très
intéressant quand on parle de contenus de langue française,
avec la communauté urbaine de
l'Ontario ,Digital équipement et un certain nombre de gens, et
c'est surtout pour que
les municipalités de la communauté urbaine de l'Outaouais
puissent mettre leurs propres
produits en langue française c'est d'autant plus important dans une
région comme
l'Outaouais, une région frontalière où les contenus en
langue française sont moins
présents que dans d'autres régions du Québec, par
exemple Charlevoix ou le Lac Saint-Jean .
Alors si on regarde dans le secteur ou je suis responsable, il y a eu
déjà un 5, 6, 7
millions de dollars pour les bibliothèques, qui sont des lieux
publics et des lieux importants de lecture mais aussi pour accéder
à Internet, aux
technologies de l'information, les bibliothèques vont jouer un
rôle particulier dans
l'ensemble du territoire et ces bibliothèques via les technologies
de l'information vont
être reliées les unes aux autres pour leur catalogue et autres
applications. Aussi, c'est
extrêmement important pour les musées et ça
déjà il y a de l'argent là. Il y a aussi de
l'argent pour UBI, pour des projets de contenu qui seraient
diffusés éventuellement par
UBI donc sur leurs propres infrastructures.
C.C. Je mentionnais que nous étions à quelques
jours d'un "oui" et j'aimerais vous entendre
par rapport à la perspective du ministère de la culture
devant cette nouveauté
technologique qui est le réseau de l'autoroute de l'information.
L.B. Je pense que pour la diffusion de la culture, cette autoroute de
l'information va être extrêmement importante parce que c'est par
là
que va passer entre autres cette distribution et cette diffusion culturelle.
Pour moi, ma
préoccupation première en tant que Ministre de la culture,
c'est l'accessibilité. Je
voudrais et je pense que pour tous les québécois devraient
avoir accès, à la culture là où ils se
trouvent. C'est ça la beauté des technologies de l'information
et j'aimerais
qu'instantanément ils puissent avoir accès à
l'information. Si on exclue, la circulation
sur la télévision, qui en général, que ce soit
Radio-Québec, Radio-Canada, ou TVA se
retrouvent à peu près sur l'ensemble du territoire, nous
constatons donc qu'il y a peu de
circulation d'information. Quand on parle de musées, de
bibliothèques, d'autres
secteurs culturels c'est beaucoup plus compliqué. Même les
arts de la scène,
finalement, donc soulèvent des difficultés de diffusion et
d'accessibilité. Et là les
nouvelles technologies de l'information et les productions multimédias vont permettre
des choses fantastiques, je pense qu'on s'en va au 20e siècle dans
une économie du
savoir mais on ne sera plus dans l'ère industrielle,
manufacturière, ce qui veut dire que
le marché intérieur a beaucoup moins d'importance qu'il
n'en a déjà eu, même si l'on
sait que nous sommes que 7 millions, on va pouvoir être reliés
les uns aux autres, et ce
automatiquement et instantanément via ces technologies-là.
Alors il faut savoir ce que
l'on met dedans. C'est pas les tuyaux qui m'intéressent, c'est
vraiment le contenu.
C.C.: Si on déborde des frontières du Québec,
pour un instant, et qu'on ouvre des portes aux
gens de l'extérieur, de l'international sur notre produit culturel,
est-ce que ce que vous
disiez, il y a un instant, va dans le même sens?
Est-ce un regard que les autres peuvent
porter sur le réseau Internet ou sur notre spécificité
en tant que québécois?
L.B.: Absolument, je pense que ce qui est intéressant quand on
va à l'étranger est de voir le
regard que les autres portent sur nous et pour le porter ce
regard-là, il faut qu'ils aient
accès justement à nos propres produits culturels et moi je
pense que nos principaux
ambassadeurs, ce sont nos créateurs. Quand je regarde Carbone14,quand
je regarde
Ubu quand je regarde Robert Lepage et toute, cette intégration du
multimédia, que ce
soit production théâtrale ou que ce soit
cinématographique, etc., ça a un sens
d'éclatement, de renouvellement du cinéma, du
théâtre et de tous les arts, et ça, c'est
extraordinaire et je pense qu'on n'est pas en retard car nos
créateurs sont souvent à
l'avant-garde. Donc, toute cette intégration des technologies des
multimédias des
différentes productions et dans les arts en général,
je crois qu'il faut favoriser ça le plus
possible et c'est dans ce contexte que je vous parlais de la SODEC. tout
à l'heure et de
l'autoroute de l'information, des crédits d'impôts, tout ce
qui va aider à la création et à
la production. C'est pour cette raison que je disais qu'avec la
télévision, on a réussi
cette révolution télévisuelle au Québec,
malgré un petit marché intérieur. Les résultats
qu'on obtient sur notre propre territoire, avec nos propres émissions
de télévision font
que nous performons beaucoup mieux que le Canada anglais juste à
côté, qui a
pratiquement rendu les armes et baissé les bras devant
l'envahissement américain et de
la langue anglaise, c'est pas vrai pour nous. Notre prochain défi,
on a réussi le défi
télévisuel, c'est maintenant le défi multimédias
c'est le défi de l'autoroute de
l'information.
C.C.: Comment comptez-vous réapproprier au Québec
l'ensemble des législations
canadiennes et pan-canadiennes en matière, soit électronique
ou réseau d'informatique
et tout le reste qui l'accompagne?
L.B.: C'est intéressant parce que sur ce plan-là,
constitutionnellement, tous ces pouvoirs nous
échappent actuellement et les décisions réglementaires
ou les décisions législatives ont
beaucoup d'importance et ça va se faire d'une façon
ordonnée, naturelle et normale
dans l'année qui va suivre un "oui" au référendum.
C'est pour ça qu'on se donne toute
une année de préparation et de transition pour que les choses
se fassent d'une manière
ordonnée, la plus souple possible, mais je crois qu'avec ce
rapatriement de tous ses
instruments on va pouvoir en matière de technologie de l'information,
se donner nos
propres priorités, nos propres réglementations, de
manière à ce que ça réponde aux
besoins de la société québécoise, ainsi que
je vous le disais en bout de ligne, c'est le
citoyen, je dis même pas le consommateur, qui en
bénéficiera, parce que la culture
pour moi ce n'est pas que de la consommation; il y a les industries
culturelles, c'est
une chose, mais il y a les arts et la culture de façon plus
précise et cette diffusion, cette
accessibilité doivent être en tête de liste pour nous
et pour ma part, je crois que les gens
sont plus heureux quand ils voient de belles choses. Moi, comme Ministre
de la
culture, je me réjouis, et ce qui m'éblouit jour après
jour et soir après soir, parce que je
me promène beaucoup, je vais voir de la danse, du
théâtre de la musique, etc. et je
pense que ça nous rend meilleur, plus heureux et ça nous
rend aussi plus intelligent.
C.C.: En conclusion, Madame Beaudoin auriez-vous un message en
ce moment, pour ceux
qui naviguent ou "surfent" sur Scoop Culture?
L.B.: Tout simplement j'aimerais souhaiter la meilleure des chances
à une initiative de ce
type-là qui est extrêmement originale et qui est très
d'avant-garde, souhaiter tout
simplement "bonne chance" à Club-Culture.
